PLUS DE CULTURE GENERALE A SCIENCES PO


Nous avions attiré l’attention de nos lecteurs, il y a quelques semaines, sur le fait que les pouvoirs publics envisageaient d’abandonner les épreuves de culture générale dans les concours administratifs. La culture générale sert, paraît-il, à la « reproduction sociale » et elle est donc discriminatoire. Exit la culture générale, qui permet pourtant d’approfondir la nature de l’être humain et de l’action humaine ; on s’en tiendra à la technique, qui, elle, présente l’avantage d’être périmée en quelques mois. Des fonctionnaires incultes : voilà le vrai progrès.

Cette bonne idée fait des émules. Dernier en date, l’Institut d’études politiques de Paris, dont le directeur, Richard Descoings, vient d’être nommé par le Président de la République pour mener à bien « la concertation » sur la réforme des lycées. Cet homme a tout pour réussir une grande réforme libérale des lycées : énarque, conseiller d’Etat, conseiller de Michel Charasse, puis au cabinet de Jack Lang à l’Education Nationale : encore un homme d’ouverture. N’a-t-il pas créé une filière d’accès à Sciences Po pour les élèves des ZEP ?

Richard Descoings veut « démocratiser » l’accès, ce qui est très bien. Mais pour cela il envisage la suppression du concours d’entrée. Les anciens ou actuels élevés voient rouge, de même que le syndicat Uni, qui trouve au contraire dans l’accès par concours une mesure d’égalité et de justice : pas d’arbitraire. Mais l’UNEF est ravie, pour élargir « la mixité sociale de sciences po ». D’ailleurs, les voies d’accès sont déjà diverses : il y a ceux qui bénéficient de la discrimination positive mise en place depuis 2001 (118 élèves sur la promotion 2008) et ceux qui sont déjà recrutés sur dossier (une partie des mentions très bien au bac). Résultat : la voie du concours n’a concerné qu’un quart des admis en 1° année.

Mais Richard Descoings veut aller plus loin, pour « poursuivre l’ouverture sociale » et « lutter contre l’endogamie de l’élite française ». Même Le Figaro se laisse prendre au piège en écrivant que « le concours d’entrée à Sciences Po, notamment basé sur des épreuves de culture générale, est sans aucun doute socialement discriminant ». Un chercheur explique qu’un enfant de certaines catégories sociales « moins élevées » a moins de chances de réussir que d’autres enfants de catégories « supérieures », le déséquilibre étant particulièrement marquant pour l’épreuve d’histoire. A qui fera-t-on croire que les notes d’histoire dépendent du milieu social ? L’histoire n’est pas un acquis social, et elle s’apprend sur les bancs de l’école et du lycée. Et Le Figaro d’ajouter, pour faire bonne mesure, le rôle des préparations au concours, coûteuses. Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait vrai, Le Figaro reconnaissant qu’il y a des prépas à moindre coût, comme le CNED.

Toute cette discussion repose en fait sur deux points. D’abord la discrimination par l’argent. Il est vrai que faire des études peut coûter cher (encore qu’à l’IEP les droits dépendent avant tout du revenu des parents). Mais que dire alors à l’étranger où les études sont dix ou vingt fois plus chères. On a compris dans les autres pays que l’éducation était un investissement en capital humain, un investissement rentable, que l’on peut donc financer, y compris à crédit. N’a-t-on pas assez répété que Barack Obama avait financé ses études à crédit ? Manifestement, son manque d’argent ne l’a pas empêché d’avoir une assez belle réussite sociale !

L’autre aspect porte sur la famille. Il est vrai que c’est là que se forme le capital humain, du moins en partie, car il se forme aussi par l’école et par le travail personnel. Faut-il supprimer la famille pour éviter les inégalités dans l’éducation donnée par les parents ? En outre, cette remarque est assez méprisante, car de nombreux parents à revenus modestes donnent souvent une bien meilleure éducation à leurs enfants que certains milieux où l’argent remplace le rôle des parents. Enfin, ce mépris pour la culture générale est quand même stupéfiant. Préfère-t-on de futurs fonctionnaires ou diplômés de l’IEP analphabètes ? Pense-t-on qu’il faille entrer avec le niveau zéro et que quelques années à Sciences Po suffiront à leur donner une vraie culture ? Dans un monde qui change à toute vitesse, croit-on que quelques rudiments techniques remplacent l’adaptabilité que donne une bonne culture ?

En réalité, tout cela masque le refus de la sélection, une démagogie effrénée et l’arbitraire dans les choix des élèves. C’est la poursuite de la discrimination positive, qui a pourtant échoué dans les autres pays. Richard Descoings reflète bien, par ses projets, l’air ambiant du politiquement correct. Avançons un pronostic : puisqu’il a été conseiller de Jack Lang et qu’il est maintenant chargé de la réforme des lycées, gageons que la prochaine étape, après les européennes, sera le retour de Jack Lang à l’Education Nationale, pour calmer syndicats et lycéens. Au nom de l’ouverture. Richard Descoings n’aura été que le hors d’œuvre.


Le 4 février 2009

 

   
 
   

 

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