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Nous avions attiré l’attention de nos lecteurs,
il y a quelques semaines, sur le fait que les pouvoirs publics envisageaient
d’abandonner les épreuves de culture générale dans les concours
administratifs. La culture générale sert, paraît-il, à la « reproduction
sociale » et elle est donc discriminatoire. Exit la culture
générale, qui permet pourtant d’approfondir la nature de l’être
humain et de l’action humaine ; on s’en tiendra à la technique,
qui, elle, présente l’avantage d’être périmée en quelques mois.
Des fonctionnaires incultes : voilà le vrai progrès. Cette bonne idée fait des émules. Dernier
en date, l’Institut d’études politiques de Paris, dont le directeur,
Richard Descoings, vient d’être nommé par le Président de Richard Descoings veut « démocratiser »
l’accès, ce qui est très bien. Mais pour cela il envisage la suppression
du concours d’entrée. Les anciens ou actuels élevés voient rouge,
de même que le syndicat Uni, qui trouve au contraire dans l’accès
par concours une mesure d’égalité et de justice : pas d’arbitraire.
Mais l’UNEF est ravie, pour élargir « la mixité sociale de
sciences po ». D’ailleurs, les voies d’accès sont déjà diverses :
il y a ceux qui bénéficient de la discrimination positive mise en
place depuis 2001 (118 élèves sur la promotion 2008) et ceux qui
sont déjà recrutés sur dossier (une partie des mentions très bien
au bac). Résultat : la voie du concours n’a concerné qu’un
quart des admis en 1° année. Mais Richard Descoings veut aller plus loin,
pour « poursuivre l’ouverture sociale » et « lutter
contre l’endogamie de l’élite française ». Même Le Figaro se
laisse prendre au piège en écrivant que « le concours d’entrée
à Sciences Po, notamment basé sur des épreuves de culture générale,
est sans aucun doute socialement discriminant ». Un chercheur
explique qu’un enfant de certaines catégories sociales « moins
élevées » a moins de chances de réussir que d’autres enfants
de catégories « supérieures », le déséquilibre étant particulièrement
marquant pour l’épreuve d’histoire. A qui fera-t-on croire que les
notes d’histoire dépendent du milieu social ? L’histoire n’est
pas un acquis social, et elle s’apprend sur les bancs de l’école
et du lycée. Et Le Figaro d’ajouter, pour faire bonne mesure, le
rôle des préparations au concours, coûteuses. Ce n’est d’ailleurs
pas tout à fait vrai, Le Figaro reconnaissant qu’il y a des prépas
à moindre coût, comme le CNED. Toute cette discussion repose en fait sur
deux points. D’abord la discrimination par l’argent. Il est vrai
que faire des études peut coûter cher (encore qu’à l’IEP les droits
dépendent avant tout du revenu des parents). Mais que dire alors
à l’étranger où les études sont dix ou vingt fois plus chères. On
a compris dans les autres pays que l’éducation était un investissement
en capital humain, un investissement rentable, que l’on peut donc
financer, y compris à crédit. N’a-t-on pas assez répété que Barack
Obama avait financé ses études à crédit ? Manifestement, son
manque d’argent ne l’a pas empêché d’avoir une assez belle réussite
sociale ! L’autre aspect porte sur la famille. Il
est vrai que c’est là que se forme le capital humain, du moins en
partie, car il se forme aussi par l’école et par le travail personnel.
Faut-il supprimer la famille pour éviter les inégalités dans l’éducation
donnée par les parents ? En outre, cette remarque est assez
méprisante, car de nombreux parents à revenus modestes donnent souvent
une bien meilleure éducation à leurs enfants que certains milieux
où l’argent remplace le rôle des parents. Enfin, ce mépris pour
la culture générale est quand même stupéfiant. Préfère-t-on de futurs
fonctionnaires ou diplômés de l’IEP analphabètes ? Pense-t-on
qu’il faille entrer avec le niveau zéro et que quelques années à
Sciences Po suffiront à leur donner une vraie culture ? Dans
un monde qui change à toute vitesse, croit-on que quelques rudiments
techniques remplacent l’adaptabilité que donne une bonne culture ?
En réalité, tout cela masque le refus de la sélection, une démagogie effrénée et l’arbitraire dans les choix des élèves. C’est la poursuite de la discrimination positive, qui a pourtant échoué dans les autres pays. Richard Descoings reflète bien, par ses projets, l’air ambiant du politiquement correct. Avançons un pronostic : puisqu’il a été conseiller de Jack Lang et qu’il est maintenant chargé de la réforme des lycées, gageons que la prochaine étape, après les européennes, sera le retour de Jack Lang à l’Education Nationale, pour calmer syndicats et lycéens. Au nom de l’ouverture. Richard Descoings n’aura été que le hors d’œuvre.
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