UNIVERSITES : PREFEREZ-VOUS BREHAT OU FLORENCE ?


Les universités françaises sont pauvres, et c’est vrai, notamment parce que l’on ne veut pas que les étudiants financent leurs études (toujours la gratuité, alors qu’il y a forcément quelqu’un qui paye) et parce que l’on a longtemps refusé les financements privés (fondations, dons d’anciens élèves, partenariats). Ce dernier point est en train de changer et, en particulier dans le plan campus, le gouvernement a compris que l’on pouvait faire financer les constructions de bâtiments par le secteur privé, qui allait ensuite les louer à l’Etat, qui en récupérera à la fin la propriété, un peu comme pour les concessions d’autoroutes. Les universités pourraient aussi mieux rentabiliser leurs locaux, les louer occasionnellement, les occuper toute l’année, etc. A quoi sert, pour l’université de Nanterre, le fait d’avoir la plus grande salle de cinéma du département ?

Mais les universités pourraient aussi commencer par se débarrasser d’un patrimoine inutile et coûteux. L’exemple de Paris, cité par Le Figaro, est représentatif : ce journal parle d’un « étonnant patrimoine » et d’un inventaire à la Prévert. Sait-on, que les universités parisiennes ont hérité de nombreux biens, qu’elles possèdent parfois en indivision car ils remontent à l’époque des facultés d’avant 68. C’est alors la chancellerie des universités de Paris qui en assure la gestion pour le compte des 13 universités parisiennes.

Que trouve-t-on dans cette liste ? Plus de 60 biens importants, comme la belle villa Finaly à Florence (XV° siècle), le domaine de Richelieu en Indre et Loire, 63 appartements bien placés, rue de Lille ou rue Jacob, le domaine de Ferrières en Seine-et-Marne, des vignes, une forêt dans les Landes, deux propriétés sur l’île de Bréhat. Ce dernier cas est intéressant, car l’une sert à accueillir gratuitement des étudiants de la cité internationale universitaire pour des séjours d’été, et l’autre est utilisée par des cadres administratifs, pour d’agréables vacances. Il y a aussi des vignes à Banyuls ou encore l’ancienne station zoologique russe de Villefranche sur Mer.

Tout cela ne sert à rien, sauf à quelques privilégiés de la fonction publique et cela coûte fort cher à entretenir. Certes, il faut tenir compte dans certains cas des clauses restrictives d’affectation posées par les donataires, mais ce qui compte c’est d’en respecter l’esprit, c'est-à-dire que la valeur des biens serve aux universités, plus que le bien lui-même, dont elles n’ont rien à faire en général, du moins sur le plan enseignement et recherche. L’université n’a pas à financer des résidences de vacances. Les universités parisiennes ont déjà assez à faire avec les 272 sites universitaires utilisés, soir 22 en moyenne par université : un beau gaspillage de moyens en raison de cette dispersion. 272 sites à surveiller, faire fonctionner, chauffer, etc.

Madame Pecresse vient donc de réagir, enfin, et elle propose de vendre ces biens, parfaitement inutiles. C’est très bien. Elle veut financer avec cet argent des projets de vie étudiante : logement, restauration équipements sportifs. C’est une bonne idée. On peut cependant être surpris de voir que c’est le ministre qui décide du bon usage de cet argent : on croyait les universités autonomes ; on a dû mal comprendre. Par ailleurs, si nous n’avons rien contre la vie étudiante et ses loisirs, il nous semblait que l’on aurait pu avec profit utiliser cette manne pour l’enseignement et la recherche. Manifestement, il est plus important de contenter les syndicats étudiants.


Le 4 février 2009

 

   
 
   

 

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