DEFICITS : CE SERA PIRE QUE PIRE


Début décembre, nous avions consacré un article de conjoncture (« La France en faillite ») aux questions des déficits publics et de la dette publique, naturellement liées. C’était l’époque où le gouvernement venait de reconnaître que son plan de relance allait aggraver encore le déficit public, qui dépasserait les 3% en 2009. Nous avions fait part de notre scepticisme sur ces prévisions, parlant pour notre part d’un déficit compris entre 4 et 5% du PIB. Mais le gouvernement restait accroché à ses prévisions, et certains nous trouvaient bien pessimistes.

Moins de deux mois plus tard, le ministre du budget, Eric Woerth, a, de la manière la plus officielle, revu à la hausse les prévisions gouvernementales. Il vient d’annoncer qu’en 2009, ce déficit devrait atteindre 4,4% du PIB, soit 50% de plus que le maximum autorisé dans les traités européens. Il y a encore un mois, dans le collectif budgétaire 2009 voté début janvier, il s’accrochait à 3,9%. En deux mois, on est donc passé d’un peu plus de 3% à 3,9%, puis 4,4%. Selon la déclaration du ministre devant la commission des finances, le déficit budgétaire devrait être de 86,5 milliards, (56,2 milliards en 2008 : on mesure le chemin parcouru). Bien sûr, il faut y rajouter la Sécu, dont le déficit va passer de 9,3 milliards à 12,6, la plupart des experts disent même 15.

Il est loin le temps où les Européens, France en tête, avaient promis le retour à l’équilibre en 2009. La France avait demandé un délai, puis parlé de 2011 ; il y a un mois, c’était pour 2012 ; aujourd’hui, on ne donne même plus de date. Pour le seul budget de l’Etat (environ 350 milliards) un déficit de 86,5 milliards représente presque 25% des dépenses : quand l’Etat a 75 en recette, il dépense 100. Cela peut-il durer ? Qui survivrait à une telle dérive ?

Or voilà que le jour même où le ministre présentait ces chiffres catastrophiques, la Commission européenne présentait à son tour ses estimations. La Commission constate bien entendu,qu’il y a une dégradation dans l’ensemble de l’Europe et les déficits devraient atteindre en moyenne 4% du PIB. Mais elle souligne le glissement impressionnant de la France qui d’après elle aurait en 2009 un déficit public de 5,4% du PIB, pratiquement le double du maximum autorisé. Si le déficit explose, la dette publique explosera d’autant et dépassera donc les 70% du PIB. Tout cela va se produire au prétexte d’une relance de la dépense publique inutile, inefficace et ruineuse.

Les prévisions sur la conjoncture française en 2009 marquent aussi l’écart entre le gouvernement français et la Commission. Pour Bercy, le PIB progressera de 0,2% à 0,5% - un chiffre tout à fait fantaisiste, auquel répond Bruxelles : ce sera une récession en France de 1,8%. Quant à l’emploi, la dégradation devrait être aussi brutale : le taux de chômage en Europe devrait monter à 8,7% de la population active, mais en France il serait de 9,8% : autrement dit 10%.

Pourquoi avons-nous devant nous des perspectives plus sombres que celles qui attendent la plupart des pays européens ? Si la politique économique française est si bonne, pourquoi aurons-nous cette année plus de 2 points de chômage de plus que les Allemands ? Il faut observer que les Allemands ont été moins « audacieux » dans leur plan de relance, puisque leur déficit public 2009 serait limité à 2,9% du PIB. Ne faut-il pas en conclure que les plans de relance des dépenses ne servent à rien, sauf à aggraver les déficits ?

On peut aussi évoquer le cas de ces pays de l’Union qui auront tous une croissance positive : de la Slovénie à la Slovaquie, en passant par Chypre ou Malte, et surtout les pays de l’Est hors zone euro, Pologne, Roumanie, République Tchèque, Bulgarie. Ces pays sont-ils connus pour être les champions de l’intervention de l’Etat, des impôts, de la dépense publique, de la relance par la demande ? Ou sont-ils simplement un peu moins dépensiers et un peu plus libéraux ? Tout cela devrait appeler quelque réflexion de la part de notre gouvernement. Faudra-t-il en arriver à 10% de déficits publics pour remettre en question nos formidables plans de relance ? Au rythme actuel, c’est pour bientôt.


Le 4 février 2009

 

   
 
   

 

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