ESPAGNE : LA TENSION MONTE


Nous avons fait le point sur l’économie espagnole, il y a un mois, dans un article de conjoncture, en soulignant que la droite et la gauche faisaient assaut de propositions destinées à baisser les impôts. Certes, les divergences économiques ne sont pas négligeables entre libéraux et sociaux-démocrates, en particulier dans le domaine de la flexibilité de l’emploi ou dans celui de la revalorisation du SMIC, mais aussi à propos de l’ampleur des baisses d’impôts. Le débat économique est donc clair entre une droite vraiment libérale et une gauche moderne, mais restée fidèle à la social-démocratie.

Par contraste, la tension monte sur d’autres sujets. C’est avant tout le cas pour les questions de société. Le ton est surtout monté, comme le titre sur six colonnes Le Figaro, « entre l’Eglise catholique et le gouvernement de ZAPATERO ». Les évêques dénoncent le « fondamentalisme laïc » du gouvernement. La conférence épiscopale a même pris officiellement position, en disant qu’un chrétien ne pouvait pas voter pour un gouvernement ayant engagé des négociations avec une organisation terroriste (ETA), tandis que plusieurs lois portaient atteinte "aux droits fondamentaux"  des citoyens et même au « simple bon sens ».

Les évêques ont appelé à voter pour les partis dont les programmes sont compatibles avec «  la foi et les exigences de la vie chrétienne ». Inutile de dire que la droite libérale du parti populaire buvait du petit lait. Le secrétaire général du parti socialiste a donc traité les évêques « d’hypocrites », auxquels il ne manquait plus que de figurer « sur les listes électorales du parti populaire ». Le ministre espagnol des affaires étrangères accuse la hiérarchie de l’Eglise « d’intégrisme, de fondamentalisme et de néo conservatisme », tandis que l’archevêque de Tolède (primat d’Espagne) répond que « l’Eglise ne se taira jamais ».

C’est qu’aujourd’hui, entre l’Eglise et les socialistes, il y a de graves désaccords de fond, mais aussi un savant calcul électoral de la gauche. Les désaccords portent sur l’avortement, le mariage homosexuel et d’autres questions éthiques : ici l’Eglise condamne clairement la politique des socialistes. Le jeu tactique des socialistes consiste à mobiliser les électeurs les plus radicaux, ceux qui ont conservé de la guerre civile espagnole un fond d’anticléricalisme et de romantisme révolutionnaire. Mais ce jeu est dangereux, d’abord parce qu’il est susceptible de rouvrir de vieilles blessures. Les socialistes jouent de la provocation pour motiver les électeurs. Un groupe d’intellectuels soutenant ZAPATERO propose de « brûler » la conférence épiscopale. Mais ce jeu est dangereux non seulement pour l’unité de l’Espagne, mais aussi pour les socialistes eux-mêmes. Une mobilisation peut en appeler une autre : n’oublions pas le million de manifestants à l’appel de l’Eglise le 30 décembre à Madrid, pour défendre la famille.

Pendant ce temps, la droite libérale parle des vrais problèmes qui intéressent les gens dans leur vie quotidienne. Avec Mariano RAJOY, son chef de file, le PPE lance le débat sur un autre sujet délicat : l’immigration. Les étrangers sont nombreux en Espagne (10% en moyenne, 22% en Catalogne) et la régularisation en 2005 de 600 000 clandestins se traduit trois ans plus tard par la présence nouvelle de plus d’un million de clandestins. RAJOY refuse les régularisations automatiques et propose un « contrat d’intégration » aux immigrés. Et un contrôle plus efficace des frontières. Les étrangers délinquants seront expulsés, comme sous AZNAR. Les étrangers voulant venir en Espagne devront en adopter « les habitudes et les coutumes ».

Le sujet est sensible, d’autant plus que les Espagnols ont longtemps été eux-mêmes des immigrés en France et ailleurs. Ils ne sont pas hostiles au principe de l’immigration. Mais la dégradation économique récente et l’explosion des clandestins ont remis le sujet au centre du débat. La question est la même que partout : pourquoi le pays attire-t-il tant d’immigrés ? Si c’est pour travailler et créer des richesses pour tous, personne n’y voit d’inconvénient ; mais si c’est pour bénéficier simplement d’un système d’Etat-providence, sans intention véritable de travailler, la question est différente. En tous cas, les sondages indiquent qu’avec la montée des tensions électorales, les deux partis se rapprochent. Réponse, le 9 mars. Une journée décidément très électorale.

 

Le 28 février 2008 

 
 
 

 

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