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CONTRÔLEURS AÉRIENS : LA CGT NE SONGE QU’AU BIEN COMMUN
Il n’est pas trop tard pour revenir sur
la sympathique grève d’une semaine de certains contrôleurs aériens, qui
a agrémenté les vacances de février de certains Français, facilité la
tâche de ceux qui continuaient à travailler et ravi le cœur des touristes
étrangers, qui iront l’an prochain dans un autre pays. De quoi s’agissait-il ?
De la grève de 48 contrôleurs sur un total de 830 sur les trois sites
parisiens. Résultat : pour 48 grévistes, un vol sur deux annulé et
des retards pour les autres. Il faut dire que le motif était sérieux :
on allait, en 2015, voire en 2017, regrouper tous les contrôleurs aériens
de Paris sur un même site, à Athis-Mons, comme cela s’est fait dans tous
les pays du monde (Londres, New-York), pour une meilleure organisation,
efficacité et sécurité du service. Le trafic sera plus fluide, plus sûr
et moins polluant. Même les écolos sont pour ! En attendant, à titre provisoire et sur
une base uniquement volontaire, 30 aiguilleurs vont être transférés d’Orly
à Roissy en 2011 : c’est l’exil en terre étrangère. Et cela deux
jours par semaine seulement. Qu’en pensent les cadres qui sont souvent
entre deux missions en France ou à l’étranger et qui, eux, ne rentrent
pas chez eux tous les soirs ? Ce qui est curieux,
c’est que tout cela a été décidé depuis longtemps et accepté par tous
les syndicats, y compris la CGT, dans le cadre du projet d‘ensemble de
réorganisation du trafic aérien en Ile-de-France. Pourtant, la CGT avait déjà provoqué pour
le même motif une grève en 2007, ce qui prouve qu’elle ne fait pas grand
cas des accords signés. Mais tout cela a une explication fort simple,
qui marque bien le souci de l’intérêt général et du bien commun de la
CGT : un « comportement citoyen » en quelque sorte. En
effet, la CGT est majoritaire à Orly et minoritaire à Roissy et Athis-Mons.
Le regroupement aurait pour effet de lui faire perdre la majorité, une
fois les trois centres actuels fusionnés. Voilà qui, sans aucune discussion,
justifie d’avoir pourri la vie de quelques centaines de milliers de voyageurs.
Quant au coût, quelle importance, puisque ce sont les entreprises et les
professionnels qui le supportent. Voilà pourtant un sujet porteur. Faut-il
rappeler qu’aux Etats-Unis, Ronald REAGAN avait subi une grève des contrôleurs
d’une autre ampleur et d’une autre durée, voulant s’opposer à sa politique
de privatisations et de dérégulation. Il ne s’agissait alors pas de 48
grévistes. Et REAGAN était sorti vainqueur du conflit, après avoir eu
le courage de licencier tous les contrôleurs concernés. Dans un autre domaine, en Angleterre, la
grève quasi-insurrectionnelle des mineurs avait été un tournant du mandat
de Margaret THATCHER et sa résistance face aux grévistes d’extrême-gauche
avait contribué au soutien de la population anglaise à sa politique et
à forger l’image de la « dame de fer ». C’est toujours à propos
des syndicats minoritaires et subversifs qu’ont eu lieu les événements
et les tournants décisifs des mandats de ces deux grands leaders libéraux.
Rien de tel en France : un ministre a aussitôt reçu la CGT et a négocié
un compromis, en acceptant que les employés soient consultés, après les
tests, sur les rapprochements prévus. Dernière remarque : la presse, Figaro en tête, a publié
quelques informations intéressantes sur les contrôleurs en question, qui
constituent à l’évidence une sorte de sous-prolétariat : ce sont
des fonctionnaires (garantie de l’emploi donc), non des agents privés,
recrutés sur concours à bac + 2, puis formés en alternance à l’ENAC. Ils
peuvent prendre leur retraite avant 57 ans, et selon un rapport du Sénat,
leur rémunération brute pour un débutant est comprise entre 4000 et 5000
euros, et dépasse 7 000 euros pour un aiguilleur confirmé. Trente
heures de travail par semaine, y compris les périodes de repos, mais pour
certains, en particulier à Athis-Mons, avec une bonne organisation du
planning, ils peuvent ne travailler qu’une semaine à dix jours par mois.
Certes, le métier est stressant et les agents ont des responsabilités.
Mais avec ces conditions de rémunération, de retraite et d’horaires, on
veut bien être stressés. Le sous-prolétariat, vous dis-je.
Le 27 février
2008
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