METTEZ DU GAZ DANS VOTRE COURANT ELECTRIQUE


Les Français savent-ils qu’ils peuvent quitter EDF et acheter leur électricité ailleurs ?

Nos lecteurs, eux, le savent bien. Nous avons insisté à plusieurs reprises sur le fait que depuis plus de six mois le secteur de l’énergie, électricité et gaz, est ouvert à la concurrence ; on peut donc choisir librement son fournisseur. Mais, par contraste, à la veille de l’ouverture, le 1er juillet 2007, 69% des Français, contrairement à nos lecteurs, ne savaient pas que le marché allait être ouvert, ou en ignoraient la date. Sept mois plus tard, un autre sondage, publié par Les Echos et réalisé par TNS Sofres, précise que seuls 50% des Français savent que le marché est déjà ouvert depuis des mois et qu’ils peuvent choisir leur fournisseur d’électricité ou de gaz.

7% pensent que ce sera en 2008, 16% en 2009 ou au-delà et 27% n’en n’ont aucune idée. Cela en dit long sur le black-out savamment organisé dans cette période de transition par les anciens monopoles ou par les pouvoirs publics. Certes, EDF, par exemple, se vante d’avoir fait l’information nécessaire. La preuve : sur chaque facture, (vous pouvez le vérifier) on trouve indiqué en bas de la page, « Votre contrat sera reconduit au (suit une date fixée à moins d’un  an de distance), Délai de préavis de résiliation : aucun ». Comprenne qui pourra, mais pour celui qui n’a pas entendu parler du libre choix, c’est pour le moins obscur. Reconduire un contrat, cela ne veut pas dire clairement qu’on peut changer de fournisseur.

Il est vrai qu’après des dizaines d’années de monopole, les Français ont du mal à imaginer la liberté de choix. TNS Sofres parle du « poids assez logique des habitudes et du passé ». Mais le mur du silence est aussi difficile à rompre, d’autant plus qu’un concurrent nouveau n’a pas les mêmes moyens publicitaires que l’ancien monopole. 74% des sondés sont incapables de citer le nom d’un autre fournisseur d’électricité qu’EDF et 86% un autre fournisseur de gaz que GDF. Autre curiosité, parmi ceux qui savent qu’il y a des concurrents et qui en connaissent certains, les ménages connaissent mieux le nom de Poweo comme fournisseur d’électricité alternative à celle d’EDF, alors que la plupart ignorent, en dépit de sa publicité, que GDF vend aussi de l’électricité.

La désinformation est pour beaucoup dans cette situation : 67% des Français pensent que l’ouverture à la concurrence signifie l’augmentation des prix. Tout cela parce que l’on est effectivement dans une période de hausse des prix (qui n’a rien à voir avec l’ouverture à la concurrence), tandis qu’EDF et GDF ont encore la possibilité de pratiquer des faux prix, fixés par l’Etat artificiellement bas, les tarifs régulés : concurrence déloyale. Et 33% pensent que le changement de fournisseur est compliqué, ce qui n’est pas vrai et le sera de moins en moins.

Résultat : la plupart de ceux qui ont regardé les offres nouvelles hésitent et seuls 3% des particuliers ont l’intention de changer de fournisseur d’électricité et 2% pour le gaz. Mais les choses commencent à bouger pour TNS Sofres et l’information se répand peu à peu. 12% sont maintenant prêts à regarder les nouvelles offres. TNS parle même, de manière imagée, de la nécessité de « continuer à évangéliser une opinion malléable ». Il faut du temps pour apprendre à marcher et il reste « beaucoup à faire en matière de communication ». De plus, on le voit bien avec la poste, ce sont d’abord les gros clients (comme les entreprises) qui s’intéressent aux nouveaux offreurs du marché, et plus ils achètent aux nouveaux concurrents, plus ils contribuent à faire jouer la concurrence et à faire baisser les prix. Les particuliers n’auront plus alors qu’à s’engouffrer dans la brèche. Il est vrai aussi, comme on l’a bien vu dans le téléphone ou le transport aérien, que les anciens monopoles font de la résistance et que tout cela demande du temps. Mais il faut aussi des clients audacieux qui se lancent et contribuent ainsi à développer la concurrence. Quant aux pouvoirs publics, soit ils freinent, soit ils brillent par leur inexistence : c’est ainsi qu’un médiateur national à l’énergie (idée bien française) a été nommé il y a des mois : il n’a pour l’instant ni équipe, ni locaux. L’Etat ferait mieux, là aussi, de faire confiance au privé pour développer l’information nécessaire.

 

Le 21 février 2008 

 
   

 

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