L’AFRIQUE EST-ELLE EN PANNE DE LIBERTE ?


Les récents événements du Tchad, avec la chute provisoire de N’Djamena, s’ajoutent à tant d’autres conflits et à tant de violence, que l’attention se porte une nouvelle fois  sur l’Afrique, qui vit non seulement un drame humain, mais aussi une ruine économique.

Sur 34 conflits actuellement recensés dans le monde, la moitié ont pour théâtre la seule Afrique sub-saharienne. Il suffit de penser au terrorisme en Algérie, aux Sahraouis du front Polisario au Maroc, au Soudan dont le professeur Pascal CHAIGNEAU dit qu’il est un « Etat éclaté », à la guérilla en Ouganda, à la guerre civile au Rwanda et au Burundi, au conflit Ethiopie-Erythrée, à la Somalie (« Etat implosé » toujours selon Pascal CHAIGNEAU), au conflit entre la République démocratique du Congo et la coalition de l’Ouganda et du Rwanda, à la « paix tendue » en République centrafricaine, aux derniers événements du Tchad avec la chute récente et provisoire de N’Djamena, prise par les rebelles en dépit de la présence française, à l’Unita qui occupe encore le tiers du territoire Angolais (27 années de guerre civile !),  à la guerre civile au Liberia, aux problèmes de la Sierra-Léone qui a fait appel aux forces de l’ONU, aux députés et aux nombreux civils récemment assassinés au Kenya, aux attentats en Mauritanie, aux événements du Nigeria et en Côte d’Ivoire, etc. Nous en avons sûrement oublié…

Le professeur Pascal CHAIGNEAU distingue en Afrique « les guerres d’annexion », « les guerres de sécession », « les guerres identitaires », « les guerres ethniques », « les guerres claniques », « les guerres de prédation » ou encore les simples « jacqueries ». Toutes sont meurtrières, mais les guerres ethniques sont sans doute les plus dramatiques.

Mais pourquoi ces drames africains ? Beaucoup d’observateurs, en toute bonne foi pour certains, dans un esprit subversif pour d’autres, mettent en avant le caractère récent de la décolonisation (le début des années 60) et l’influence néfaste qu’exerceraient les pays développés en général et les anciennes puissances coloniales en particulier sur ce continent. Certains parlent de néocolonialisme, du poids des multinationales, de la domination des pays riches, sans même se rendre compte (y compris pour des gens dits de droite) qu’ils véhiculent ainsi les thèses les plus éculées du marxisme-léninisme, revu par Rosa Luxembourg, à savoir le thème de l’impérialisme, stade suprême du capitalisme.

D’autres voient dans les conflits en Afrique l’effet d’une guerre économique impitoyable, et incriminent l’économie de marché ; qui attise les appétits et crée la corruption et la violence. Que les richesses naturelles du continent africain soient l’objet de convoitises de la part de pillards et d’assassins, c’est incontestable. Mais le principe du marché est précisément de substituer le droit de propriété et les échanges à la lutte armée.

Ce qui manque à l’Afrique, ce sont les institutions capables de permettre le libre échange et la libre entreprise. Aujourd’hui, en Afrique il est plus simple de s’approprier les ressources par la force. C’est l’anti-marché. Pour que l’Afrique connaisse la prospérité, il faut que cessent les guerres, que se rétablissent l’état de droit et la sécurité juridique, qu’on respecte les droits de propriété et les contrats, que les libertés économiques se développent et que le commerce pacifique, le « doux commerce » cher à Montesquieu, remplace les conflits armés.

Dans le classement mondial des indices de liberté économique les pays d’Afrique se placent tout à fait en queue de classement. Il y a en réalité un lien mécanique entre l’absence de liberté et les conflits armés : quand les droits de propriété ne sont ni définis ni respectés ni protégés toutes les ressources redeviennent « bien commun ». Et c’est celui qui s’en empare le premier qui en bénéficiera. Et quand quelqu’un s’en sera emparé un autre viendra pour contester le prébendier précédent. Quand les armes ne parlent pas, c’est la corruption qui agit.

La désolation de l’Afrique ne doit rien au marché. On peut observer que dans d’autres régions du monde, les pays les plus pauvres sont en train de se développer en s’intégrant dans la mondialisation. Leur taux de croissance aura été cette année voisin de 10%. Ce n’est pas la mondialisation qui fait que l’Afrique est en panne, c’est la barbarie.

 

Le 20 février 2008 

 

 

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