PRIX ADMINISTRES A L’UNIVERSITE


Nous avons écrit plusieurs fois ce que nous pensions de la loi sur « l’autonomie des universités » : comment peut-on parler d’autonomie, quand on ne peut choisir ni ses étudiants, ni ses enseignants, ni ses diplômes, ni son mode de financement ? Cette question vient de rebondir avec la polémique sur le montant des droits d’inscriptions à l’Université de Paris-Dauphine, mais le problème est le même dans toutes les universités d’Etat en France.

Le principe général est clair : pour un diplôme d’Etat (licence, master, doctorat), le montant des droits d’inscriptions est fixé unilatéralement par le ministère : c’est donc un prix administré, avec tous les défauts du faux prix. Une quasi-gratuité apparente, compte tenu du montant très faible des droits, qui tranche avec la situation à l’étranger et avec les établissements privés. Pendant des années, les universités, confrontées à des problèmes insolubles de financement, puisque dépendant à 95% pour leur budget du bon vouloir de l’Etat, ont cherché à contourner la difficulté par des droits spécifiques, s’ajoutant aux droits fixés nationalement.

La règle est très stricte : ces droits spécifiques doivent être facultatifs, porter sur des prestations clairement définies et complémentaires, dont l’absence ne conditionne pas l’obtention du diplôme. Mais c’était une façon classique pour les universités de contourner les droits nationaux et on omettait de dire clairement aux étudiants que ce droit était facultatif. Les associations étudiantes, UNEF en tête, ont compris le système et attaqué au tribunal administratif : ils ont évidemment gagné, les universités ont dû afficher partout que ces droits étaient facultatifs et bien entendu plus personne ou presque ne les a payés. C’est ainsi que nous connaissons des universités où les étudiants ont contesté les droits spécifiques (très minimes) pour faire du sport ; le tribunal leur a donné raison. Résultat : on a fermé, faute de financement, les installations sportives en question.

Le seul cas dans lequel les universités avaient un peu de liberté concerne les diplômes d’université (DU), qui n’ont pas le label de diplôme d’Etat, et qui ont au fond la valeur que leur donne le marché. Le ministère ne les labellisant pas, les tarifs sont libres. La tentation a alors été grande de transformer ces diplômes d’université en annexes des diplômes d’Etat, en complément de ceux-ci. Ainsi les étudiants s’inscrivaient-ils dans le diplôme d’Etat, à tarif bloqué, mais aussi en général dans le DU complémentaire, à tarif libre, pour avoir un cursus plus complet, plus développé en horaires de cours ou en applications diverses. En réalité, c’était une façon assez discrète pour les universités de trouver des financements complémentaires par ce biais. Cette technique ressemble au fond à celle des économies socialistes, qui contournaient les marchés d’Etat soit par des dessous de table, soit par une économie souterraine : tout secteur étatisé secrète ainsi ses contrepoids, parce que la réalité se venge toujours.

Cette technique est pratiquée par toutes les universités, avec plus ou moins de discrétion et des tarifs plus ou moins élevés. Paris-Dauphine, qui est en partie dérogatoire au niveau de la sélection à l’entrée, a voulu sensiblement augmenter le prix de ces DU complémentaires (que suivent pour l’instant 25% des étudiants) pour rendre de nouveaux services aux étudiants (tutorat, cours complémentaires,…), le tarif passant en moyenne à 800 euros. Cet avant-projet, qui doit bientôt être soumis au conseil d’administration de Dauphine, a été révélé par les médias et aussitôt les associations étudiantes ont crié au scandale et à l’université à deux vitesses (alors même que le projet prévoyait un tarif modulé (550 à 1650 euros) en fonction des revenus des parents, avec 20% des étudiants totalement exonérés). Voilà ce que les universités doivent faire pour assouplir un petit peu un système public étatisé, à prix administrés.

Mais le plus intéressant, c’est la réaction du ministre, V. PECRESSE : elle a assuré qu’elle veillerait à « ce que la loi soit strictement appliquée », ajoutant qu’il « est interdit d’imposer aux étudiants inscrits à un diplôme national de s’inscrire parallèlement à une formation complémentaire, entrainant des frais supplémentaires, pour valider leur diplômes ». Elle menace de déférer la décision devant le juge. Voilà comment la bureaucratie appelle toujours plus d’interdits et de  bureaucratie pour colmater en permanence les brèches du système.

 

Le 14 février 2008 

 

 

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