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Comment des dirigeants
peuvent-ils se rendre insupportables avant même d’accéder au pouvoir ?
C’est pourtant l’exploit que réalisent dès maintenant les Français. Nos
partenaires en ont déjà leur claque de la présidence de la Commission
qui nous sera dévolue le 1er Juillet. Ce sera la dernière des « tournantes »
(actuellement un des pays de l’Union assure la présidence pour six mois),
puisqu’à partir du 1er janvier 2009 l’Union aura « son »
Président. Pour en finir en beauté, les Français entendent marquer l’histoire
européenne de son empreinte. C’est actuellement la petite Slovénie qui
préside l’Union. Déjà, le gouvernement français a bien fait comprendre
à la Slovénie qu’elle ne jouait pas dans la cour des grands. Comme ce
pays n’a pas de représentation diplomatique avec 120 pays, c’est la France
qui la représente dans tous ces cas, et nos ambassades font les démarches
au nom de la présidence slovène. Ensuite, la bureaucratie française est en
route. Des travaux considérables sont en cours à la représentation permanente
de la France à Bruxelles, avec auditorium et salles à manger. 35 agents
de plus sont affectés à cette représentation permanente à Bruxelles, portant
les effectifs à 230 personnes, et on se démène pour choisir les cadeaux
qui seront offerts aux participants et aux journalistes présents aux réunions,
des cravates aux sacs. C’est le contribuable français qui paiera et on
avance déjà une facture de 190 millions d’euros à notre charge. Ce qui énerve nos partenaires, c’est que
la France a de grands projets. Commentaire de l’agence Reuters :
« La future présidence française (…) ressemble à un éléphant dans
un magasin de porcelaine ». La Slovénie se sent déjà écrasée « et
ne cache pas son irritation » selon la même source. Le premier ministre
slovène a déclaré que la présidence de son pays « ne serait peut-être
pas aussi grandiose que celle de la France » mais qu’elle « se
concentrerait sur le substance ». Nicolas SARKOZY a déclaré : « A
la fin de la présidence française, je voudrais que l’Europe ait une politique de l’immigration, une politique
de la défense, une politique de l’énergie, une politique de l’environnement ».
Sauf que nombre de nos partenaires (et pas seulement les Anglais) ne veulent
pas de politiques communes, mais préfèrent l’Europe comme simple zone
de libre-échange. Si la présidence française sert à transférer au niveau
européen le colbertisme français, cela ne va pas susciter l’enthousiasme.
On fait aussi remarquer qu’il existe déjà une politique européenne de
l’environnement et que la France est le pays qui la respecte le moins ! Un autre détail est choquant pour les gens
de Bruxelles : habituellement, avant d’entrer en fonction, la nouvelle
présidence s’instruit des dossiers, pour assurer une continuité et connaître
les vrais enjeux. Cette fois-ci rien de tel : personne n’est venu
s’informer à ce jour, rien n’est prêt pour une vraie passation de responsabilités.
Ce n’est pas étonnant si Nicolas SARKOZY, ici comme ailleurs, entend être
le président de la « rupture ». Enfin les comportements récents des Français
vis-à-vis des obligations européennes ont été mal vécus. En décembre la
France avait accepté les quotas de pêche, en janvier le Président les
a remis en cause. Michel BARNIER a dû se contorsionner pour expliquer
que la remise en cause n’en était pas vraiment une. De même, l’Allemagne (et bien d’autres)
n’apprécient guère les critiques françaises contre la BCE, pas plus que
le projet d’Union méditerranéenne, qui est un facteur de division entre
européens. Certains députés européens ne se privent pas pour critiquer
la surexposition médiatique de la vie privée du président. Même le très
prudent Jacques BARROT, commissaire européen, donne des « conseils
de méthode » qui ressemblent à autant d’avertissements. La présidence
doit être pour lui une mission de compromis, non de tensions. Vous le savez : nous n’aimons guère
la bureaucratie européenne et les politiques communes. Si nous avions
une Europe vraiment libérale, tous ces couacs n’auraient pas lieu d’être.
Mais en attendant, si l’on entre dans un club, il faut en respecter les
règles et éviter de vexer les autres membres. Il est vrai que notre ministre
des affaires européennes a expliqué avec délicatesse que lorsqu’il y « avait
une star dans l’effectif », il fallait jouer collectif… Cherchez
la star !
Le 13 février
2008
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