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On attendait avec impatience les résultats
du second tour de l’élection présidentielle serbe, car on prévoyait un
résultat serré. Mais il faut d’abord revenir sur le premier tour, dont
les résultats étaient décevants pour les libéraux. Le seul candidat vraiment
libéral et totalement européen, Ceda JOVANOVIC, chef de file du parti
libéral démocrate (PLD), totalement boycotté par les médias d’Etat, a
réalisé un score très faible : 5,3%. C’était le seul candidat ayant
un véritable programme de réformes, voulant rompre avec le passé et proposant
d’arrêter les criminels de guerre, Ratko MALDIC et Radovan KARADZIC. Le
seul aussi à accepter l’indépendance du Kosovo et les propositions de
l’Union européenne ; le seul qui aurait osé prendre totalement ses
distances avec Moscou. Il est vrai qu’il se présentait en héritier
de Zoran DJINDJIC, l’ancien premier ministre serbe, assassiné en 2003
après avoir arrêté Slobodan MILOSEVIC et engagé d’importantes réformes.
Ce n’est pas en se présentant comme son héritier qu’il aurait pu avoir
la faveur des médias officiels, qui ne font que diffuser des discours
nationalistes, antioccidentaux et pro-russes. Le second tour qui vient de se dérouler
présentait néanmoins un intérêt, au nom de la théorie du moindre mal.
En effet, restaient en piste l’ultranationaliste Tomislav NIKOLIC et le
président sortant, plutôt pro-européen, du moins par rapport à son adversaire,
Boris TADIC. C’est le nationaliste NIKOLIC qui était en tête au premier
tour, avec 39,4% des voix, tandis que son rival, le sortant TADIC réalisait
35,4% des voix, laissant entrevoir un second tour serré. Tomislav NIKOLIC était à la fois le candidat
de l’ultranationalisme serbe, mais aussi celui de Moscou, toujours et
depuis longtemps très influent dans une Serbie à majorité orthodoxe. Il
est, comme son allié Russe, farouchement opposé à l’indépendance du Kosovo
(à majorité musulmane). Son parti s’appelle, à juste titre, le parti « radical »
serbe. Avec lui, c’est toute la veille garde qui tentait un retour, c'est-à-dire
ceux qui ont provoqué tous les conflits et même les massacres dans la
région. Le candidat NIKOLIC, face à l’appui de l’Union européenne à l’indépendance
du Kosovo, a déclaré que son pays ferait mieux de devenir une province
russe plutôt que d’adhérer à l’Union européenne ! Et cela dans un
pays où, du temps du communisme et de TITO, on cherchait à garder une
certaine distance avec l’URSS. D’un certain point de vue, NILKOLIC est
donc pire pour l’Occident que feu le maréchal TITO ! Et il n’est
pas en reste sur le plan « social », en bon hériter des communistes,
proposant la quasi-gratuité des études et des soins médicaux. C’était
déjà le discours du fameux MILOSEVIC. Par contraste, Boris TADIC apparaît comme
beaucoup plus modéré et surtout comme le candidat des Européens, faute
de mieux. Or les 27 souhaitent clairement l’indépendance du Kosovo. TADIC
a donc dû faire de l’équilibre, pour ne pas heurter le nationalisme serbe
ni l’opinion hostile à l’indépendance du Kosovo, tout en recherchant à
l’intérieur l’appui des pro-européens, et à l’extérieur celui des 27.
Cela l’a conduit avant les élections à faire le voyage de Moscou, passage
obligé pour les deux candidats finalistes, et à y négocier un accord
avec Gazprom, le géant russe qui a racheté le monopole pétrolier
national NIS, tout en multipliant les gestes à l’égard de l’Union européenne.
Il était donc indiscutablement le favori des Européens et des Occidentaux
en général, mais ceux-ci savaient que ce serait un partenaire difficile,
en raison du poids de Moscou. Il a d’ailleurs réaffirmé que jamais Belgrade
ne reconnaîtrait l’indépendance du Kosovo. Ceci étant, compte tenu de
la personnalité extrémiste de son adversaire, TADIC est clairement apparu
par contraste comme pro-européen, même si cela mérite d’être nuancé, et
l’élection a tourné pour une partie de l’opinion au referendum pour ou
contre l’Union européenne, pour ou contre les Occidentaux. Voilà quel était l’enjeu. Certes, le président
n’a pas tous les pouvoirs et le gouvernement joue un rôle essentiel. Mais
cette élection était plus qu’un simple symbole : la Russie allait-elle
faire un retour en force dans les Balkans ? Les électeurs ont tranché
dimanche dernier. C’est finalement le « pro-occidental » TADIC
qui a été élu, battant l’ultranationaliste de peu. L’Europe a évité le
pire et elle peut être satisfaite, en attendant qu’éclate la crise du
Kosovo…
Le 13 février
2008
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