UN BAC MACDO


Evidemment, cela se passe en Grande-Bretagne. C’est notre confrère régional La Provence qui rapporte cette information, pour ajouter aussitôt, dans un commentaire, qu’il s’agit d’une « idée impossible à envisager en France ». En fait, ce n’est pas une idée, c’est une réalité. Au Royaume-Uni, trois sociétés, Network rail, la compagnie aérienne Flybe et la chaîne de restauration rapide McDonald’s viennent d’obtenir l’autorisation de délivrer leur propre diplôme, qui sera, c’est là l’essentiel, reconnu par l’Etat. Car, bien entendu, depuis longtemps (c’est aussi le cas en France) une institution privée peut délivrer ses propres diplômes, mais ceux-ci ne sont pas reconnus par l’Etat, donc pas équivalents au diplôme d’Etat correspondant.

Dans le cas anglais, ces diplômes ont en effet été reconnus parfaitement équivalents au diplôme correspondant (sorte de baccalauréat britannique). C’est ainsi que McDo pourra délivrer un baccalauréat en « gestion du travail en équipes », certifiant que le diplômé connaît toutes les tâches liées à la gestion d’un restaurant, des services à la clientèle à la gestion des ressources humaines, en passant par le marketing. D’autres sociétés pourront délivrer le A-level (Advanced Level), qui est en général exigé pour entrer à l’université. Network rail (qui s’occupe le la gestion du réseau ferroviaire) pourra même délivrer des diplômes allant jusqu’au doctorat en ingénierie. Ce sont les premiers diplômes privés sanctionnant des qualifications désormais reconnues au niveau national. Certains ont critiqué ces « McExam », mais Gordon BROWN a tenu bon en expliquant que le niveau de qualification n’en serait pas affecté, au contraire.

Pourquoi dit-on que la chose est impossible en France ? Parce que le bac est un diplôme exclusivement étatique (en fait le premier grade universitaire, permettant donc d’entrer sans sélection dans la plupart des cursus universitaires). Les établissements privés préparant au bac (essentiellement les lycées catholiques) ne font pas passer l’examen, puisqu’il s’agit d'un monopole d’Etat, et les candidats doivent se présenter à l’examen d’Etat, ce qui implique pour les établissements privés de suivre au plus près le programme fixé par l’Etat. Il y a bien longtemps que Fréderic BASTIAT, toujours aussi lucide dans tous les domaines, dénonçait cet état de choses dans « baccalauréat et socialisme ».

Pour les diplômes du supérieur, le monopole de collation des grades s’applique. Donc les établissements privés (universités catholiques comme établissements non confessionnels) ne peuvent délivrer les diplômes (licence, master, doctorat). Ils doivent en passer par une convention avec une université d’Etat (qui réduit à néant leur liberté) ou par les jurys rectoraux (désignés donc par le recteur d’académie, nommé par l’Etat), mais cette deuxième procédure, un peu plus souple, est de moins en moins admise par l’Etat et de toutes façons oblige les établissements privés à en passer par la volonté étatique, le recteur pouvant désigner n’importe quel jury (pris dans les universités publiques), par toujours bien intentionné à l’égard des établissements privés.

Cette situation empêche le développement de véritables universités privées et donc le développement de la concurrence en France (même si elle existe avec les grandes écoles, qui ont leurs propres diplômes, dont la valeur est reconnue par le marché, et surtout avec les universités étrangères). En effet, le diplôme d’Etat est exigé dans de nombreuses conventions collectives et a fortiori pour les concours de la fonction publique. Dans notre Guide du candidat (www.guideducandidat.org) nous avions demandé « la suppression du monopole de la collation des grades ». De quoi scandaliser tous les partisans du politiquement correct. Les travaillistes anglais, eux, viennent de le faire. Il est vrai qu’eux savaient déjà qu’un diplôme d’Oxford ou de Cambridge valait plus que celui de la plus obscure université. Nous, nous croyons que grâce au label de l’Etat, tous les diplômes ont la même valeur. Mais les employeurs, eux, savent bien que c’est faux. Et si les diplômes portant le même nom n’ont pas la même valeur, le monopole de l’Etat sur ceux-ci n’est qu’une illusion, qui ne fait que réduire artificiellement la concurrence.

 

Le 7 février 2008 

 

 

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