LE PC INDIEN VA-T-IL DECOUVRIR LE CAPITALISME ?


Nous avions consacré il y a un an un article de conjoncture à l’Inde, nouvelle Chine. En effet, l’économie indienne est florissante, l’Inde est un pays émergent et la croissance de ce pays est proche des 10% par an. Notre président de la République y a fait un bref séjour il y a peu, au pas de charge, mais il a pu sans doute prendre conscience de l’immense marché qui s’ouvrait. Mais nous avions mis un bémol à cette analyse optimiste, qui est le fait que l’économie indienne, comme toutes les économies du monde, reste menacée par la politique. Certes, les principaux partis ont abandonné le socialisme cher aux générations précédentes, qui avaient choisi la planification et l’alignement sur Moscou. Mais les partis communistes (il y en a plusieurs) restent très puissants et sont dans la coalition gouvernementale. Ils n’ont cessé de freiner les réformes et réclament en permanence des nationalisations nouvelles. N’y a-t-il pas là de quoi tuer le dynamisme économique du pays ?

Le Monde nous rassure : il s’interroge à juste titre sur l’évolution des communistes indiens, en consacrant un reportage au dirigeant communiste du Bengale-Occidental. Car plusieurs régions, dont celle-là, sont dirigées par le PC. Le début du reportage n’est pas très encourageant. On y décrit les locaux du Parti communiste marxiste indien (CPI-M), au pouvoir. Les murs ornés des portraits de MARX, ENGELS, LENINE et STALINE. Tout un programme. Même MAO est là, mais décroché dans un coin, paraît-il pour le rafraichir.

Mais voilà :  ce PC archaïque vient de décider de se convertir au capitalisme. Que les âmes sensibles se rassurent, il n’est pas devenu ultralibéral, et ses modèles sont plutôt la Chine et le Viêt-Nam. Mais enfin, c’est un premier pas. Buddhadeb BHATTACHARJEE, président communiste du Bengale-Occidental, a déclaré il y a peu : «  Nous avons conscience que, sans capitalisme, l’industrialisation n’est pas possible. Nous devons nous inspirer des succès de la Chine et du Vietnam dans leur politique d’industrialisation ». Son prédécesseur explique : « le socialisme, à ce stade, n’est pas réalisable ». Certes, MARX lui-même avait dit que le passage par le capitalisme était un passage obligé de l’histoire. Mais enfin, c’est autre chose que de reconnaitre, même à demi-mots, que le socialisme n’est plus d’actualité et qu’il n’est pas pour demain.

A Calcutta, 160 000 m2 de bureaux sont en construction. Le secteur des technologies de l’information y croît au rythme annuel de 70%. De quoi faire réfléchir les militants, comme  cet étudiant qui proclame : « Si ma conscience professionnelle penche plutôt du côté de Bill GATES, ma conscience sociale rejoint Karl MARX », ce qui ne veut rien dire, mais révèle au moins une belle schizophrénie. Tout comme cet autre militant qui passe la moitié de son temps à prêcher la parole de MARX dans son quartier et l’autre moitié à vendre aux mêmes des crédits bancaires. Il faudra bien un jour choisir. Il n’y a plus que de vieux militants pour regretter que « l’amour ait remplacé la révolution »… Et les jeunes défendent le projet typiquement capitaliste de la « voiture la moins chère du monde ». Il leur suffit de dire que c’est « la voiture du peuple ».

Cela ne signifie pas que le PC indien ait cessé de nuire. Sa capacité à freiner les réformes  et à empêcher que l’Inde ne devienne trop libérale est intacte. Mais il semblerait que les esprits évoluent, même au sein des partis encore officiellement marxistes. Ils ont encore la pratique, à défaut du dogme, mais ils n’ont probablement plus la foi. Si le frein communiste se desserre un peu en Inde, tous les espoirs sont permis et ce pays deviendra effectivement émergent. En Inde, aussi, on semble découvrir que le mur de Berlin est tombé. Il reste peut-être à prévenir le parti communiste français et ses alliés, et à expédier BESANCENOT et les militants de la LCR à Calcutta.

 

Le 7 février 2008 

 

 

Imprimer cette page