INATTENDU ET STUPÉFIANT :

 

LES DÉPENSES D’ASSURANCE MALADIE DÉRAPENT !


Qui s’en serait douté, à part les lecteurs de la Nouvelle Lettre qui prennent régulièrement des nouvelles de la santé de notre système de santé ?

La nouvelle a surpris et déconcerté tous les bureaucrates qui s’occupent de l’assurance-maladie : les dépenses de santé ont à nouveau dérapé en 2007.

Ce que nos bureaucrates ne comprennent pas, c’est qu’ils fixent chaque année et font voter par le parlement un ONDAM (Objectif National des Dépenses d’Assurance-Maladie). Et chaque année, des médecins, vraiment irresponsables, ne respectent pas cet objectif : incroyable !

Il est vrai qu’il y a eu quelques années d’illusions, lorsque, en 2003, 2004, 2005, par le plus grand des hasards, l’ONDAM a presque été respecté, à 0,2 ou 0,6% près. Mais en 2006, les dépenses ont augmenté de 1,2 point de plus que l’objectif, renouant ainsi avec les dérapages du début des années 2000. Les chiffres définitifs pour 2007 ne seront publiés que dans quelques semaines, mais des informations partielles sont connues, reprises notamment par notre confrère Les Echos. Hors hôpital, les remboursements de soins médicaux ont progressé en 2007 de 4,9% : les dépenses sont ainsi supérieures de 3 milliards d’euros aux objectifs fixés.

En effet, l’ONDAM avait été fixé à 2,6% et même à 1,1% pour les seuls soins de ville (médecine libérale). Pour le régime général, la hausse des dépenses de ville devrait être, selon les estimations basées sur les sorties de trésorerie, de 4,9% et de 4,6% pour l’ensemble des régimes : on est loin du 1,1% fixé par les pouvoirs publics. Le dérapage avait commencé à être visible avant l’été 2007 et le « comite d’alerte » avait imposé un plan d’économies d’urgence : grâce à ce magnifique plan d’économies, le dérapage sera finalement encore plus important que prévu avant la mise en œuvre de ce plan. Commentaire des Echos : « 2007 restera comme l’exemple à ne pas suivre ». Et le dérapage s’est en outre nettement accentué en fin d’année, cela sans parler de l’hôpital, qui représente l’autre moitié des dépenses de santé. Les prévisions par secteurs sont encore plus affligeantes : le gouvernement attendait un recul de 3% des dépenses de médicaments ; ce sera finalement une hausse de 4,5%, en dépit des baisses autoritaires de prix et des médicaments moins remboursés. Les dépenses des infirmières libérales sont en hausse de 9%.

Tout cela n’est guère surprenant. Le système ne comporte aucun régulateur, puisqu’il y a une apparence de gratuité : personne n’a le sentiment de payer. Et il n’y a aucune raison que les dépenses, prescrites par des milliers de médecins et de professionnels de santé à des millions d’assurés sociaux, coïncident avec le chiffre, totalement arbitraire, du fameux ONDAM.

En réalité, il n’y a, pour la santé comme pour n’importe quel bien ou service, que deux régulateurs possibles. Le premier, c’est un système totalement étatisé. L’Etat fixe un objectif global, qui est ensuite décliné localement (par exemple chaque médecin a un quota d’actes à ne pas dépasser). Cela implique évidemment une médecine aux ordres de l’Etat, donc totalement socialisée, avec des médecins fonctionnaires, qui ferment leur cabinet quand ils ont atteint l’objectif à ne pas dépasser. C’en est alors fini de la liberté de la médecine. Le résultat concret, c’est la pénurie, les files d’attentes (des années avant d’être opéré) et, bien entendu, le marché noir, c'est-à-dire une médecine souterraine. Voilà, pour le coup, une médecine à deux vitesses.

L’autre solution de régulation possible, c’est le marché, avec une offre libre (médecine libérale), des prix libres (honoraires, médicaments) et une demande libre notamment pour son système d’assurance. Le malade doit connaître le vrai coût de la santé et la solidarité joue à plein par un système d’assurances privées (comme pour l’automobile). On peut être obligé de s’assurer (pour ne pas être à la charge du groupe en passager clandestin), mais on choisit son assureur et les modalités précises de l’assurance. Les plus démunis peuvent être aidés par un système de chèques-santé leur permettant à eux aussi de s’assurer.

Bien entendu, il est tout à fait possible que dans un tel système les dépenses de santé progressent, comme c’est le cas dans de nombreux pays, mais cela résultera d’un choix conscient et de la priorité donnée librement par les ménages à leur santé sur d’autres dépenses.

Pourtant il serait vraisemblable que le coût serait moins élevé, en raison de la concurrence,  qu’avec la sécu actuelle ; il suffit de se reporter à l’étude de notre ami Georges LANE (« Combien nous coûte, à nous et à moi, la sécurité sociale »), publiée par Contribuables Associés, dont nous avons parlé il y a peu, pour connaître le coût actuel « de la gratuité ».

Le système français actuel est mixte. Certes, on peut choisir son médecin, mais pas son assureur et il n’y a aucun régulateur, puisque chacun a le sentiment que c’est gratuit, c’est un « droit social ». En réalité c’est un droit acquis avec des cotisations qui sont trois fois supérieures à ce que coûterait en moyenne une assurance privée concurrentielle. Quand ils protestent contre les 50 centimes par boîte de médicaments à leur charge, ou contre les forfaits hospitaliers, ou contre l’euro de la visite, les assurés français le font-ils au nom du service public (ce qui mettrait en évidence leur naïveté ou leur ignorance), ou au nom de ce qu’ils payent pour la Sécu (avec un sentiment d’exploitation, même s’ils ignorent les détails du système) ?

Dans le système actuel, les dépenses ne peuvent que déraper. Et on ne résout pas le problème en multipliant et alourdissant les contrôles, en rognant sur les remboursements des médicaments, ni même, comme le suggère le rapport ATTALI, en instaurant des « crédits limitatifs », c'est-à-dire un rationnement des soins. On résout le problème par des contrats d’assurances, à couverture variable au-delà d’un minimum, et pouvant être assortis d’une franchise. L’assurance-maladie n’a qu’à se calquer sur l’assurance auto !

C’est parce que la santé est un service vital qu’il ne faut pas la laisser dans les mains des bureaucrates et l’auréoler d’une pseudo gratuité. Il faut la garantir par un système de libre choix, de responsabilité et de concurrence.

 

Le 6 février 2008 

 

 

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