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Cela devait arriver un jour ou l’autre,
mais on ne l’attendait pas si tôt. La coalition de gauche au pouvoir en
Italie a éclaté (même si le prétexte est mineur : la mise en accusation
d’un ministre, dont le petit parti n’a pas apprécié de ne pas être soutenu
par PRODI). Faut-il s’en étonner ?
La majorité était très étroite, surtout au Sénat, à la merci de
la moindre défection. Or cette majorité était ingouvernable, allant de
centristes-chrétiens modérés aux divers partis communistes et même aux
partis gauchistes. En tout, 13 partis dans la coalition… Le Sénat a donc
fait tomber le gouvernement PRODI, qui a dû démissionner aussitôt. Certes, Romano PRODI lui-même, catholique
de gauche, n’est pas un dangereux gauchiste et il semblait désireux de
réformer l’Italie sur certains points (comme l’ouverture à la concurrence
des professions fermées). Mais son action pendant 20 mois a été paralysée
par les tensions de sa majorité hétéroclite et l’a empêché de faire la
moindre réforme sérieuse. Certes, il affirme avoir essayé de redresser
les finances publiques. Et il est vrai que le déficit budgétaire a été
réduit, passant de 5 à 2% du PIB. Mais la dette publique reste énorme, dépassant
toujours les 100% du PIB (le gouvernement annonçait 100% en 2011 !).
De plus, le redressement budgétaire est illusoire, car il a été obtenu
par une hausse des impôts, et une lutte stricte contre la « fraude
fiscale », alors que les dépenses publiques progressaient toujours.
Le problème reste donc entier et la hausse des impôts menace la croissance.
On ne s’est pas attaqué à la cause du déficit, le dérapage des dépenses
publiques. Et le redressement apparent (1,9% de croissance du PIB en 2007)
s’explique par le rebond provisoire de croissance en 2006 entraîné par
l’économie mondiale. Il est vrai que la seule réforme tangible
a concerné l’ouverture à la concurrence de certaines professions, taxis,
notaires, produits pharmaceutiques, mais le gouvernement avait lâché un
peu de lest face aux manifestations. Et les accords sur les retraites
et les salaires des fonctionnaires sont autant de fuites en avant, consacrant
de nouvelles dépenses sans résoudre aucun problème de fond. Les vraies
réformes de structure n’ont donc pas été mises en œuvre. Résultat :
une tendance à l’appauvrissement et surtout une perte de compétitivité.
Les dossiers en cours n’ont même pas été traités sur le fond (comme celui
d’Alitalia). Que va-t-il se passer ? Deux solutions
étaient possibles. L’une consistait à provoquer immédiatement des élections
anticipées, avec le mode de scrutin actuel (la proportionnelle, donnant
tout pouvoir aux partis, maîtres de la désignation des listes, où même
les partis ayant moins de 2% des voix peuvent avoir des élus !).
L’autre à former un gouvernement de transition, chargé, tout en expédiant
les affaires courantes, de réformer la constitution ou du moins le mode
de scrutin, afin de pouvoir dégager après des élections au nouveau mode
de scrutin une majorité nette, quelle qu’elle soit. En cas d’élections immédiates (souhaitées
par BELUSCONI et toute la droite), il était probable que la droite, en
tète dans les sondages (55% contre 45%), gagne. Avec un gouvernement de
transition, les choses sont plus incertaines, ne serait-ce qu’en raison
du nouveau mode de scrutin. Et aussi parce que le temps joue peu à peu
contre BERLUSCONI, en raison de son âge. Il n’avait pas envie d’attendre
deux ans. Cette seconde solution, le gouvernement
de transition, a eu la préférence du Président de la République, Giorgio
NAPOLITANO, qui est un ancien communiste et dont le cœur penche fortement
à gauche. Il ne veut pas d’un retour de BERLUSCONI. Le Président a donc
demandé, après avoir consulté les partis, au président du Sénat, Franco
MARINI, 74 ans, de former un gouvernement de transition. Ce gouvernement
sera chargé de trouver un consensus sur la réforme du mode de scrutin.
MARINI est membre de la Marguerite, un des partis de l’ancienne coalition
de gauche. Il se présente lui-même plutôt comme un « centriste catholique »,
mais dont le cœur penche, lui aussi, à gauche. C’est de plus un ancien
leader syndicaliste. Affaire à suivre donc, car on ne sait pas si ce gouvernement
pourra fonctionner et changer la loi électorale.
Le 6 février
2008
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