![]() | ||||||||||||
|
La situation politique de la Chine demeure
consternante : atteinte aux libertés civiles et religieuses, parti
unique, répression de toute opposition. La Chine reste de ce point de
vue un Etat totalitaire. Mais en revanche – nous l’avons souvent souligné
- la liberté économique est en progrès. Les Chinois ont compris l’importance
de la liberté du commerce (ils en ont accepté les règles en adhérant à
l’OMC), et ils en ont fait le principal moteur de leur économie ;
ils ont accepté les principales institutions du capitalisme et de la propriété
privée (même s’il y a encore des entreprises d’Etat), le rôle de l’entrepreneur
et celui de la concurrence. Résultat : leur croissance est la plus
rapide du monde, supérieure à 10% ces dernières années. Certes il y a
des secteurs d’activité, et notamment l’agriculture, qui sont encore très
attardés, mais le dynamisme industriel et commercial est par contraste
incroyable. Mais voici que depuis quelques mois, un
dérapage non négligeable se produit, celui des prix. Les prix montent
de plus en plus vite et le taux d’inflation vient d’atteindre 6,9% en
un an, le plus élevé depuis 1996. Par exemple un kilo de porc (élément
important de la nourriture chinoise) coûte 43% de plus qu’il y a un an
et l’huile de soja 58% de plus. Le pouvoir d’achat est menacé. Il fallait
faire quelque chose, surtout l’année de l’ouverture vers l’extérieur,
au monde entier, avec les Jeux Olympiques. Les dirigeants chinois sont donc intervenus,
mais avec des réflexes totalitaires : chassez le naturel, il revient
au galop. Ils ont choisi la pire des solutions : un énergique contrôle
des prix. C’est la Commission d’Etat pour le Développement
et la Réforme (NDRC, tout un programme !) qui est l’instrument de
la nouvelle politique monétaire. Avant d’augmenter les prix, les grandes
entreprises vont devoir « soumettre leurs plans de hausse des prix
au gouvernement pour une approbation officielle ». Le pouvoir pourra
interdire toute majoration jugée « déraisonnable ». Certains
produits seront particulièrement surveillés, comme les céréales, l’huile,
la viande, le lait, les œufs, le gaz naturel liquéfié, etc. Certains groupes
sont explicitement visés, comme les leaders chinois de la nouille instantanée
ou les géants des produits laitiers, mais suivant notre confrère Les Echos
la liste va rapidement s’étendre. Ainsi la Chine, à peine sortie de l’étatisme
économique et de la planification, va-t-elle redécouvrir les joies des
prix administrés. Certes, ces contrôles devraient cesser « dès que
l’inflation aura sensiblement diminué ». Mais cela n’a aucun sens,
puisque les prix administrés n’ont jamais réduit l’inflation. Les Chinois
vont payer la rançon de leur erreur : l’offre va se raréfier, pour
se retrouver à des prix plus élevés au marché noir, des pénuries vont
apparaître, la concurrence ne jouera plus et la croissance va se ralentir
parce que le principal régulateur de l’économie de marché va disparaître :
sans liberté des prix, le marché est déboussolé, faute d’informateur,
d’incitateur, de régulateur. Parallèlement au contrôle des prix, les
dirigeants chinois entendent réduire la croissance, beaucoup trop forte,
de la masse monétaire. Pour la onzième fois en treize mois, le taux de
réserves obligatoires des banques commerciales vient d’être augmenté,
ce qui réduira la quantité de monnaie de base, donc la masse monétaire
en circulation. Cette disposition, plus « orthodoxe » à nos
yeux, révèle l’erreur de politique monétaire bien plus ancienne que l’inflation
nouvelle : le maintien artificiellement bas du taux de change de
leur monnaie (par rapport au dollar notamment). Depuis des années, les
Chinois accumulent les recettes en devises étrangères nées des excédents
de leur balance commerciale. S’ils les dépensaient la valeur du yuan sur
le marché des changes augmenterait. Mais les dirigeants chinois veulent
conserver une monnaie « bon marché » et le pouvoir d’achat qui
pourrait s’employer ailleurs dans le monde reste à l’intérieur du pays :
en contrepartie des devises accumulées, la Banque centrale émet des yuans
en quantité déraisonnable par rapport à la production nationale.
C’est cette politique qu’il faudrait changer.
Si la masse monétaire était sous contrôle, le blocage des prix ne servirait
strictement à rien ; c’est au contraire alors la liberté des prix
et la concurrence qui deviendraient les meilleurs alliés de la lutte contre
l’inflation. Mais quelques bonnes leçons d’économie de marché sont encore
nécessaires pour les communistes chinois.
Le 6 février
2008
| ||||||||||||