« L’EUROPE DES BIENS PUBLICS » : IGNORANCE ET SECTARISME 


 La désinformation économique va bon train, et ce n’est pas en cette période électorale que les Français perdront un peu de leur traditionnelle ignorance économique. Certains vont au contraire leur en remettre une couche. Passe encore pour les candidats, mais comment juger ceux qui font profession ou se donnent le titre d’économistes ? Après le Cercle des Economistes, qui a présenté un programme de gauche (bien socialiste) et un programme dit de droite (bien social-démocrate et pas du tout libéral), voici que s’exprime l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques), présidé par Jean-Paul FITOUSSI, qui nous gratifie de ses réflexions sur «  L’Etat de l’Union européenne »

Nul n’ignore que dans une économie mondialisée la seule Europe qui compte, c’est celle des entreprises et de la concurrence, et pas celle des administrations et des politiciens. Mais Jean-Paul FITOUSSI a un autre jugement, qu’il présente dans Les Echos « Fournir des biens publics, comme le plein emploi, l’énergie, la connaissance, la protection de l’environnement, est plus essentiel et pertinent aux yeux des populations que le respect scrupuleux de critères de stabilité monétaire et budgétaire ».

Si notre « collègue » avait quelque connaissances élémentaires, il saurait que le plein emploi n’est pas un bien public, mais le résultat de l’action libre des entreprises. Lorsque l’Etat s’en mêle, le chômage est assuré. De même l’énergie n’est pas un bien public,mais marchand. Partout, l’énergie s’ouvre à la libre concurrence. L’enseignement n’est pas un bien public et l’éducation en France meurt d’être « nationale ». Enfin l’environnement n’est pas un bien public : le marché fait bien mieux que toutes les réglementations. Monsieur FITOUSSI étale-t-il son ignorance, ou son sectarisme, en se livrant à cet exercice de désinformation ?

La réponse est donnée lorsqu’il précise que cette notion de bien public est d’autant plus importante que l’Europe s’est détournée de ses projets originels pour laisser le « primat » à des « doctrines économiques » au détriment du politique.  Autrement dit, il faut abandonner les leçons de la science économique, qui devient « doctrinale » dès qu’elle ne rencontre pas la doctrine de M.FITOUSSI et de ses amis, pour retourner à des choix « politiques ».Ainsi par exemple l’échec de la stratégie de Lisbonne viendrait de ce qu’elle instaure une concurrence néfaste entre Etats membres dans une course aux meilleurs classements nationaux, au lieu d’accroître la coopération entre économies européennes. C’est bien connu : la coopération étatique, c’est bien mieux que la concurrence.

« Il appartient au pouvoir politique, en l’occurrence au Conseil et au Parlement européens, de faire les arbitrages nécessaires entre les exigences de la concurrence et celles de la compétitivité ». Au passage on aura salué comme il convient l’antinomie entre concurrence et productivité. Monsieur FITOUSSI est sans doute persuadé que les monopoles, surtout quand ils sont publics, sont plus productifs que les entreprises concurrentielles du secteur marchand.

Suit l’habituelle attaque contre la Banque centrale européenne, qui a une conception « trop étroite » de la stabilité des prix, ce qui met en péril « la stabilité macroéconomique, bien public » qui « englobe la stabilité, mais aussi la croissance et l’emploi » car les autorités sacrifient un bien public (encore !), la « stabilité financière » sur l’autel de l’équilibre des finances publiques ; sacrifice évidemment fatal à la croissance (chacun sait bien depuis KEYNES que c’est le déficit qui provoque la croissance). Bref, le Diaforius de l’économie, comme celui de Molière( « le poumon, vous dis-je »), ramène tout aux « biens publics ».

 Mais la science économique n’en est  pas encore au bout de ses peines. Pour animer cette « Europe des biens publics », il faut créer une « Communauté européenne de l’environnement, de l’énergie et de la recherche », à l’image de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) qui était un modèle de bureaucratie et d’étatisme, et qui a si bien réussi qu’on a dû la supprimer.  Bref, l’OFCE donne pour modèle tout ce qui a échoué et tout ce qui va contre la concurrence, la liberté et le marché. L’OFCE ne croit pas aux enseignements de la science économique. Les écrits récents du dernier prix Nobel Edmund Phelps ou de Gary Becker n’ont pas été admis (ont-ils été seulement lus ?) par notre éminent confrère. Inconscient des échecs de l’économie dirigée, il veut en remettre une couche au niveau européen et donne aux hommes politiques l’alibi des « biens publics » pour qu’ils aient toujours plus de pouvoir.

 

Le 22 février 2007

 

 

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