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Comme on a beaucoup parlé de l’abbé Pierre ces derniers jours, je me dispenserai d’ajouter le mien aux multiples éloges dithyrambiques de ce grand ami des pauvres. Un commentateur (Bernard Kouchner, je crois) a légitimement souligné que le bon abbé s’était situé au carrefour de la société civile et de la société politique. Il est vrai que l’appel de 1954 s’adressait à la nation française, faisait appel à la compassion des hommes et des femmes de bonne volonté à juste titre alertés par lui sur la situation dramatique des pauvres des rues.
Mais le démon de la politique habitait aussi dans l’esprit de l’abbé Pierre, et finalement c’est de l’Etat qu’il a attendu la solution au problème des mal logés et des mal aimés. La société politique a absorbé la société civile. Erreur fatale, qui a conduit des âmes généreuses à croire qu’il suffisait de dépouiller Pierre pour habiller Paul et qu’il suffisait de priver les uns de leurs droits pour pouvoir les garantir aux autres. La logique anti-capitaliste a ainsi triomphé, et c’est vers l’Etat, fabriquant de nouveaux pauvres, qu’on est allé chercher le remède contre la nouvelle pauvreté. La loi Gayssot est finalement devenue la loi de l’abbé Pierre.
Je compare notre héros national et Muhammad YUNUS, le banquer prix Nobel de la paix, qui déclare dans un long entretien accordé à l’Express : « Ce qui a été réalise au Bangladesh, et qui peut être exporté n’importe où, tient dans cette formule : « S’il vous plaît, laissez l’Etat à l’écart ». Etat et micro crédit ne font pas bon ménage. C’est une mauvaise alchimie. Le rôle de l’Etat doit se limiter à créer un cadre légal favorable au micro crédit car ce dernier est la plupart du temps interdit ou empêché par les lois en vigueur. Rendre le micro crédit légal suffit à le faciliter et à entraîner la création de banques spécialisées dévolues à cette activité. Que les lois se content donc de rendre le micro crédit possible ; le reste, nous nous en chargeons ». Mais ne faut-il pas dispenser l’éducation et santé grâce au micro crédit ? « N’attendez rien de tel ! Sans quoi vous n’y arriverez jamais. Aujourd’hui, si je suis illettré, je peux me procurer de l’argent grâce au micro crédit. Si je suis en piètre santé, je peux aussi trouver de l’argent de la même manière. Mais si, pour obtenir un prêt, on me demande de produire un projet de diplôme ou un certificat de bonne santé, je me retrouverai immédiatement disqualifié ». « C’est pourquoi je n’accepterai pas que l’on fasse de l’éducation ou de la santé un mécanisme de conditionnement au micro crédit. Cela dit, nous encourageons fortement nos emprunteurs à scolariser leurs enfants, et d’ailleurs 100% d’entre eux vont à l’école. Parmi ces jeunes, nombreux sont ceux qui poursuivent des études pour devenir ingénieur ou médecin. Là encore, la Grameen Bank est présente et permet de trouver l’argent nécessaire pour aller toujours un peu plus haut. Enfin, lorsque les enfants quittent l’école et se posent la question de leur premier emploi, nous leur conseillons de ne demander de travail à personne, mais de créer un emploi par eux-mêmes ». Visiblement Muhammad YUNUS n’est pas l’abbé Pierre.
Le 31 Janvier 2007
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