LA MONDIALISATION FREINE L’INFLATION


On sait depuis Milton FRIEDMAN, et même depuis la vieille théorie quantitative de la monnaie, que « l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire ». Nous avons montré plusieurs fois dans nos articles de conjoncture que le ralentissement de l’inflation depuis une vingtaine d’années correspondait à une meilleure maîtrise de la masse monétaire, celle-ci progressant beaucoup moins rapidement que dans les années 70.

Même si, comme nous l’avons expliqué, les Banques centrales préfèrent, à tort, surveiller le taux d’intérêt, la masse monétaire reste sous contrôle. En Europe, où elle avait un peu dérapé, atteignant une hausse de 8% par an, la croissance de M3 se ralentit à nouveau et se situe à 7,3%, sur une année, au mois de décembre 2005. C’est encore trop, mais l’évolution va dans la bonne direction, puisqu’on observe un ralentissement.

Mais, bien entendu, le lien monnaie/prix n’est pas mécanique ou mathématique et bien d’autres facteurs interviennent. Parmi ceux-ci, il y a l’intensité de la concurrence. Celle-ci, et BASTIAT l’avait déjà compris dès le milieu du XIX° siècle, fait baisser les prix. D’ailleurs BASTIAT pensait que la hausse du pouvoir d’achat des consommateurs viendrait en premier lieu de la baisse des prix, résultant de la concurrence. Pour lui, l’ennemi de la concurrence, c’est avant tout le protectionnisme. C’est donc l’ouverture des frontières qui contribue à faire baisser les prix, c'est-à-dire ce que l’on n’appelait pas encore à l’époque la mondialisation.

Cela n’a rien d’étonnant. Une fermeture des frontières, un monopole (comme les monopoles publics) peuvent conduire les entreprises à abuser de leur situation et à monter les prix. Même si les entreprises font des gains de productivité, il n’est pas question de les partager avec les clients ; on les distribuera en interne en salaires ou en profits. Au contraire, avec la concurrence et la mondialisation, chacun essaie de faire mieux ou moins cher que le voisin et la tendance à la baisse des prix est permanente, même s’il faut pour cela comprimer les marges. C’est le client qui, comme on dit à juste titre, est alors roi. Il est le premier bénéficiaire des progrès économiques réalisés.

Les résultats publiés par l’INSEE confirment cette analyse. Globalement, l’inflation a été contenue en 2005 et la hausse des prix a été seulement de 1,8% en France par rapport à 2004 (elle était par exemple de 13,7% en 1974, autre année de choc pétrolier !). Selon l’INSEE, entre 1998 et 2005, les prix à la consommation ont augmenté de 12,4%. Or on observe que dans les secteurs ouverts à la mondialisation, à la concurrence internationale, les prix non seulement ont grimpé moins vite, mais même ont baissé.

Dans cette période, les microordinateurs ont diminué de 75,8% ; c’est, comme on le sait, l’un de secteurs où la mondialisation joue à plein. De même, le téléphone a diminué de 58,5%, les téléviseurs de 44,2%, les lave-vaisselle de 20,6%, les jeux et jouets de 9,1%, les vêtements de sport et de loisirs pour hommes de 6,6%, les disques et cassettes de 1,5%, les tailleurs femmes de 0,8%. Parfois, toujours dans les secteurs ouverts à la mondialisation, les prix ont monté, mais sensiblement moins que la moyenne : c’est ainsi que pour les automobiles neuves, la hausse n’est que de 4,4%. Globalement, les prix des produits manufacturés ont diminué de 0,5% l’an dernier et progressé de 0,8% seulement en sept ans.

En sens inverse dans les secteurs où l’Etat est fortement impliqué (par un monopole ou par de fortes taxes) et dans les secteurs plus protégés, où la concurrence joue moins (par exemple dans certains services), la hausse des prix est supérieure à la moyenne : + 78,1% pour le tabac (l’Etat est seul responsable de la hausse), + 42,7% pour les carburants (l’essentiel est dans les taxes et dans le cartel de l’OPEP), + 35,7% pour la réparation des véhicules personnels, + 26,8% pour l’autoécole (la concurrence européenne ne joue pas encore ici et la directive BOLKESTEIN n’est pas votée), + 23% pour les maisons de retraite, + 22% pour les consommations dans les cafés (et même + 23,4% pour le prix des cafés, alors que le café en grain, soumis à la concurrence internationale, baissait de 9,4%), + 20,8% pour l’enlèvement des ordures ménagères, + 20,2% pour l’assurance habitation, + 19,6% pour les crèches et assistance maternelle, etc.

Bref, dès que l’Etat produit lui-même, ou réglemente un secteur, ou dès que la mondialisation ne joue pas encore (comme dans certains services, soit difficilement délocalisables, soit fortement protégés), les prix montent plus vite que la moyenne. Dès que la mondialisation joue à plein, les prix baissent. Comme le souligne notre confrère Les Echos, qui rapporte ces informations, « les importations massives de certains produits ont tiré l’inflation vers le bas ».

Il y a donc, en matière de prix, un bénéficiaire de la mondialisation, c’est le client. Et plus les frontières sont ouvertes, plus l’inflation se calme.

 

Le 15 Février 2006  

 

 

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