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| LE LIBERALISME EST-IL DE DROITE ? Sous ce titre, notre excellent confrère Valeurs Actuelles a publié une série d’article de qualité, nous déplorons simplement n’avoir jamais été sollicités à l’ALEPS pour donner notre réponse. Nous comptons pourtant beaucoup d’amis voire de disciples chez Valeurs Actuelles, à commencer par l’éditorialiste de talent qu’est François d’Orcival. Sans doute Valeurs Actuelles est-il aux frontières du libéralisme et du conservatisme, mais ce magazine mérite d’être lu avec attention, ce que l’on ne peut dire de quelque autre hebdomadaire à grand tirage dont les lignes éditoriales sont plus incertaines (mais la mode actuelle est à la diversité dans le cadre convenu de la pensée unique). Le dernier article était signé de Claude Polin, philosophe éminent, qui précisément se situe quelque part entre conservatisme et libéralisme. Cette position intellectuelle ambiguë vient certainement d’une méconnaissance de la pure pensée libérale, en particulier d’Hayek, mais tout aussi bien de Bastiat – surtout Bastiat – et Turgot (on relève d’ailleurs la même ambiguïté chez Tocqueville, voire Constant). Pour Claude Polin, la philosophie a laquelle ressortit le libéralisme est « celle-là même qui se trouve inspirer aussi le socialisme, celle qui affirme que l’homme réalise sa nature par l’assouvissement de ses désirs. Certes libéralisme et socialisme diffèrent, mais seulement dans l’ordre des moyens ». Cette analyse est irrecevable. L’opposition entre libéralisme et socialisme est totale et inévitable, parce qu’il s’agit de deux anthropologies opposées. Léon XIII et la doctrine sociale de l’Eglise catholique n’ont cessé de l’affirmer : « l’erreur du socialisme est une erreur sur la personne humaine ». On opposera aussi Hobbes et Locke : l’un estime que « l’homme est un loup pour l’homme », l’autre pense que les hommes, à la différence des loups, est tourné vers l’harmonie, le contrat et la paix. A la lecture de l’article, on peut comprendre d’ailleurs ce qui est exclu de l’analyse de Claude Polin. C’est que l’intérêt personnel ne peut être satisfait qu’au service des autres, que l’homme ne peut s’épanouir qu’au contact des autres, et non pas au détriment des autres. Les socialistes sont des gens profondément pessimistes sur la nature de l’être humain, toujours avide, toujours destructeur. Destructeur des autres, destructeur des plus faibles, destructeur de la nature maintenant. Voilà pourquoi ils veulent une société organisée pour protéger l’homme contre l’homme. Ils finissent ainsi par détruire et la liberté, et la propriété, et l’homme lui-même. C’est la raison pour laquelle, contrairement à ce qu’avance Claude Polin, il n’y a aucune convergence possible entre les deux philosophies. Il est vrai que la mode est au relativisme et quoi qu’il s’en défende Claude Polin suggère qu’il y a quelque part de vérité dans le socialisme. Il n’y a pas davantage de convergence entre les systèmes économiques, entre le marché et le plan, comme le pensent les prophètes du tiers système comme Schumpeter, Burnham, Galbraith et autres : « La concurrence libérale a logiquement mené à une incessante concentration industrielle et financière, donc à la domination du marché par des oligarchies restreintes également censées agir pour le bien-être de tous ». C’est voir le libéralisme à partir de Davos, ou dans les seules colonnes des journaux financiers. En réalité, il n’y a aucune concentration observée qui serait due à la concurrence, toute la concentration à laquelle Claude Polin se réfère est celle des oligarchies publiques, avec les atteintes que les Etats portent régulièrement au libre marché concurrentiel à travers ses réglementations, ses protectionnismes, ses corporatismes, ses syndicalismes. Il est vrai que Claude Polin voit peut-être le libéralisme à travers la cohorte de polytechniciens énarques qui pantouflent dans les grandes sociétés clientes de l’Etat français. Mais ce libéralisme à la française n’a rien à voir ni avec la philosophie libérale ni avec le marché, qui sont fondés sur la liberté et la responsabilité d’êtres humains appelés à servir la communauté. Le 20 Janvier 2010
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