RETOUR A LA REGIE NATIONALE DES USINES RENAULT ?


Une malédiction semble attachée au nom de Renault et à la marque d’automobiles qui le porte. A la Libération, Louis Renault a été dépossédé de ses usines au prétexte (démontré depuis lors fallacieux) de collaboration avec l’Allemagne. Les ministres communistes de l’époque étaient trop désireux de mettre la main sur Billancourt, et Jean Paul Sartre expliquait qu’il ne fallait surtout pas les contrarier, au risque de « désespérer Billancourt ». La Régie Nationale des Usines Renault (RNUR) devrait être le modèle de l’entreprise sociale. Son conseil d’administration faisait une large place aux syndicats, il vaudrait mieux dire au syndicat, puisque la CGT a fait main basse sur la RNUR et son comité d’entreprise employant en un temps jusqu’à 5.000 personnes, dont 2.000 pour la seule bibliothèque. La révolution culturelle était en marche.

Avec la vague de privatisations débutant en 1986 la RNUR ne disparaît pas : François Mitterrand en fait une condition de la cohabitation (pourquoi Chirac l’a-t-il accepté ?). Il faut attendre1990 pour que Renault devienne une société anonyme, 1994 pour que le capital soit ouvert au public, et le 15 juillet 1996 pour que Renault soit réellement « privatisée », l’Etat ne possédant « plus que » 46% des actions. En 1999 Renault fusionne avec Nissan.

Mais le sort de Renault va sans doute être modifié avec « la crise ». Avec le plan de relance, Renault bénéficie tout comme Peugeot Citroën de la prime à la casse (coût environ 500 millions pour le budget de l’Etat), et le total des aides de l’Etat se monte à quelque 6 milliards d’euros. Les Etats-Unis faisaient davantage encore pour sauver General Motors.

Carlos Gohn, PDG de Renault Nissan, n’a pas la reconnaissance du ventre. Voilà qu’il se propose de délocaliser la fabrication des Clio en Turquie. Les délocalisations de l’industrie automobile française ne sont pas une nouveauté : Renault a produit 7 voitures sur 10 à l’étranger en 2009, et Peugeot 2 voitures sur trois. La raison en est bien simple : les coûts de la main d’oeuvre française sont supérieurs et de beaucoup à la productivité du travail, et les syndicats n’acceptent pas la diminution des effectifs. Il est à noter que ce n’est pas tant la masse salariale que les prélèvements « sociaux » qui rendent le travail français moins compétitif que le travail tchèque, russe ou turc : l’auto française est plombée par la Sécurité Sociale.

Là-dessus intervient naturellement notre grand ministre de l’Industrie, Christian Estrosi. Il reprend à son compte l’argument de l’Humanité et de la gauche : il est scandaleux que Renault aille à l’étranger et ôte le pain de la bouche des Français alors que l’on a apporté 6 milliards dans la corbeille des constructeurs. Il est vrai que nous trouvons que sauver les emplois chez Renault en attribuant quelque 8.000 euros par salarié était assez déraisonnable. C’est en tout cas contraire à la logique du marché concurrentiel. Mais l’émotion du ministre est surtout causée par l’ingratitude de la direction.

Christian Estrosi a trouvé la parade : l’Etat, au-delà des subventions déjà versées, va prendre 15% des parts de Renault et aura ainsi le pouvoir au sein du Conseil d’Administration, bloquant ainsi la délocalisation turque. En clair, il est bien question de renationaliser Renault. Christian Estrosi a déjà réalisé l’exploit de changer le statut de La Poste en la rendant « imprivatisable » : un concept juridique nouveau, dont on verra ce qu’il restera lorsque la concurrence postale sera totale (et ici Christian Estrosi n’a aucun pouvoir d’annuler les directives européennes). Voici maintenant qu’il explique qu’il n’y a aucune raison quand « les intérêts nationaux » sont en jeu, pour que l’Etat ne prenne pas les affaire en mains. C’est dit-il, un service public qu’il faut mettre en place, et, à l’appui de sa démarche il a un argument suprême. Voici qu’il se réfère à la Constitution de 1946, constitution écrite par les plumes communistes, qui ne prévoit rien de moins que la nationalisation totale de l’industrie. Cette bonne Constitution, à laquelle se réfère le préambule de la Constitution de la Vème République – ce qui lui donne (presque) valeur constitutionnelle – est ressortie chaque fois que l’Etat est en péril. On l’a vu au moment des nationalisations Mitterrand-Mauroy-Delors de 1981, qui ont été rendues possibles grâce à la référence à ladite Constitution de 1946, pourtant contraire à la Déclaration Universelle des Doits de l’Homme de 1789, puisque violant le droit de propriété.

Nous saluons comme il convient ce retour à la nationalisation et au communisme. La France a dans la plupart des pays étrangers la réputation d’être le dernier pays communiste en Europe. Jusqu’à présent c’était le vestige du communisme que l’on visait. Maintenant c’est le communisme en marche. Un progrès considérable. Vive la Régie Nationale des Usines Renault. Pourquoi donc Peugeot a-t-il échappé à la nationalisation en 1981 ? Christian Estrosi se le demande, et va sûrement faire quelque chose dans cette direction.

Le 20 Janvier 2010

   
 

 

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