LA TAXE CARBONE CARBONISEE


Une preuve évidente de l’impossibilité pour l’Etat de maîtriser l’avenir est le verdict rendu par le Conseil Constitutionnel. Le principe de précaution doit jouer aussi en matière fiscale : l’Etat ne saurait prendre assez de précaution pour lancer de nouveaux impôts. Nos innovateurs fiscaux avaient cru prendre deux précautions jugées à leurs yeux suffisantes. D’une part, ils avaient pris soin de ne pas parler d’impôt nouveau, mais de taxe, voire même de « contribution » pour bien marquer qu’un impôt est subi, alors qu’une contribution est volontaire : tous les contribuables étaient d’accord pour sauver la planète. D’autre part, ils avaient imaginé un dispositif susceptible de convaincre les derniers opposants : la taxe serait remboursée à certains foyers fiscaux sous forme d’un chèque vert, et ne frapperait pas les entreprises les plus polluantes pour lesquelles elle aurait été une charge trop lourde, susceptible de ruiner leur compétitivité internationale. De la sorte, voilà une taxe bien propre, indolore, et ne causant aucun dommage, ne faisant aucune victime. Triomphe de l’intelligence.

Bêtement, le Conseil Constitutionnel, informé par quelque esprit malin, a constaté que les entreprises polluantes ne paieraient pas la taxe anti-pollution : 93% des pollueurs allaient être exemptés. Seuls quelques malheureux entrepreneurs, mais aussi la foule des particuliers, seraient soumis à la taxe. Au nom du principe de l’égalité devant l’impôt, le Conseil a donc déclaré irrecevable le projet de loi instituant la taxe carbone.

Tout cela était évident dès le départ, et l’ALEPS a participé, aux côtés de Contribuables Associés, à la campagne de pétition lancée par l’IREF (Institut de Recherches Economiques et Fiscales). Le texte de la pétition faisait bien apparaître que la taxe était injuste, inutile et dangereuse. Il a reçu 10.000 signatures à ce jour, et vous pouvez venir grossir encore ce chiffre en vous reportant au site www.irefeurope.org.

Il n’est pas trop tard pour ce faire, parce que le gouvernement persiste et signe. Avec l’obstination, pour ne pas dire l’entêtement, qui le caractérise, le président Sarkozy a solennellement fait le vœu de refondre le projet de taxe carbone, et de le soumettre au Parlement avant la fin du mois de janvier, pour que la taxe soit applicable à partir du 1er juillet. C’est un souhait qui sera allé droit au cœur des Français. Les souhaits habituels de santé et bonheur n’auraient pas été suffisants en cette Saint Sylvestre si le Président n’y avait pas ajouté la promesse de sauver la taxe carbone, qui elle-même sauve la planète, faute de sauver les finances publiques.

Le plus passionnant est le processus de passage d’une usine à gaz désaffectée à une nouvelle usine à gaz durable. En une semaine, Madame Lagarde et les savants de Bercy se sont aperçus que la fiscalité française s’inscrivait dans une perspective européenne et concurrentielle. Cela n’aurait pas dû être, car le gouvernement français était persuadé qu’il parviendrait à associer nos vingt six partenaires de l’Union à sa talentueuse initiative. Une taxe carbone au niveau européen aurait eu aussi le mérite de protéger l’Union entière contre le « dumping environnementaliste » des Américains, mais surtout des Chinois et des Indiens. Il y a malheureusement trop d’inconscients au sein de cette Union. Polonais, Allemands et autres Tchèques ont donc rejeté la taxe carbone, de sorte que la France s’est retrouvée isolée. Cependant, nos partenaires européens nous laissent évidemment libres de nous tirer une balle dans le pied. Car désormais, les entreprises installées sur notre territoire se trouvent frappées d’un impôt que ne subissent pas nos concurrents. La parade de Bercy est adroite : toutes les entreprises polluantes (les onze cents) paieront la taxe – ce qui devrait satisfaire le Conseil Constitutionnel – mais elles pourront être exemptées au cas par cas si elles sont « mises en difficulté dans les situations de concurrence ». Le fait que des exemptions soient prévues pour certains contribuables est-il conforme ou contraire à l’égalité ? Le Conseil constitutionnel pourrait juger que la ficelle est un peu grosse. Mais le plus suffoquant, c’est le lien établi entre concurrence et exemption. Qui définira les entreprises dangereusement menacées par la concurrence ? La concurrence est-elle une menace contre laquelle on doive protéger les entreprises ? Et enfin, les autorités de Bruxelles vont-elles tolérer une telle atteinte à la libre concurrence ?

Ces questions vont se poser dans les jours qui suivent, car avant de proposer au Parlement un nouveau projet de taxe carbone, le gouvernement devra subir un triple examen de passage devant les professionnels, les autorités européennes et… le Conseil Constitutionnel.

La façon dont les lois fiscales sont conçues et rédigées dans notre pays est assez exemplaire.

Le 13 Janvier 2010

   
 

 

Imprimer cette page