ELECTIONS DEMOCRATIQUES A CUBA


Les élections législatives viennent de se dérouler à Cuba. Il s’agissait de désigner les 614 députés de l’Assemblée nationale. Les radios et télévisions cubaines (officielles) ont lancé un appel « à venir aux urnes massivement, avec enthousiasme et esprit révolutionnaire, et dans la certitude qu’il s’agit d’un processus transparent et démocratique, les candidats ayant été choisis sur leurs mérites et non sur leur fortune personnelle ». Nous ne doutons pas un instant que les élections aient été démocratiques, du moins si nous en croyons certains médias français, puisque nous avons entendu des reportages sur les élections qui avaient eu lieu dimanche à Cuba, comme s’il s’agissait d’élections dans une vulgaire démocratie bourgeoise.

En effet, les médias cubains (c’est normal) et certains médias français (c’est moins normal) ont omis de préciser quelques menus détails. Le plus intéressant (mais sûrement un simple détail pour nos bonnes âmes des médias), c’est qu’il y a eu 614 candidats pour 614 sièges. De quoi rendre le choix plus clair. Mais comme ils n’ont pas été sélectionnés sur leur « fortune personnelle », nous voilà rassurés sur leur qualité.  De plus ces candidats sont membres du parti communiste, sauf une petite poignée de compagnons de route (nous avons connu cela en France du temps de Maurice THOREZ), sans doute les « idiots utiles » dont parlait LENINE.

Voilà donc un choix bien démocratique et transparent. Ensuite, ces députés vont se réunir (Fidel CASTRO, 81 ans,  figure parmi eux, réélu avec 100% des voix, comme il se doit quand il n’y a qu’un seul candidat par siège). Ces députés vont avoir 45 jours pour choisir les 31 membres du Conseil d’Etat (c’est à dire le gouvernement) qui lui-même choisira son président, qui est en quelque sorte le chef de l’Etat. Suspense insoutenable, on ne sait pas encore si CASTRO (Fidel) sera à nouveau aux affaires, lui qui est provisoirement en congé et remplacé par son frère Raoul. Il reste pour l’instant, en dépit de sa maladie, chef des armées et premier secrétaire du parti communiste. C’est dire qu’il n’a pas encore lâché la main et comme son ami LULA vient de le rencontrer et lui a trouvé « une santé impeccable » (ce qui saute aux yeux quand on voit les images), tous les espoirs sont permis à ce jeune premier de la politique cubaine. Il est vrai qu’il n’est au pouvoir que depuis 1959. Il est aimé de son peuple !

Pendant ce temps, les conditions économiques se dégradent et les libertés civiles sont toujours aussi inexistantes. Le fait nouveau, c’est que même l’Eglise catholique, qui n’a pas l’indépendance et la force de l’Eglise polonaise sous le communisme, et qui est restée longtemps très prudente, pour conserver une certaine liberté du culte, à condition qu’elle ne se mêle pas de politique, se réveille. Elle avait connu un premier sursaut au moment de la visite de JEAN-PAUL II il y a dix ans, puis elle était rentrée dans le rang, au moins officiellement, agissant par contre de manière souterraine pour aider les dissidents.

Les choses changent à nouveau et, comme le titre Le Figaro «  L’Eglise cubaine commence à donner de la voix ». D’ailleurs, le numéro deux du Vatican, le cardinal BERTONE, va venir dans moins d’un mois à Cuba pour réaffirmer le soutien de BENOIT XVI à l’Eglise cubaine. Le Figaro parle d’un « petit air frondeur qui parcourt les rangs de l’Eglise catholique cubaine. Une envie de jouer la caisse de résonance des maux qui étouffent la société ». Le cardinal archevêque de la Havane a parlé, dans son homélie du jour de l’an, de la nécessité du « changement ». Prenant le régime au mot, le cardinal ORTEGA ajoutait «  Ces derniers mois, les autorités ont demandé aux Cubains ce qui les préoccupait. Elles ont fait un pas en avant. Maintenant, les changements nécessaires doivent être introduits ». Un autre évêque, Mgr PINO (Guantanamo) ajoutait : « Les autorités doivent trouver une solution rapide aux angoisses et aux mécontentements de la population ».

Si l’Eglise met ainsi en garde le régime et prend date, c’est que la situation est très dégradée. Et elle s’occupe efficacement des plus démunis et des plus pauvres, nombreux à Cuba, sans demander la moindre aide au gouvernement, ce qui est le pire désaveu pour un régime qui se prend pour le paradis sur terre.  Peut-être le début de la fin.

Le 31 Janvier 2008  

 

 

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