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Un hold-up est
habituellement un crime. Mais depuis longtemps on sait que ce n’est pas voler
que reprendre à un voleur l’argent qu’il a volé. Ce que vont subir les épargnants
est bien un hold up, mais apparemment légitimé dans l’optique de la justice sociale
et de la lutte des classes. Rappelons d’abord
le corps du délit. Pendant longtemps, le gouvernement a fixé
souverainement le taux du livret A, comme dans un Etat socialiste, ce qui fait
que le taux réel était souvent négatif pendant les périodes de forte inflation.
Comme on semblait s’être aperçu que le mur de Berlin était tombé, on a décidé
de passer du socialisme à la technocratie, toute aussi arbitraire, mais au moins
le gouvernement perdait la haute main sur la rémunération de l’épargne. L’arrêté du 28 juillet 2003 indiquait que
le taux devait être révisé tous les six mois, en faisant la moyenne entre l’inflation
hors tabac (2,46% pour le dernier résultat) et le taux de l’Euribor à 3 mois (un
des taux d’intérêt européens) (4,857% actuellement) majorée de 0,25% : on
admirera le caractère purement technocratique de la formule. Cela donne, pour
les derniers chiffres connus, un taux de 3,9085%, à arrondir au quart de point
le plus proche, soit 4%. Voilà le taux du livret A qui aurait dû s’appliquer au
1er février. Aussitôt, le gouvernement s’étrangle et
déclare que c’est beaucoup trop. Quand la formule conduit à une baisse du taux,
elle est excellente ; quand elle conduit à une hausse, elle est scandaleuse.
Le gouvernement incite donc le Gouverneur de la Banque de France à déclarer ce
que l’on appelle dans l’arrêté des « circonstances exceptionnelles ».
A savoir une hausse trop forte de l’Euribor, à cause de la crise des subprimes,
car le gouverneur, lui, sait ce qu’est le bon taux de l’Euribor. Or, lorsqu’il
y a circonstances exceptionnelles, c’est le gouvernement qui fixe le taux du livret
A. Le tour est donc joué et le taux est fixé aussitôt par François FILLON à 3,5%
(alors que la formule aurait donné 4%). Et il a le toupet d’ajouter que le gouvernement
aurait pu fixer 3,25%, comme le recommandait le gouverneur. Sous-entendu :
voilà un cadeau fait aux épargnants, alors qu’il s’agit d’un véritable hold-up. Mais il y a mieux : le gouvernement
a demandé au ministre de l’économie, Christine LAGARDE, de soumettre au comité
consultatif de la législation et de la réglementation financière une « évolution
de la formule de calcul » pour éviter le risque d’une sur-réaction des taux
courts (car on sait bien que le marché sur-réagit, ce qui n’arrive jamais à un
ministre). On va donc changer l’indicateur, ce qui devient une mode en France,
puisque le Président SARKOZY, face à la faiblesse de la croissance, propose non
de relancer celle-ci, mais de changer le mode de calcul du PIB avec l’aide de
deux prix Nobel de gauche ! Quelle formule ? Le rapport CAMDESSUS
sur le livret A en propose une, que nous ne pouvons résister au plaisir de vous
présenter : le taux qui sera retenu sera le taux « le plus fort entre
l’inflation plus 0,25% d’une part, et la moyenne de l’Eonia (autre taux d’intérêt
européen, qui a l’avantage d’être moins élevé que l’Euribor) et de l’inflation
d’autre part ». Ce qui donnerait un taux du livret A de 3,88% + 2,46% divisé
par deux soit 3,17%, à arrondir à 3,25%. Il est sûr que même le plus modeste des
épargnants comprendra aussitôt la formule proposée. Ce que nous, nous avons compris,
c’est qu’elle a l’avantage de conduire à une moindre rémunération du livret A,
à peine supérieure à l’inflation. Mais pourquoi tout cet arsenal bureaucratique
et technocratique, pour tout dire socialiste, sinon pour faire baisser les taux ?
La raison de cette baisse est fort innocemment expliquée très clairement par Michel
CAMDESSUS. « Relever le taux du livret A, c’est relever aussi le taux des
prêts aux organismes d’HLM que ce livret finance et, en conséquence, leur loyer.
Cela n’est pas opportun à un moment où ces loyers sont difficilement accessibles
pour beaucoup ». Maintenir la règle actuelle « reviendrait à faire payer
aux plus pauvres en France les bêtises des subprimes aux Etats-Unis ! ».
« La priorité doit aller au logement social ! ». Donc, la réponse
est claire ; on fait financer le logement social sur le dos des épargnants.
Mais ces épargnants ne sont-ils pas modestes,
ose le journaliste du Monde ? « Arrêtons de faire comme si le livret
A était exclusivement un produit d’épargne populaire : plus de la moitié
des livrets appartiennent à des épargnants aisés (…) Il faut savoir qui on veut
aider : les épargnants aisés ou les mal-logés. Tout centime de rémunération
excessif (M.CAMDESSUS sait ce qu’est une rémunération excessive de l’épargne)
est enlevé au logement social ». Bref, les méchants épargnants devraient
avoir honte de leur voracité. Vouloir gagner plus que l’inflation, quelle honte,
c’est de l’usure. L’épargnant est scandaleusement juste, le locataire dramatiquement
pauvre : il fallait bien faire quelque chose ! Pour bien confirmer que nous sommes en présence
d’une manifestation de la lutte des classes, le mot « enlevé » est révélateur :
ce sont les épargnants qui enlèvent des sommes qui appartiennent, de droit, aux
mal-logés : exploitation capitaliste ! C’est évidemment une totale inversion
de la réalité. Notons en passant que comme presque tous
les Français ont un livret A, selon M. CAMDESSUS, la moitié des Français sont
donc des épargnants aisés. Ceux qui ont travaillé toute leur vie pour mettre quelques
milliers d’euros de côté vont apprécier. Les voilà dénoncés comme de vulgaires
spéculateurs : le discours sur la dérive financière de notre économie est
singulièrement élargi… On commence par dénoncer les fonds de pension et on finit
par s’attaquer aux titulaires du livret A. Tout cela est d’autant plus désolant que
le rapport CAMDESSUS comportait des éléments de bon sens, en proposant d’ouvrir
le livret A à toutes les banques, donc de laisser jouer la concurrence. Mais il
ajoutait aussitôt que la rémunération des réseaux distributeurs devait passer
à 0,4% (contre actuellement 1,3% pour La Poste) : de quoi décourager les
banques, puisque tout intérêt financier disparaît. Mais cette baisse arbitraire
visait là aussi à dégager des ressources pour le logement social. Faut-il que nous rappelions encore une fois
la position libérale ? D’une part, les taux d’intérêt doivent être
totalement libres, c'est-à-dire laissés au jeu du marché et de la concurrence,
le taux pouvant d’ailleurs varier d’une banque à l’autre : les épargnants
choisiront. C’est la logique du marché. Et les fonds placés à la caisse d’épargne
doivent aboutir sur les marchés des capitaux et non dans la poche de la Caisse
(publique) des Dépôts et Consignations. D’autre part, la question du logement, y
compris social, doit être résolue elle aussi par le marché, notamment en libérant
les prix et surtout en libéralisant la constructibilité des terrains, car c’est
la rareté du foncier qui fait monter les prix. Les loyers seront alors moins chers.
Si certains ne peuvent se loger à ce prix là, on peut envisager des mesures de
solidarité qui ne perturberaient pas le marché et qui seraient financées par tous,
du genre chèque-logement ou simplement allocation-logement, si une majorité de
nos concitoyens le souhaitait. Mais c’est autre chose qu’un hold-up purement arbitraire
sur les épargnants.
Le 30 Janvier
2008
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