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Les médias veulent
nous faire croire que le Parti Socialiste est profondément divisé sur la conduite
à tenir à l’égard de la ratification du traité européen. Comment peuvent-ils rapporter
une telle contre-vérité ? Tous le socialistes sont en effet tombés d’accord
sur une commune stratégie, au demeurant très simple : ils feront tout pour
rejeter le traité, mais ils voteront en sa faveur. Quoi de plus simple ou de plus
clair, n’est-ce pas ? Mais reprenons
l’affaire dès le début, pour expliquer l’intelligence manœuvrière du PS. Le conseil constitutionnel ayant décrété,
comme il se doit, que le traité de Lisbonne était contraire à la constitution
française, il faut la modifier. La première phase est celle de la discussion sur
les articles à modifier dans les deux assemblées, la suivante sera la réunion
du Congrès à Versailles le 4 février. La constitution modifiée, on pourra adopter
le fameux traité. Les socialistes sont, comme lors du débat
sur la constitution européenne, profondément divisés. Certains sont pour le oui,
d’autres pour le non. Ainsi, Le Figaro interroge Christophe CARESCHE, député de
Paris : « Voter oui pour être simple et logique », puis Alain VIDALIES,
député des Landes : « Voter non, seule position possible ». Face à cette cacophonie, les socialistes
ont cherché leur unité dans la procédure. Ils dénoncent l’absence de referendum,
puisque tous, partisans du oui et du non, souhaitaient laisser les citoyens choisir.
Le PS a donc essayé de se mettre d’accord sur cette première ligne : pour
la première étape, dans les deux Assemblées, chacun vote comme il veut, mais ensuite
on boycotte le Congrès, on ne va pas à Versailles, pour protester contre l’absence
de referendum. Mais les partisans du non ont compris la combine. Au congrès, seuls
comptent les suffrages exprimés. Donc ne pas faire voter les socialistes, c’est
assurer une majorité au congrès au oui à la réforme de la constitution (la quasi-totalité
de l’UMP étant pour), et donc ouvrir la voie à l’adoption du traité. A l’inverse
si les socialistes votent à Versailles, certains d’entre eux votant non ou s’abstenant,
la majorité nécessaire des 3/5 ne sera pas obtenue par la seule UMP. D’où les volte-face socialistes auxquelles
on a assisté pendant plusieurs jours, ce qui confirme l’absence totale de pouvoir
de l’actuel premier secrétaire, incapable de faire respecter les décisions. Finalement,
c’est le groupe socialiste qui a tranché (et non le parti) en décidant (par 68
voix pour l’abstention au Congrès, contre 30 pour le vote non et 8 abstentions),
que les socialistes iraient au Congrès, qu’ils s’y abstiendraient (ce qui favorise
l’adoption de la réforme), puis qu’ensuite ils voteraient oui pour le traité lui-même.
Comprenne qui pourra et ce n’est sans doute pas fini. Car favoriser, en s’abstenant,
la réforme constitutionnelle, c’est ouvrir la voie à la ratification finale du
traité. Certains se réjouiront de ces querelles
de procédure et surtout de la confusion totale qui a régné au parti socialiste
et du spectacle lamentable qui a été donné, surtout à quelques semaines des municipales.
Mais tout cela n’est que jeux politiciens et n’est que l’arbre qui cache la forêt.
Et la forêt, comme nous l’avons déjà expliqué plusieurs fois, c’est le traité
lui-même : c’est cela le véritable enjeu, et pas de savoir ce que fera un
courant du PS pour neutraliser le voisin ! Si on laisse de côté les extravagances du
PS pour revenir à l’essentiel, on devra se rappeler que ce « petit »
traité est le copier-coller de la constitution européenne rejetée par les Français.
Les modifications apportées par le traité de Lisbonne sont mineures : le
texte a été allégé de parties déjà adoptées, mais auxquelles on renvoie explicitement,
ce qui ne change rien ; quelques symboles ont été retirées pour ne pas effaroucher
les souverainistes, mais ils restent présents en pratique ; et les très rares
dispositions libérales ont été, à la demande notamment de la France, retirées,
comme la notion de concurrence libre et non faussée. Le reste est quasiment inchangé.
Et on a ajouté, grande victoire française, les mots de « développement durable » !
Le « petit » ressemble donc au
« grand » comme un frère. Et il est tout aussi inadmissible pour les
libéraux – même si certains d’entre eux, politiquement corrects, avaient choisi
le oui. Et la vraie question est celle posée par le constitutionnaliste Didier
MAUSS : « Le Parlement peut-il désavouer le peuple ? ».
Le 30 Janvier
2008
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