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“It’s the economy, stupid!” La formule est
de Bill CLINTON, en 1992. Elle lui avait permis de battre George BUSH Senior,
dont tout le monde avait prédit la réélection. CLINTON avait eu le nez de déplacer
sa campagne vers la conjoncture américaine, qui n’était pas excellente alors (elle
devait se redresser un mois après l’élection !). George BUSH, au contraire,
avait négligé cette dimension du débat et pensait recueillir les bénéfices de
sa politique étrangère (après la victoire dans la guerre du Golfe). Sommes-nous en
train de voir les élections US prendre un nouveau tour à la veille du « super
Tuesday » (mardi 5 février) où 22 Etats seront concernés par les primaires. Jusqu’à présent
le débat s’était engagé sur deux thèmes : la politique étrangère (que faut-il
faire en Irak, et avec l’Iran ?), la religion (et notamment l’avortement).
Tous les clivages se sont faits sur ces deux critères : démocrates pour le
retrait d’Irak (avec cependant une position plus hésitante d’Hilary CLINTON, OBAMA
étant plus radical), républicains pour le maintien, démocrates pro-choice, républicains
pro-life (à l’exception de GIULIANI). Or il se trouve qu’avec les risques de récession
et la poursuite de la crise des subprimes, les candidats ont remis l’économie
au cœur de la campagne. Les démocrates ressortent la grosse artillerie
keynésienne. H. CLINTON a tiré la première avec un plan de relance de la demande
de 70 milliards de dollars pour aider les victimes de la crise immobilière, ceux
qui ont du mal à payer leur chauffage ou encore les chômeurs. OBAMA a répliqué
avec un plan de 75 milliards, tout aussi démagogique, tandis que J. EDWARDS demandait
d’urgence l’annulation des « cadeaux fiscaux » aux riches faits par
BUSH. Les républicains ont pour l’instant résisté
à ces pressions keynésiennes (car les démocrates, majoritaires au Congrès, voulaient
appliquer une partie de leurs projets de dépenses publiques tout de suite, avant
même l’élection). Il peut s’agir d’un tournant de la campagne. Si les républicains
fléchissent, ils sont perdus. Pour l’instant, à des degrés divers, ils préconisent
tous une baisse d’impôts et au moins la pérennisation des baisses BUSH. On reste
donc dans une logique de l’économie de l’offre et non dans le schéma keynésien
cher aux démocrates. Mais certains semblent aller plus loin et nous avons noté
avec satisfaction que GIULIANI faisait de plus en plus référence à REAGAN et à
ses réductions fiscales. BUSH vient de jouer sur ce plan une carte
décisive en coupant l’herbe sous les pieds des démocrates, avec un plan de relance
du double de celui d’Hillary CLINTON : 140 milliards, 1% du PIB. Mais pas
question pour l’essentiel de dépenses publiques, mais presque uniquement de baisses
d’impôts sur le revenu des ménages, et aussi de baisses d’impôts sur les entreprises,
pour les inciter à investir. La manœuvre est délicate cependant, car il ne faut pas donner
l’impression qu’on agit à court terme, dans l’urgence conjoncturelle, (comme pour
relancer la demande), mais qu’on agit pour libérer l’offre. L’habileté consiste
par contre à mettre les démocrates devant un choix : accepter le plan BUSH
(donc les baisses d’impôts, y compris de pérenniser les précédentes) ou s’enfermer
dans une logique purement keynésienne de relance par les dépenses publiques, quitte
à faire échouer le plan BUSH. Mais les électeurs pourraient ne pas le pardonner
aux démocrates, car ils préfèrent des baisses d’impôts au statu quo. A nos yeux, ces questions économiques pourraient
se révéler cruciales, que ce soit pour les primaires ou pour l’élection elle-même.
Si le débat porte sur l’économie, les Républicains ne pourront l’emporter que
si, comme l’avait fait REAGAN, leurs choix sont clairs et en opposition totale
avec ceux des démocrates. S’ils sont plus ambigus, comme BUSH père, ils sont perdus.
REAGAN n’avait pas été élu sur un programme de consensus mou, mais sur une claire
rupture avec l’étatisme, l’Etat providence et le keynésianisme. Au Républicain
qui sera choisi lors des primaires d’être aussi ferme que lui s’il veut avoir
une chance de battre le démocrate qui sera sélectionné. Il devra donc aller dans
le sens d’une baisse durable des impôts, et d’une réduction du poids de l’Etat,
sans oublier de pourfendre le protectionnisme des démocrates.
Le 30 Janvier
2008
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