MAXI SÉCURITE POUR LA FLEXI-SÉCURITE


Les négociations entre patronat et syndicat sur le contrat de travail auront duré des mois et les derniers jours auront été un véritable marathon. Un projet d’accord a été signé, sur lequel les organisations syndicales se sont prononcées. D’entrée la CGT avait fait savoir qu’elle proposerait à ses instances de ne pas signer ; les autres syndicats ont hésité un instant. L’enjeu n’était pas mince, car si la majorité des syndicats signait, le gouvernement présenterait rapidement un projet de loi reprenant les termes de l’accord. Dans le cas contraire, c’est le gouvernement seul qui aurait repris la main et qui proposerait le texte de son choix. Finalement, la majorité des syndicats ayant approuvé l’accord, celui-ci fera l’objet d’un projet de loi conforme à celui-ci.

Le patronat, MEDEF en tête, souhaitait vivement un accord pour rénover et assouplir le vieux contrat de travail, tout en offrant des contreparties aux salariés : une sorte de flexi-sécurité à la française. Mais comme les syndicats étaient très fermés à toute évolution sérieuse, le patronat a dû lâcher du lest et c'est donc avec beaucoup de précaution qu'on a pris le chemin de la flexi-sécurité.

Trois points étaient essentiels dans la négociation :

1°La période d’essai pour un CDI. Elle est actuellement en général d’un mois  renouvelable une fois pour les non-cadres et de trois mois renouvelables une fois pour les cadres. Le patronat aurait souhaité jusqu’à 6 mois pour les non cadres et 12 mois pour les cadres. Les syndicats ont crié au retour du CNE, et le compromis a porté sur une période d’essai de un à deux mois pour les ouvriers et employés, de 2 à 3 mois pour la maîtrise et de 3 à 4 mois pour les cadres, et les accords de branche (et non d’entreprise, ce qui est une autre concession faite aux syndicats) fixeront la durée du renouvellement.

2°La rupture conventionnelle, sorte de « divorce par consentement mutuel », selon l’expression de Laurence PARISOT, était vivement souhaitée par le patronat. Elle introduit une nouvelle forme de rupture du contrat de travail, ni licenciement, ni démission, avec accord des deux parties. Les syndicats ont obtenu qu’elle ouvre droit aux indemnités de rupture et aux allocations de chômage. Mais le patronat n’a pas cédé sur le fait que l’homologation soit faite (rapidement) par le directeur départemental du travail et non par les juges des prud’hommes. FO en avait pourtant fait un préalable. En fait on sait bien que la direction du travail est souvent plus favorable aux salariés qu’au patronat.

3°Le contrat à objet défini. Il est créé à titre expérimental et subordonné à un accord de branche. Il est réservé aux cadres et ingénieurs. Il s’agit d’un contrat de mission ou sur objectifs, de 18 à 36 mois. Il prend fin avec la fin de la mission, automatiquement. Mais les syndicats ont obtenu qu’il s’agisse d’un CDD et non d’un CDI, ce qui est plus avantageux pour le salarié en termes d’indemnité de rupture. Le patronat, lui, a obtenu qu’il puisse être rompu au bout d’un an « pour un motif réel et sérieux ».

Le reste est fait de concessions non négligeables du patronat, comme une augmentation de l’indemnité minimale de licenciement ou une prime forfaitaire pour les jeunes demandeurs d’emplois n’ayant pas travaillé assez longtemps pour avoir droit aux indemnités de chômage. De même pour les transferts de certains droits, visant à sécuriser les parcours professionnels des salariés.

Ce n’est donc pas la flexibilité totale, loin de là, qui aurait été nécessaire pour permettre aux entreprises d’embaucher sans restrictions.

Dans l'ensemble le MEDEF et les autres organisations patronales ont fait d’importantes concessions, et l'on est encore très loin de la liberté contractuelle absolue. C'est ce qui fait dire à FO que le texte est "équilibré". Du point de vue patronal c’est un premier pas sur le chemin de la vraie flexi-sécurité. La prochaine étape sera parlementaire. Il se trouvera peut-être des députés et sénateurs courageux, capables d'améliorer le texte.

Le 23 janvier 2008

 

 

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