LE SONGE D'ATTALI : ON PEUT TOUJOURS RÊVER !


La Commission ATTALI, chargée d’examiner les moyens de libérer la croissance française, a terminé ses travaux par une séance plénière de ses quarante membres. Le rapport est en train d’être rédigé et il devrait être remis au Président de la République le mercredi 23 janvier. Nous y reviendrons alors en détail. Pour l'instant, il est difficile de savoir ce qu’il contiendra. Les fuites ont été limitées : chaque participant (invité à retenir 15 à 20 priorités) a pris un engagement de confidentialité, chaque exemplaire rendu étant soigneusement numéroté. Personne ne sait précisément à quoi songe ATTALI et ce qu’il retiendra.

Ce que l'on sait à ce jour est résumé par Les Echos. D'abord, il semble qu'il ne sera pas question d’un catalogue à la PREVERT : à partir des quelque 300 propositions qu'avait générées la discussion, ATTALI devrait retenir une vingtaine de « mesures phares », ce qui n’est déjà pas mal. Dans la masse, certains éléments intéressants, difficiles à contester pour les libéraux.

Par exemple une réforme profonde de la distribution semble acquise, et aller dans le sens d’une plus grande concurrence et d’une plus grande flexibilité (et liberté) des prix, avec l’abrogation des lois GALLAND, ROYER et RAFFARIN. Nous n’avons cessé de réclamer ces mesures et de démonter que concurrence et liberté des prix faisaient plus pour faire baisser les prix et augmenter le pouvoir d’achat que toutes les mesures étatiques.

La gouvernance de l’Etat figurerait aussi en bonne place, avec une généralisation des agences autonomes de nature à faire évoluer le statut de la fonction publique : une recette qui a réussi dans de nombreux pays.  Dans le même esprit, le rapport proposerait de supprimer un échelon administratif, en l’occurrence les départements. Cela va dans le bon sens, car la multiplication des échelons multiplie le nombre de fonctionnaires et les impôts. Évidemment on va voir s’agiter tous ceux qui défendent de petits intérêts catégoriels. Quelques « fromages » et autres « avantages acquis » seraient ainsi remis en cause.

La fiscalité nous laisse davantage sur notre faim. Certes il est question de supprimer les niches fiscales, qui ne sont souvent que l’expression d’un arbitraire bureaucratique, et on envisage de faciliter la transmission du patrimoine aux plus jeunes. Mais comment concilier cette idée avec celle d’une hausse de l’impôt sur les successions, comme si l’urgence en France était d’accroître encore les impôts ? Selon Les Echos, on ne devrait rien attendre de plus. Va-t-on passer sous silence la question de la progressivité de nos impôts ? Quid de la maîtrise des dépenses de santé dont il serait dit qu'elles doivent devenir "un atout pour la croissance" ?

Le rapport devrait aussi s’attaquer à la faiblesse de la durée du travail et du taux d’emploi en France, ce qui est bien. Ira-t-il jusqu’à remettre en cause l’âge légal de la retraite ? De même, il est question de favoriser la mobilité, notamment géographique, mais comment ? La commission se plaint aussi du manque de concurrence en France sur le marché des biens. Nous ne pouvons qu’être d’accord, mais comment, selon eux, accentuer la concurrence ? Sur tout cela il nous faudra attendre le 23.

On peut être plus sceptiques devant d’autres idées typiquement attaliennes. Par exemple, pour les nouvelles technologies, fixer l’objectif que chaque Français ait accès à un mégabit par seconde en 2011, cela nous semble totalement bureaucratique et planificateur, voire attentatoire à la liberté des choix individuels. A propos du développement des infrastructures, seraient créés « deux grands pôles portuaires » : retour à la politique des grands travaux chers à KEYNES et ROOSEVELT ou aux constructions pharaoniques de l’ère MITTERRAND ? Quant au projet, révélé par Le Figaro, de relancer l’immigration pour faire face aux pénuries de main d’œuvre, il mérite des précisions : ces immigrés viendront-ils pour travailler ou attirés par le système social ?  La main d’œuvre étrangère est bien un facteur de croissance, quand elle vient pour produire et non pas attirée par la sécurité sociale. Dans une vraie économie libérale, c’est un bienfait. Mais dans une économie socialisée, on peut en discuter.

Au total, grand mystère sur ce à quoi songe ATTALI. Sans doute sera-t-il taxé de "libéral" pour certaines propositions. Nous nous prononcerons là-dessus bientôt. Mais nous pensons qu'il y aura du pâté d'alouette : un cheval socialiste et une alouette libérale – ou l'inverse !

Le 23 janvier 2008

 

 

Imprimer cette page