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LES ETUDIANTS VOTENT AVEC LEURS PIEDS Cela commence à bouger dans les universités françaises,
mais le changement est venu là où les autorités ne l’attendaient pas, c'est-à-dire
du côté des étudiants. En effet, le changement institutionnel, comme nous l’avons
déjà expliqué, est quasi-nul : l’autonomie dont on parle tant n’est que de
façade, puisque les universités françaises ne peuvent pas choisir leurs étudiants,
n’ont pas de véritable autonomie budgétaire (en particulier pour les droits d’inscription),
et ne sont pas en concurrence entre elles, même si la mondialisation les met en
concurrence avec le monde entier. Les universités privées ne peuvent se développer
en France en raison du monopole d’Etat sur la collation
des grades. Le seul changement, c’est qu’avec le nouveau statut,
les présidents (en général très à gauche et politisés) auront encore plus de pouvoir :
leur politisation ne cessera pas, puisque la nouvelle loi prévoit des listes d’établissements,
pour plusieurs disciplines ensemble, que seuls les syndicats seront en état de
constituer : un « mandarin » isolé, même mondialement connu, ne
pourra se présenter : il doit faire partie d’une liste d’établissement et
donc se soumettre aux ukases syndicaux. Enfin, ceux qui pratiquent de l’intérieur
l’exercice dit du contrat quadriennal signé entre université et Etat, savent que
le ministère contrôle tout, jusqu’à la plus petite virgule du moindre règlement
d'examen et ne donne les habilitations (de centres de recherche ou de diplômes)
qu’à ceux qui ont été adoubés par Paris et qui rentrent dans les critères bureaucratiques
fixés unilatéralement par le ministère. Et pourtant, dans cet ensemble désespérant, un
élément vient de bouger : il s’agit des étudiants : pour la première
fois depuis dix ans, le nombre d’étudiants recule, et pas pour des raisons démographiques.
Il y a eu cette année 26 500 étudiants de moins en licence, selon les chiffres
officiels du ministère. Les étudiants fuient donc l’université française. Il y
a eu plus de bacheliers et pourtant le nombre d’étudiants de 1° année est en recul
moyen de 2,2% cette année. A l’intérieur de celle-ci, les cartes sont redistribuées.
Les filières plus professionnalisées et réputées plus sérieuses, comme le droit
ou la santé, voient leurs effectifs progresser, alors que les effectifs ont diminué
de 7% en lettres et de 8,6% en sciences humaines. Les filières de sports (STAPS),
longtemps très prisées, mais sans débouché important, sont en recul sensible. Un président d’université, interrogé par Le Figaro,
qui rapporte ces informations, affirme : « Facs de lettres et facs poubelles
sont depuis longtemps devenues synonymes chez beaucoup d‘étudiants. Personne n’a
envie de passer son temps bloqué à l’entrée des amphis par une minorité de jeunes,
années après années ». En clair, c’est le fruit des grèves de ces dernières
années (du CPE à la loi PECRESSE). Ceux qui restent en fac préfèrent aller dans
des disciplines où l’on travaille au lieu de défiler, comme le droit ou la santé.
De plus, les débouchés dans l’enseignement, principale porte de sortie de ces
disciplines délaissées, diminuent. Et les autres ? Ils choisissent de plus en
plus les filières sélectives où l’on sectionne sur concours ou sur dossier. Et
ces filières sélectives desserrent un peu leurs contraintes quantitatives pour
accueillir plus d’étudiants de qualité. C’est le cas des classes préparatoires,
ou encore des IUT, pourtant filière courte, mais prisée, car sélective, ce qui
les amène à recevoir des étudiants de grande qualité, ce qui n’était pas dans
la logique de départ des filières courtes. D’autres, de plus en plus nombreux,
vont, après concours, intégrer les grandes écoles d’ingénieur ou de commerce,
sans que les droits d’inscriptions beaucoup plus élevés qu’en université ne les
fassent reculer. Et puis, il y a ceux qu’on ne trouve nulle part
en France. Le ministère laisse entendre que certains prennent une « année
sabbatique ». C’est possible, mais la réalité est en général différente.
Certains se lancent de suite dans une activité professionnelle, l’université ne
correspondant pas à leur attente, sans chercher à obtenir de diplôme. D’autres,
de plus en plus nombreux, partent faire leurs études à l’étranger, où ils paient
parfois fort cher, mais pour des études de qualité. Ce qui signifie qu’en dépit
du monopole d’Etat, la concurrence existe, notamment
sur le plan international. Et que certains n’hésitent pas à investir en capital
humain, fut-ce au prix de quelques sacrifices. Car une bonne formation est un
investissement rentable, dans un monde économique en mutation. Mais, en France,
l’Etat maintient la fiction d’une université publique,
gratuite et monopolistique : les étudiants les plus motivés n’en veulent
plus. Le 18 janvier
2008
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