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LE MINIMUM DU SERVICE MINIMUM
Promesse électorale tenue ? On devrait
se réjouir, puisque la loi sur le service minimum, qui avait été un des points
forts de la campagne SARKOZY, est entrée en vigueur le 1er janvier
2008. Pourrions-nous en voir les effets immédiats et bénéfiques dès les prochaines
grèves ? Celles-ci ne sauraient tarder : les syndicats nous l’ont annoncé
en présentant leurs vœux. En réalité c’est une loi emblématique de
la méthode SARKOZY : beaucoup de bruit pour pas grand chose, car nous avons
droit au minimum du service minimum. Vous avez aimé les heures d’attente sur
les quais de gare au moment des grèves de cet automne, sans service minimum ;
vous allez alors adorer les heures d’attente tout aussi longues des prochaines
grèves avec service minimum. La loi qui est entrée en vigueur au 1er
janvier ne comprend en effet aucune mesure contraignante et renvoie pour l’essentiel
aux accords d’entreprises qui doivent intervenir à Il s’agissait pourtant d’assurer la liberté
(fondamentale) de déplacement pour les usagers des transports en commun en cas
de grève. Les deux dispositions centrales de cette loi sont la prévention des
conflits et de la prévisibilité du trafic. Est-ce réellement sérieux ? L’idée de prévention des conflits n’est
pas stupide en soi : il vaut mieux prévenir que guérir, et éviter la grève
plutôt que la gérer. Mais cela suppose des syndicats représentatifs et responsables,
comme c’est le cas dans certains pays européens. Or, non seulement en France ils
ne sont pas représentatifs (quelques pour cent des salariés à peine adhérent à
un syndicat), mais encore ils sont pour la plupart des machines de guerre politiques,
dont le seul but est de regagner sur le terrain social ce qu’ils ont perdu sur
le terrain électoral. Quant à la prévisibilité du trafic, elle
signifie simplement que les exploitants des réseaux doivent savoir à l’avance
qui fera grève : la loi impose aux salariés de déclarer à l’avance s’ils
feront grève. On pourrait mieux utiliser les non-grévistes, en les répartissant
sur l’ensemble du réseau. Encore cette répartition doit-elle être techniquement
possible : on ne peut déplacer n’importe qui n’importe où et il est des postes-clés
que l’on ne pourra pas pourvoir. Voilà donc les deux réformes majeures introduites
par la loi. Elles sont à la fois irréalistes et insignifiantes, puisque le vrai
problème est celui de la légitimité de la grève pour le personnel d’un monopole
prétendument en charge d’un service public. Mais ce minimum du minimum n’est même pas
encore acquis. Pour que la loi, pourtant en vigueur, soit réellement appliquée,
il faut attendre le résultat des négociations en cours par entreprise. Il faut
conclure des accords cadre de prévention des conflits et des accords collectifs
de prévisibilité sur service. Comme l’a déclaré avec pudeur le ministre Xavier
BERTRAND : « Les discussions ne sont pas finalisées sur la disposition
contraignant tout gréviste à se déclarer quarante huit heures avant le début de
la grève et sur l’organisation du service en cas de grève ». Et s’il n’y
a pas d’accord, il faudra attendre un décret en Conseil d’Etat. Les négociations doivent se poursuivre en
janvier et peut-être en février, car les syndicats de cheminots ont rejeté l’accord
proposé par la direction sur la prévisibilité du service. Ils ne veulent pas de
la déclaration individuelle, pourtant prévue dans la loi ; ils sont donc
au dessus de la loi. Ils ne sont pas d’accord non plus pour l’affectation des
non grévistes pendant le conflit, qu’ils assimilent à une réquisition, ce qui
est évidemment faux, puisqu’il s’agit de personnel non gréviste. Enfin, les régions,
responsables de l’organisation des transports, traînent les pieds pour fixer le
niveau de service minimum, comme la loi le leur demande. Socialistes et syndicats
même combat. Ce seront finalement les préfets qui décideront. Conclusion des Echos : « contrairement
à ce qu’imaginent encore certains usagers, le service minimum de la loi sera loin
du service normal…en cas de grève massive, il n’y aura pas suffisamment de personnel ». Les usagers français seront donc privés
d’un vrai service minimum, pourtant organisé partout ailleurs en Europe. Dans
la plupart des pays il y a des moments de l’année, de la semaine ou des heures
où la grève est interdite. Quant à l’Allemagne qui n’est pourtant pas un Etat
totalitaire, les fonctionnaires titulaires n’ont pas le droit de grève… Le 16 janvier
2008
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