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IT’S A FREE WORLD !
Certes,
ce n’est qu’un film. Nous n’en
parlerions pas, si, comme ceux de Michael MOORE, les œuvres du britannique Ken
LOACH ne bénéficiaient pas d’un écho médiatique hallucinant. Sa dernière production
« It’s a Free World ! » a droit à une page entière dans Le Monde,
sous le titre « Travail, morale, tout est flexible ». Avec comme appréciation
générale deux ronds noirs, ce qui signifie « à voir ». Mais Le Figaro
fait encore mieux : il lui consacre deux articles sur une demie-page sous
le titre « Ken LOACH dénonce l’esclavage moderne ». L’esclavage moderne, c’est évidemment celui
du capitalisme et de l’entreprise. Dans Le Figaro Ken LOACH parle de son personnage
principal, Angie, une employée licenciée (on pleure) qui crée sa propre agence
d’intérim et se met à exploiter les candidats à l’emploi (on se révolte). Pourquoi
cette métamorphose ? « Angie est un produit de la contre-révolution
THATCHER. L’objectif, c’est la compétition, sans pitié. Il fallait amener le spectateur
dans la logique d’Angie afin de montrer l’horrible de sa démarche. Pour moi, le
capitalisme est amoral, il se fonde sur l’exploitation, sur le profit à n’importe
quel prix ». Le Figaro est plein d’admiration pour le cinéaste, déjà couronné
par une Palme d’Or : « Il pourfend le libéralisme britannique et ses
excès : exploitation des travailleurs immigrés, esclavagisme moderne… ».
Les Echos ne sont pas en reste. Après avoir
quand même indiqué qu’on « peut contester sa vision, fondamentalement pessimiste,
de l’économie moderne », on y croit bon d’ajouter : « Son propos
n’en reste pas moins édifiant. Et sa faculté d’indignation est aussi essentielle
que les diatribes de l’écrivain catholique BERNANOS l’étaient il y a soixante
dix ans à la bourgeoisie conservatrice ». La comparaison avec BERNANOS s’imposait
en effet ! Le réalisateur s’en prend à tous les partis
anglais, conservateurs comme libéraux ou labour, qui approuvent « la disparition
de la sécurité de l’emploi, la recrudescence de ces agences de travail temporaire,
les contrats à durée déterminée, les missions journalières », bref la précarité :
« C’est indigne et inhumain ». Il cherche en vain un seul membre du
Parlement britannique « représentant toute la classe ouvrière ». « C’est
un grave problème pour la démocratie ». On ne peut se fier à la gauche parlementaire,
que le capitalisme a corrompue… Le Monde à son tour nous éclaire sur ce
monde capitaliste impitoyable. Le réalisateur est présenté comme un « défenseur
forcené des combats de la classe ouvrière…Son film montre comment une victime
du système devient à son tour un rouage de l’exploitation, dans ce que l’on appelle
le miracle anglo-saxon ». « Angie est un pur produit de la politique
libérale, vouée à l’énergie d’entreprendre, au culte des affaires et de l’individualisme.
Elle est formatée pour se tailler coûte que coûte une place au soleil, peu regardante
sur les moyens ». C’est le monde « de l’argent roi, la règne de la compétitivité
et du chacun pour soi », avec en prime « la flexibilité, qui favorise
la précarité des emplois ». Comme elle a connu dix boulots en dix ans, « elle
devient un maillon d’une politique cynique qui nie les acquis syndicaux et les
droits de l’homme ». Elle va donc « oublier sa morale et devenir une
alliée de la contrebande humaine ». Car chacun sait, surtout Le Monde, que
le capitalisme repose sur le trafic des personnes humaines, les immigrés étant
les esclaves des temps modernes. Ce que le réalisateur n’explique pas, c’est
comment, sous une telle dictature capitaliste, ses films révolutionnaires peuvent
être financés, produits, distribués (celui-ci sera même diffusé à la télévision
sur Channel 4). Il a même droit à « des avances de ses partenaires »,
qui sont sans doute d’autres affreux capitalistes. Et sa productrice, innocemment,
reconnaît qu’il a « un noyau dur de financiers, les distributeurs dans chacun
des grands pays européens ». De plus, il a les honneurs de la presse bourgeoise.
Décidément, cette dictature capitaliste est implacable. Il est vrai que Ken LOACH a compris, après
son inspirateur LENINE, que certains capitalistes étaient prêts à vendre aux révolutionnaires
la corde destinée à les pendre. Hommage du vice à la vertu : le capitalisme
est bien le seul système permettant à chacun de s’exprimer librement, y compris
pour ceux qui veulent le détruire. Mais cela, tous les Ken LOACH du monde ne le
reconnaîtront jamais, même s’ils en profitent ! Profit pur, bien sûr… Le 16 janvier
2008
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