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Les Français l’ignorent en général, mais l’Allemagne
ne connaît pas de salaire minimum au niveau national, et les salariés allemands
ne s’en portent pas plus mal : les salaires sont librement négociés entre
syndicats et employeurs, qui déterminent, sans aucune intervention publique, le
minimum de salaire dans chaque entreprise, parfois dans chaque branche. Le SPD,
qui semble avoir oublié les réformes SCHRÖDER, et qui a déjà les prochaines élections
en ligne de mire, cherche à se démarquer de ses alliés CDU-CSU et vire de plus
en plus à gauche, par peur du nouveau parti d’extrême-gauche, qui mord sur son
électorat. Dans cette ligne, il pousse la coalition au pouvoir à mettre en place
sinon un SMIC national, du moins dans un premier temps un SMIC par branche. Le SPD vient d’obtenir une première victoire avec
la mise en place d’un salaire minimum dans le secteur postal. Le parlement allemand
a entériné la décision, soumise par le gouvernement, d’un salaire minimum pour
les facteurs de l’ordre de 9 euros (8 à 9,80 selon les cas) de l’heure. Or cette
décision, entrée en vigueur au 1er janvier 2008, intervient à un moment
très particulier, où l’Allemagne, en avance sur les décisions européennes, connaît
son big bang postal, avec l’ouverture totale à la concurrence, y compris pour
les plis de moins de 50 grammes. L’ancien monopole, la Deutsche Post, craignait
évidemment l’arrivée de nouveaux concurrents. Deux d’entre eux pouvaient jouer
un rôle important, et avaient déjà pris 10% du marché pour les lettres de plus
de 50 grammes, le néerlandais TNT Post et Pin Group. Ils pouvaient concurrencer
l’ancien monopole, en particulier par le paiement de salaires plus faibles. L’instauration
d’un SMIC dans le secteur postal, fixé artificiellement à un niveau élevé, leur
porte un coup fatal. Déjà TNT Post a fait savoir qu’elle renonçait à entrer sur
le segment des petites entreprises et des particuliers, alors qu’elle avait prévu
de le faire. Quant à Pin Group, il menace purement et simplement de fermer l’entreprise :
le groupe de médias Axel Springer, qui possède cette filiale, parle même de la
fermer totalement. Ses prix étaient jusque là inférieurs de 20% à ceux de la Deutsche
Post, mais le salaire minimum lui impose une hausse des coûts salariaux de 30% :
il n’est plus question alors de la moindre rentabilité. Et cela d’autant plus
qu’elle devait dégager des marges de profits pour investir dans de nouvelles techniques
de tri : tout cela tombe à l’eau. Commentaire du Monde, pour une fois fort lucide
en matière économique : « Un salaire minimum pour les facteurs :
La deutsche Post tente de se débarrasser de la concurrence ». Et d’ajouter
« une telle législation menace les emplois et met à mal l’ouverture prochaine
du marché à la concurrence ». Dommage que Le Monde ne soit pas aussi lucide
sur le SMIC français. Et l’impact de cette mesure allemande va encore plus loin
que les frontières de ce pays, puisque du coup le gouvernement néerlandais a dû
revenir, à cause de cette décision, sur son projet d’ouvrir le marché postal à
la concurrence au 1er janvier 2008, l’écart étant trop grand entre
les salaires pratiqués en Hollande et le nouveau SMIC postal allemand. Pour La
Haye, ce sont les conditions de libre concurrence en Europe qui sont compromises. Déjà, 900 personnes ont dû être immédiatement licenciées,
mais à terme, ce sont 20 000 emplois au moins qui sont en cause chez les
concurrents de Deutsche Post. Et bien sûr les projets d’investissements, comme
ceux de création massive d’emplois, tombent à l’eau. Quant aux clients, ils perdent
tous les bénéfices de la concurrence et devront payer le prix fort : plus
question de prix plus avantageux. La coalition au pouvoir en Allemagne peut être
fière de cet immense progrès social et déjà elle envisage d’étendre ce SMIC sectoriel
à d’autres branches. Seuls les libéraux du FDP ont protesté, parlant à cette occasion
de « la RDA, sans le mur » pour caractériser les méfaits de cette politique.
Quant aux experts, ils ont calculé que si ce SMIC postal était étendu à tous les
secteurs, comme le souhaite le SPD, ce serait 1,9 millions d’emplois qui seraient
détruits : de quoi être fiers de cette grande avancée sociale. Le
9 janvier 2008
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