LE RETOUR DU PLOMBIER POLONAIS


On se souvient de l’émotion créée dans les milieux politiquement corrects par une des propositions de la directive BOLKESTEIN, celle d’appliquer les règles du pays d’origine à un professionnel travaillant dans un autre pays de l’Union européenne que le sien. Au nom de la défense contre le « dumping social » ou le « dumping fiscal », cette proposition avait été abandonnée et la peur du plombier polonais venant, à bas prix, concurrencer nos braves plombiers français, avait été utilisée lors du referendum sur la constitution européenne. Résultat : il faut toujours six mois pour trouver un plombier…

Or une partie de la proposition BOLKESTEIN se trouve aujourd’hui justifiée par une décision de la Cour européenne de justice. L’affaire est assez complexe et elle concerne une entreprise lettone implantée en Suède. Celle-ci reprochait aux syndicats suédois de vouloir lui imposer l’application des normes salariales en vigueur dans ce pays. Or les magistrats de Luxembourg ont donné raison à l’entreprise lettone.

En 2004, l’entreprise lettone Laval, travaillant dans le BTP, devait réaliser un chantier en Suède. Elle y a donc détaché ses travailleurs, pour rénover un établissement scolaire. N’aboutissant pas à un accord salarial avec le syndicat suédois du bâtiment, l’entrepreneur se tourne vers le syndicat letton et conclue un accord salarial avec lui. Aussitôt, les syndicats suédois crient au dumping social et déclenchent une grève, avec un blocus bloquant le chantier. Les travailleurs lettons, empêchés de travailler, doivent repartir et la direction attaque devant la Cour européenne pour contester la légalité des « actions collectives »  suédoises.

Pour la cour, en organisant un blocus autour du chantier pour obliger l’entreprise à respecter les normes suédoises, les syndicats ont eu tort. Les conditions que voulaient imposer les syndicats suédois « sont susceptibles de rendre moins attrayant, voire plus difficile, l’exécution de travaux de construction sur le territoire suédois et constituent une restriction à la libre circulation des services ». Et les magistrats de reprocher à la « réglementation nationale » suédoise d’ignorer la convention collective que Laval avait conclue avec les syndicats lettons. Mieux encore, obliger l’entreprise à passer par le contrat social suédois constitue une « discrimination ».

Inutile de dire que les syndicats suédois sont furieux et que le président du parti socialiste européen considère que l’Europe « s’est tirée une balle dans le pied. Ce n’est pas un bon jour pour l’Europe sociale, c’est un jour de brume derrière laquelle pourront s’abriter les mauvais employeurs et ceux rognant les salaires ». Il est vrai que c’est un mauvais jour pour les monopoles syndicaux. En d’autres termes, c’est un bon jour pour la concurrence et pour les clients en général. Les actions d’obstruction des syndicats suédois pour refuser des pratiques salariales inférieures à leur convention collective sont assimilées dans cette décision de justice à une restriction à la libre circulation des services.

Certes, l’arrêt est équilibré, car la Cour reconnait aussi le droit de mener une action collective « contre le dumping social ». Mais elle trouve que « l’objectif d’intérêt général de protection des travailleurs n’était pas suffisamment justifié ». Il y a là tout de même une brèche contre le modèle suédois de négociations collectives, considéré en l’espèce comme trop rigide et donc comme freinant l’activité de sociétés d’autres pays membres de l’Union européenne. Le système suédois, pour la Cour, engendre une « insécurité juridique », puisque le patron étranger ne sait pas, dans le système suédois, combien il doit payer ses salariés, la rémunération faisant l’objet d‘une négociation sur le lieu même de travail. Le droit du travail suédois devra donc évoluer.

Seul bémol, mais il est de taille, l’arrêt ne s’applique pas aux pays qui ont un salaire minimum fixé  par la loi, comme en France. Mais là, c’est à nous de faire évoluer les choses et de montrer que le smic, loin de protéger les travailleurs, conduit certains d’entre eux au chômage.

Le 3 janvier 2008

 

 

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