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LA BATAILLE DU SMIC AUX ETATS-UNIS
Le nouveau Congrès
américain, élu en novembre, vient d’entrer en fonction. Les démocrates y possèdent désormais la majorité,
très étroite au Sénat (51 contre 49), un peu plus large à la Chambre des représentants.
Certes, le système des partis y est moins bloqué que chez nous, et on voit souvent
des « opposants » voter avec la majorité sur de grandes questions nationales.
Mais il est clair qu’à deux ans des présidentielles, les démocrates voudront pousser
leurs avantages et contrarier la politique du Président G.W.BUSH. Parmi les premiers
sujets que veulent traiter les démocrates, il y a la question du SMIC fédéral.
Car il existe aux Etats-Unis un salaire horaire minimum, pour l’ensemble du pays,
même si chaque Etat peut voter un SMIC plus élevé s’il le souhaite. C’est une
sorte de voiture-balais, dans un état qui reste fédéral, donc divers. Les démocrates
voudraient une augmentation substantielle, passant de 5,15 à 7,25 dollars l’heure. Comme le prévoit
la constitution américaine, le Président pourrait user de son droit de veto, mais
il reste à savoir si c’est une question sur laquelle il entend se battre, ou s’il
cédera du terrain. Depuis dix ans, le SMIC horaire n’a pas été revalorisé, ce
qui fait qu’en termes réels (une fois déduite l’inflation), le salaire minimum
se trouve à son plus bas niveau depuis 1955. Cela correspond
à la volonté des majorités républicaines dominantes jusque là au Congrès, car
les républicains, soutenus sur ce point par tous les économistes, considèrent
qu’un salaire minimum fixé à un niveau artificiel (c'est-à-dire supérieur à ce
qu’aurait donné le marché libre) est un facteur de chômage, en particulier pour
les salariés les plus jeunes ou les moins qualifiés : on le voit bien en
France par exemple, où les revalorisations successives et considérables du SMIC
ont mis au chômage des centaines de milliers de salariés peu qualifiés, en les
excluant du marché du travail. La stratégie
républicaine n’a pas consisté à supprimer le SMIC, mais à le laisser peu à peu
diminuer en termes réels. Résultat : alors qu’en 1980, il y avait encore
8,9% des salariés payés au salaire horaire minimum, il n’y en a plus que 1,5%
aujourd’hui : c’est dire que le salaire minimum actuel correspond à peu prés
à ce qu’aurait donné le libre marché : c’est un des facteurs, parmi d’autres,
expliquant que le chômage américain soit au plus bas : le prix (ici le salaire)
joue pleinement son rôle régulateur, d’information et d‘incitation. Une revalorisation
brutale et substantielle du salaire minimum, comme le souhaitent les démocrates,
aurait un impact très négatif sur le marché du travail : le chômage devrait
sensiblement augmenter pour tous ceux dont la productivité serait en dessous du
nouveau salaire horaire, les moins qualifiés en tête, c'est-à-dire les plus pauvres,
qui se trouveraient ainsi exclus artificiellement du marché du travail. Selon
certains think tanks, une hausse de 10% du salaire minimum
réduirait de 2 à 3% l’emploi total. Or la hausse envisagée, comme nous l’avons
vu, est beaucoup plus substantielle. Au contraire, le maintien au niveau le plus
bas du salaire minimum permet au chômage de se réduire au minimum et n’empêche
pas, dans la majorité des Etats et surtout chez la plupart des employeurs d’offrir
des salaires beaucoup plus élevés. Mais il n’y a pas d’écrasement artificiel de
la hiérarchie des salaires, ce qui permet au salaire de jouer son rôle incitateur,
incitant chacun à progresser pour avoir une rémunération plus élevée. Si la revalorisation
du salaire minimum était votée, ce sont plus de 8 millions de salariés qui seraient
concernés : combien sur cet ensemble, se retrouveraient au chômage, sûrement
satisfaits de voir que le salaire a augmenté, mais qu’à ce taux là il n’y a pas
de travail pour eux ! Le plus probable, compte tenu de la situation politique
et du calendrier, c’est que la revalorisation sera hélas votée. Que fera alors
le Président ? Certains avancent qu’il pourrait accepter de signer le texte,
mais qu’il chercherait à obtenir en contrepartie des baisses d’impôts pour les
PME. Affaire à suivre donc. En tous cas, il y a un vrai débat aux Usa sur ce point.
En France, on se contente d’enregistrer les propositions les plus démagogiques,
sans en dénoncer vraiment la nocivité. C’est à qui suggérera la revalorisation
la plus forte. A ce jeu là, la gauche est toujours gagnante et les salariés les
moins qualifiés toujours perdants.
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