LE CHOMAGE INVISIBLE

 


   

Nouvelle polémique sur les statistiques du chômage. Y a-t-il environ 2,1 millions de chômeurs, comme l’indiquent les chiffres du Ministère du Travail pour novembre 2006, ou 4,4 millions, comme l’indique ACDC, un nouveau collectif appelé « Les Autres Chiffres Du Chômage » ?

A quelques mois des présidentielles, la polémique n’a rien d’innocent,. Elle est soutenue par le Réseau d’alerte contre les inégalités, qui regroupe des associations de chômeurs et des syndicats de l’ANPE ou de l’INSEE, comme Sud ANPE et la CGT INSEE : on voit clairement d’où vient l’attaque et contre qui elle est dirigée.

Pourtant, au delà de cet aspect polémique, les affirmations d’ACDC sont globalement exactes et ne constituent pas une surprise pour nous, ni d’ailleurs pour les lecteurs de la Nouvelle lettre, car nous avons maintes fois évoqué le problème dans nos articles de conjoncture consacrés au chômage. Essayons d’expliquer la situation avec clarté et sans passion..

Lorsque l’INSEE mesure les statistiques du chômage, il utilise les statistiques administratives publiées à chaque fin de mois par l’ANPE. Or cet organisme distingue huit catégories de demandeurs d’emplois, suivant les critères retenus (appelées tout simplement catégories 1 à 8). La catégorie publiée tous les mois par le ministère du travail et commentée par les hommes politiques et les médias est uniquement la catégorie 1, soit environ 2,1 millions de personnes pour le dernier chiffre connu. ACDC tient compte de toutes les catégories, soit 1 à 8, ce qui fait un peu plus du double, soit environ 4,4 millions de personnes : la différence (catégories 2 à 8) représente ces « chômeurs invisibles » dont parle ACDC, soit 2,3 millions de personnes.

La catégorie 1 est très précisément ciblée : il s’agit de personnes sans emploi, immédiatement disponibles, de métropolitains, recherchant un emploi à plein temps, à durée indéterminée, et n’ayant pas travaillé plus de 78 heures dans le mois.

Les autres catégories n’ont rien d’invisible, simplement elles ne font pas l’objet du même battage médiatique, parce que les hommes politiques ne le souhaitent pas, mais aussi parce que cette catégorie 1 est la plus proche de la définition internationale du chômage proposée par le BIT (Bureau international du travail). Qui est concerné par les catégories 2 à 8 ? Tout d’abord les chômeurs des départements d’Outre-Mer (environ 220 000 personnes), ensuite ceux qui cherchent un emploi soit à temps partiel (essentiellement mi-temps), soit un emploi temporaire (à durée déterminée), ce qui fait tout de même plus de 870 000 personnes. Appartiennent également à ces catégories les demandeurs d’emplois en activité réduite (ceux qui ont travaillé au moins 78 heures dans le mois), soit plus de 450 000 personnes, et ceux qui sont dispensés de recherche d’emploi (parce qu’ils ont plus de 57 ans et demi, voire plus de 55 ans sous certaines conditions), soit plus de 410 000 personnes. Enfin, il faut y ajouter ceux qui ne sont pas immédiatement disponibles (mais qui le seront sous peu), parce qu’ils sont en stage, en formation, en maladie, en congé maternité, etc., soit plus de 320 000 personnes. L’ensemble fait prés de 2,3 millions de chômeurs, qualifiés à tort d’invisibles.

Quelle est la bonne définition ? Il ne fait guère de doutes que pratiquement toutes les catégories, de 1 à 8, sont des chômeurs, même s’il est aussi exact que certains ne sont pas immédiatement disponibles (par exemple ceux dont le stage se terminera dans 15 jours ou trois semaines). Pour ceux là, on peut effectivement hésiter ; ce sont des chômeurs potentiels. Mais pour les autres, et en particulier ceux qui dont chômeurs dans les DOM, ceux qui cherchent un emploi à temps partiel ou à durée déterminée, ceux qui sont dispensés de recherche parce qu’ayant dépassé un âge défini de façon purement administrative, il n’y a pas de doutes : ce sont bien des chômeurs. On est donc plus prés des 4 millions que des 2 millions.

Bien entendu, lorsqu’on fait des comparaisons dans l’espace et dans le temps, l’essentiel est de conserver la même définition. En  comparaisons internationales, comme nous l’avons rappelé la semaine dernière, quelle que soit la définition retenue, même avec la seule catégorie 1, nous avons deux fois plus de chômeurs, en pourcentage de la population active, que les Anglais, les Américains ou les Japonais. Dans le temps il y a eu une décrue de la catégorie 1 : sur ce point Jean Louis BORLOO a raison.

 

 

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