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COR : Conseil d’Orientation des Retraites.
Il vient de pousser un cri d’alarme, et le dossier des retraites fait ainsi irruption
dans la campagne – du moins faut-il l’espérer. C’est pourtant un sujet que tous les candidats voulaient éviter : la gauche, parce qu’il ne faut pas fâcher les syndicats, surtout à propos des régimes spéciaux des entreprises publiques, la droite, parce qu’elle veut faire croire qu’elle a réglé le dossier une fois pour toutes et elle aussi ne veut pas fâcher les syndicats. Comme nous ne faisons pas partie du paysage politiquement correct, toute une partie du chapitre 3 du Guide du Candidat ( www.guideducandidat.org ), « Protection sociale : avant l’explosion » est consacrée à cette question. Et Jacques GARELLO en a parlé dans son dernier éditorial, en posant le vrai problème : celui de la capitalisation. Mais voici que le très prudent COR a remis au premier ministre un rapport (volumineux) qui affirme en substance que la réforme de 2003 est loin d’avoir résolu tous les problèmes, ni sur le plan des finances, ni sur celui de l’égalité entre cotisants. Certes, les propositions du COR restent très politiquement correctes, mais à quelques mois des présidentielles il faut reconnaître que cet organisme n’a pas eu peur d’aborder les questions qui dérangent. Sans doute l’analyse n’a-t-elle rien d’original, mais exprimée par un organisme officiel elle prend un poids particulier dans la campagne. Le constat global se ramène à ceci : dans la meilleure des hypothèses, avec la réforme actuelle, le déficit sera situé entre 2 et 5 points de PIB (soit plus que toute la croissance économique annuelle) en 2050. Mais le COR attire aussi l’attention sur le scandale des régimes spéciaux, auxquels la réforme FILLON n’a pas osé toucher. Il s’agit de toutes ces entreprises publiques (SNCF, EDF-GDF, RATP, etc.) dans lesquelles le nombre de cotisants est – ou sera – très inférieur à celui des bénéficiaires : une situation démographique explosive elle aussi. Et cela sans parler de tous les privilèges de ces régimes spéciaux, en âge de la retraite, montant des retraites, nombre d‘années de cotisations et autres. Le COR invoque « le principe d’équité entre les régimes », dénonçant aussi avec pudeur les passe-droits du secteur public. Ce qui est intéressant, c’est que ce rapport officiel si édifiant tombe quelques jours à peine après les vœux « aux forces vives » du Président de la République, qui n’avait pas craint d’affirmer que « la réforme des retraites garantit leur équilibre en 2020 ». Or, pour le COR, dès 2020 l’impasse sera de 0,7 points de PIB au moins. Pour atteindre l’équilibre en 2020, il faudrait transférer sur les retraites l’essentiel des cotisations servant actuellement au chômage et donc imaginer que le taux de chômage tombe au plus vite à 4,5% de la population active : cela semble peu réaliste dans l’état actuel des politiques économiques. Et avec une hausse moyenne des salaires de prés de 2%. Cela sans parler des régimes publics. Le COR critique aussi certains aspects de la réforme FILLON comme le maintien des « bornes d’âges de départ en retraite ( 60 et 65 ans), qui limitent l’efficacité de l’allongement de la durée des cotisations » : en clair, il faudrait relever l’âge de la retraite. Et mettre fin aux départs anticipés, qui freinent le nécessaire emploi des seniors. Mais il faudrait aussi, selon le COR « une plus grande régularité des abondements » au Fonds de réserve des retraites et une « réflexion sur la création de nouveaux financements » : en clair il faudra encore augmenter massivement les cotisations ou les impôts. Certes, pas question de bouleverser le calendrier : il ne se passera rien avant les élections. Et l’échéance normale prévue (prudemment) par la loi FILLON (« le rendez-vous d’étape ») est située en 2008. Mais on ne voit pas comment désormais la classe politique, ainsi interpellée, pourrait ne pas se saisir du dossier pendant les semaines électorales qui viennent. Le mérite du
COR aura été au minimum de réveiller une opinion publique ignorante et sous anesthésie.
Les Français devraient finir par se poser la question que pour notre part nous
ne cessons de placer au cœur du problème : pourquoi s’accrocher au système
de répartition ? Le coût en est prohibitif pour les assurés, et l’issue est
fatale. On peut laisser quelques plumes en passant à la capitalisation, mais c’est
mieux que de tout perdre et de gaspiller les cotisations. Le COR y a pensé, nous
l’avons dit.
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