LES SUBVENTIONS AGRICOLES RUINENT LES PLUS PAUVRES


Nous avons évoqué plusieurs fois la question du libre-échange et des négociations commerciales dans le cadre de l’OMC, et en particulier nous avons expliqué comment les subventions agricoles des pays riches ruinaient l’agriculture des pays pauvres. Cette analyse de bon sens, à notre grand étonnement, provoque toujours des réactions les plus vives, du moins en France, tant la politique agricole commune est considérée comme une vache sacrée, donc intouchable. Il y a d’ailleurs une contradiction dans cette réaction, car ceux qui expliquent que le libre-échange ruine les pays riches sont souvent les mêmes que ceux qui expliquent qu’il ruine les pays pauvres !

Mais les mentalités, ici  comme ailleurs, commencent à évoluer et nous en voulons pour preuve le petit article publié par Marc de SCITIVAUX, président de la publication Les cahiers verts de l’économie, dans le mensuel Enjeux Les Echos de janvier 2006. Nous ne sommes plus seuls à crier dans le désert. Qu’on en juge : «  …en ce qui concerne les problèmes de libre-échange : les questions sont complexes mais les principes simples. Même si faire comprendre à nos compatriotes combien les subventions agricoles sont perverses ressemble à Mission impossible, reprenons le fil de cette tapisserie interminable ».

« Utilisons pour ce faire les chiffres fournis par le président de la Banque mondiale, Paul WOLFOWITZ : les subventions agricoles dans les pays riches représentent 230 milliards de dollars, soit à peu près l’équivalent du PIB du continent africain. Les seules subventions pour le riz s’élèvent à 27 milliards et celles pour le lait à 39 milliards. Première idée simple : si on refuse d’acheter aux pauvres le produit de leur travail, comment peuvent-ils espérer sortir de la misère ? »

« Pour ceux que cet argument moral ne convaincrait pas, il reste celui de l’intérêt bien compris. Paul WOLFOWITZ rappelle que plus de 30 000 Africains se pressent aux frontières du Maroc et de l’Algérie pour passer en Europe. Deuxième idée simple : s’ils ne peuvent vivre chez eux, ils chercheront par tous les moyens à fuir la misère. Une fois les habitants de ces pays sur notre territoire, il ne reste plus qu’à veiller à ce que le système de l’Education Nationale continue d’être inadapté à cette population, à nous assurer que -grâce au SMIC, aux 35 heures, etc.- le coût du travail soit tel qu’elle n’ait aucune chance de trouver un emploi marchand puis… à s’étonner que les banlieues s’embrasent ».

« Si au moins cette politique permettait de sauver l’agriculture française. Mais c’est le contraire. Celle-ci a peut-être un avenir dans la production et la distribution de biens alimentaires à forte valeur ajoutée pour les nouveaux riches du monde entier ; elle n’en a plus dans la production de produits de base subventionnés à 60% par le contribuable européen pour concurrencer le gagne-pain des pauvres du monde entier. Troisième idée simple ».

« Que la plupart des Français ne fassent pas le lien entre tous ces problèmes est compréhensible puisque aucun responsable politique ne les éclaire. Que la France ait risqué de faire échouer le processus de DOHA en s’arc-boutant sur une position indéfendable moralement, insoutenable économiquement et suicidaire pour le futur est consternant. Et qu’au même moment la mise en place d’une usine à gaz destinée à fournir 200 millions d’euros par an par une taxe sur les billets d’avions soit appelée « aide à l’Afrique » laisse pantois ».

Voilà qui est clair. Mais les syndicalistes (y compris agricoles) et les hommes politiques lisent-ils Les Echos ? Ils préfèrent écouter José BOVE. C’est sûrement plus scientifique.

 

Le 18 Janvier 2006  

 

 

Imprimer cette page