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On sait que la France a longtemps vécu sous la loi de l’épargne administrée : taux et conditions fixées par les pouvoirs publics. Cela a duré jusqu’à l’an dernier, dans un domaine, celui des comptes à vue (comptes-chèques) : c’était la fameuse règle du ni-ni : ni rémunération des comptes à vue (c’était interdit), ni facturation de certains services bancaires et en particulier des chèques. La gratuité des deux côtés en quelque sorte, suivant la bonne tradition française. C’est une banque espagnole, la Caixa, qui avait la première levé le tabou en rémunérant les comptes chèques (1,5% par an au delà des 1 500 premiers euros). Mais le ministère veillait et avait interdit cette pratique. Finalement, la Caixa obtenait gain de cause, la France étant condamnée par une décision de la Cour européenne de justice. Depuis mars 2005, on peut désormais rémunérer les comptes et divers établissements, peu nombreux pour l’instant, ont suivi sur ce terrain la Caixa. C’est le cas de la Caisse d’épargne où il existe plusieurs formules de forfait permettant d’être rémunéré à 0,5% ou 1% suivant les cas. Il en va de même, avec des taux variés, pour la banque Covefi et pour la Banque privée européenne, qui rémunèrent les comptes à vue. Dernière décision en date cette semaine : c’est AXA banque qui a franchi le Rubicon (c’est la banque directe d’AXA) en annonçant sa décision de rémunérer les dépôts, en combinant dans le cadre d’un compte appelé Oligo un « package » payé 6 à 12 euros par mois, permettant une rémunération à 1% dès le premier euro et une remise de 3% sur toutes les primes d’assurances payées à partir de ce compte. Cette décision intervient peu de jours après une autre décision, celle du groupe CIC, filiale du Crédit mutuel centre est Europe. Celle-ci a décidé, cette fois à partir du premier janvier, de facturer les chèques. Les banques du groupe prélèveront 50 centimes d’euros sur les opérations non automatisées -dont les chèques- au-delà d’un quota de 15 opérations par trimestre. C’est évidemment une autre entorse à la règle du ni-ni. Des règles précises sont mises en place, avec par exemple un plafond de facturation de 30 euros par trimestre. Les clients de plus de 60 ans ou de moins de 25 ans ne sont pas concernés. Ces diverses décisions -et il y en aura beaucoup d’autres dans les mois à venir- ont suscité des réactions diverses, en particulier de la part des consommateurs. Certains crient au scandale pour la facturation des chèques, d’autres approuvent le principe de la rémunération des comptes, mais en discutent les modalités, etc…D’une manière générale, on peut observer que la gratuité (qui découlait du ni-ni) est toujours mauvaise conseillère et conduit irrémédiablement à une surconsommation : la gratuité des chèques fait que nous sommes le seul pays d’Europe à utiliser largement ce moyen de paiement un peu archaïque au détriment de moyens plus modernes comme la carte de crédit. Il vaut mieux faire payer les choses -et les rémunérer en sens inverse- à leur vrai prix. Un prix zéro n’est rien autre qu’un prix bloqué, administré, s’il est obligatoire. Mais là n’est pas l’essentiel. Le plus important, c’est qu’en France on ne comprend pas la logique de la concurrence. Ou plutôt on en est resté (influence de la veille théorie néo-classique sans doute ou reste d’économie administrée) à l’idée que la concurrence, c’est l’uniformité : un même prix, un même produit (homogénéité des produits). Or la concurrence, c’est l’inverse, c’est la diversité. Un produit en soi n’existe pas, c’est un paquet de caractéristiques. Un produit bancaire, c’est un ensemble : compte à vue rémunéré ou non, avec abonnement payant ou non, avec des chèques payant ou non, avec un minimum de chèques gratuit ou non, d’autres frais bancaires ou non, d’autres services bancaires ou non, etc… Pourquoi ? Parce qu’aucun consommateur ne ressemble à un autre. Chacun a des besoins spécifiques. Certains ont beaucoup de liquidités une partie du mois ; d’autres utilisent peu de chèques ou au contraire beaucoup ; chacun a ses spécificités. Et la concurrence, cela consiste à rendre à chaque client le service le plus personnalisé possible. Et si le service proposé par une banque (par exemple les chèques payants au CIC) ne convient pas, le client n’aura qu’à changer de banque et trouver des caractéristiques de compte mieux adaptées à sa situation.
Le 20 Janvier
2006
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