FINANCES PUBLIQUES : LES DEFICITS S'AGGRAVENT, LES PRELEVEMENTS AUSSI


Rien ne va plus pour les finances publiques françaises. Tout d’abord, il devient de plus en plus évident que les prévisions sur lesquelles repose le budget 2003 sont désormais totalement irréalistes. Le gouvernement envisageait une progression du PIB de 2,5%. On sera bien en dessous des 2% : c’est dire que, la masse imposable se réduisant, les impôts rapporteront moins que prévu et le déficit sera bien au delà de la fameuse barre des 3% sur laquelle la France s’est engagée à Amsterdam.

D’ailleurs, Bruxelles amplifie sa pression sur la France. Dans son bilan annuel, la Commission montre du doigt trois pays pour leurs finances publiques : l’Allemagne pour déficit excessif appelant des mesures correctives ; la France pour des efforts d’assainissement insuffisants et enfin l’Italie en raison de nombreuses incertitudes sur ses objectifs budgétaires : nous voilà donc en bonne compagnie.

D’abord, la Commission s’inquiète de nos problèmes de retraite -dont nous avons parlé la semaine dernière : « compte tenu de l’impact budgétaire prévisible du vieillissement démographique, qui va s’accélérer après 2006, une plus grande ambition budgétaire est requise » : en clair, il nous faudra tailler dans les dépenses publiques. Mais la Commission s’inquiète aussi à court terme. Non seulement il y a une quasi-certitude que le déficit français dépassera en 2003 le seuil des 3% du PIB (Paris continue à annoncer 2,8%), mais la prévision du ratio de dette publique, qui représente 57,3% du PIB en 2002 et devrait représenter, selon le gouvernement, 59,1% en 2003 ne paraît pas prendre en compte, selon Bruxelles, « l’impact sur les comptes publics des opérations financières récemment décidées » comme la recapitalisation de France Telecom. Bref, l’effort d’assainissement budgétaire sur les années 2003 et 2004 est insuffisant et devra être intensifié.

Reste enfin l’annonce des fameuses baisses d’impôts, en particulier sur le revenu. Or il devient de plus en plus évident que les baisses d’impôts (5% en 2002, plus 1% en 2003) sont compensées -et au delà- par des hausses d’autres impôts ou de charges. La réduction d’impôts de 30 milliards d’euros promise par le Président de la République est loin d’être une réalité. Ainsi, les observateurs ont remarqué que, de l’aveu même du gouvernement, (dans son programme de stabilité 2004-2006 présenté récemment à Bruxelles) les hausses allaient compenser les baisses. Le gouvernement annonce ainsi dans ce rapport que les prélèvements obligatoires resteraient stables en 2004 à 44,3% du PIB : il n’est donc pas question de baisse.

Ce qui s’est passé, c’est que les baisses d’impôts et de charges annoncées pour 3 milliards d’euros seront intégralement compensées par des hausses d’autres impôts et charges. Ce sera le cas par exemple des collectivités locales, qui devront augmenter leurs recettes de 1 milliard d’euros pour financer la montée en puissance de l’allocation personnalisée d’autonomie. En outre, il ne faut pas oublier que l’on vient, depuis le premier janvier 2003, d’augmenter le taux de cotisation pour l’assurance chômage, afin de sauver l’UNEDIC. C’est passé à peu près inaperçu, en raison de l’accord des partenaires sociaux, mais c’est bien en tout cas une hausse des prélèvements. Ne parlons pas de l’assurance maladie, avec une hausse (même légère) des honoraires et surtout une dérive des dépenses, qui progressent bien plus que la norme retenue : ici encore, il faudra trouver des recettes. Or l’économie française ne repartira pas si on ne baisse pas fortement les prélèvements obligatoires pour encourager l’offre, comme on vient de le faire aux Etats-Unis. Cela veut dire que la situation est bloquée tant que l’on ne voudra pas s’attaquer à la réforme de l’Etat et à la baisse drastique des dépenses publiques. Manifestement, on n’en prend pas le chemin.

Le 22 janvier 2003