VERS UN SMIC CADRE ?


Les syndicats nous surprennent souvent par leur aptitude à lancer des idées qui vont à l’encontre des intérêts de leurs mandants. La CGC (Confédération générale des cadres), qui semblait pourtant plus raisonnable que les syndicats révolutionnaires, vient de s’illustrer en ce sens par la relance d’une proposition particulièrement dangereuse pour les salariés : la revendication d’un SMIC cadre.

C’est à l’occasion de la préparation du congrès de la CGC que son président, Bernard VAN CRAYNEST, a relancé cette proposition qui traîne depuis longtemps dans les tiroirs de la centrale syndicale. Cette proposition devrait figurer dans son programme pour les trois ans à venir, et elle a notamment été formulée dans la perspective de la conférence sur les revenus, préparée par le rapport DELORS dont nous avons parlé la semaine dernière : entre les propositions DELORS et le SMIC cadre, voilà une conférence qui est bien partie…

Pour l’instant, les cadres échappent à toute fixation d’un salaire minimum, car, bien entendu leur salaire, même pour les cadres les moins bien payés, sont très supérieurs au SMIC ouvrier. Au total et jusqu’à présent dans une large mesure, la rémunération des cadres est à peu près libre (même s’il y a de grandes rigidités, liées en particulier aux conventions collectives). Voilà pourquoi le taux de chômage des cadres est en moyenne bien plus faible que celui de l’ensemble des salariés, et en particulier des moins qualifiés des salariés, dont la productivité en valeur est inférieure au SMIC.

L’idée d’un SMIC cadre correspond par contraste à un salaire fixé par les pouvoirs publics, évidemment d’une manière arbitraire sans rapport avec la réalité économique. Il s’agit ni plus, ni moins que d’un prix bloqué, administré, ce que Jacques RUEFF appelait un « faux prix ». Bien entendu, les pouvoirs publics fixent toujours ce prix à un niveau supérieur à ce qu’aurait donné spontanément le marché. Ce taux artificiellement élevé de salaire encourage l’offre de travail de la part de salariés et décourage la demande de travail de la part des entreprises, ce qui crée un déséquilibre quantitatif (comme tout prix bloqué à un niveau supérieur à celui du libre marché), en l’occurrence il s’agit d’un excès d’offre de travail sur la demande : il y aura donc un chômage, d’autant plus massif que le SMIC sera élevé.

Voilà à quoi travaillent les syndicats : à créer du chômage, à exclure des travailleurs du marché du travail. Comme toujours les syndicats pensent à ceux qui conservent un emploi, auquel il faut donner des privilèges et se désintéressent des chômeurs, qu’ils créent par leurs propositions démagogiques. De plus, comme le SMIC ouvrier, un SMIC cadre provoquerait des effets pervers : il écrase la hiérarchie des revenus, et supprime donc l’un des principaux stimulants à l’adaptation et à la performance : à quoi bon chercher à progresser, si on ne gagne pas plus que ceux qui font moins d’efforts ou ont moins d’expérience et de compétence ?

Evidemment, un SMIC cadre national, identique pour toutes les branches, ignore aussi les subtilités de la réalité concrète du marché du travail puisqu’il harmonise artificiellement des situations qui devraient rester diverses. Ce sont ces diversités qui permettent les adaptations, qui incitent aux changements de branches ou de régions. Avec un SMIC national, on perd toutes les indications d’un marché libre.  La rémunération du cadre ne joue plus son rôle informatif, ni incitatif, ni rééquilibrant.

Evidemment, on comprend les motivations syndicales : cela donne de l’importance au syndicat, qui va devoir négocier avec les pouvoirs publics ce chiffre magique. On va traiter ainsi les permanents syndicaux avec plus de respect. Mais c’est payer bien cher pour un peu de gloire personnelle. Si les syndicats ont vraiment le souci des salariés, ici des cadres, qu’ils laissent donc faire le marché, qui agit avec beaucoup plus de justice et de subtilité qu’un arrêté ministériel.

 

 
   

 

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