UNE BRECHE DANS LES REGIMES SPECIAUX DE RETRAITE ?


Nous avons maintes fois dénoncé les régimes spéciaux de retraite des entreprises publiques, et encore récemment à propos des dernières grèves des cheminots : cotisations plus faibles, départ en retraite plus tôt, moindre durée des cotisations, calcul de la retraite sur les six derniers mois, etc. Evidemment, cette discrimination serait impensable dans un système où les retraites seraient privatisées et où les entreprises ne seraient pas artificiellement soutenues par l’Etat.

Mais en attendant cette réforme rêvée, il faut bien faire quelque chose.  La survie financière du système de retraites actuel et l’équité commandent au moins d’aligner les régimes spéciaux sur le régime commun des fonctionnaires, pourtant lui-même déjà privilégié.

Pourtant le sujet est tabou pour la plupart des entreprises publiques, et l’on vient d’apprendre que les nouvelles normes comptables allaient obliger dès janvier la SNCF à provisionner une (petite) partie de ces retraites. Mais cette charge dépasserait les fonds propres et à mettre la SNCF en faillite ! Le gouvernement ne sait encore comment se sortir de ce mauvais pas.

Il y a cependant une entreprise publique qui semble prête à sauter le pas, c’est la Banque de France. Il est vrai qu’elle est dans une situation privilégiée, son monopole et sa place spéciale lui assurant de confortables bénéfices. Et surtout les salariés de la Banque de France veulent négocier cette transition au moindre coût ; ils craignent  que dans quelques années, lorsque toutes ces entreprises seront quasi en faillite à cause des régimes spéciaux de retraite, la négociation leur soit moins favorable.

Bercy espérait adosser le régime de retraite des agents de la banque  au régime général, géré par la CNAV, ce qui lui aurait permis de récupérer au passage une soulte bien venue pour soulager les finances publiques. Mais les syndicats de la Banque de France, soutenus par Christian NOYER, le gouverneur, ont refusé cette solution de bon sens, moins favorable pour les salariés, et ont imposé aux pouvoirs publics une solution plus favorable pour eux. Et le gouvernement s’est laissé faire. On ne va pas contrarier les syndicats à quelques mois des élections et parler des questions qui fâchent.

Six syndicats sur sept ont donc signé un relevé de conclusion mettant fin à leur régime spécial (qui avait tout de même deux cents ans) et ont accepté le nouveau régime (à l’exception de la CGT, comme il se doit). Ce nouveau régime est calqué sur celui de la fonction publique : les agents pourront certes continuer à partir à 60 ans, mais pour pouvoir toucher l’intégralité de leur retraite, le nombre d’années de cotisations sera progressivement porté à 40, puis à 42 ans à partir de 2013. Mais, et c’est l’essentiel, la pension sera toujours calculée sur la base des six derniers mois : pas question de toucher aux avantages acquis.

De plus, ce qui est bien confortable pour les salariés, la Banque s’engage à garantir 100% des retraites en abondant chaque année une caisse spéciale par un prélèvement sur les bénéfices. Ainsi, les confortables dividendes que la Banque verse à l’Etat seront réduits d’autant, d’où de moindres recettes pour l’Etat et un recours plus important aux impôts :  c’est en dernier ressort le contribuable qui paie, comme toujours.

Il est question d’au moins 6 à 7 milliards d’euros, dont la moitié a déjà été provisionné, compte tenu  des revenus confortables de la Banque. Mais Bercy semble hésiter encore sur cette solution très favorable aux salariés. Et ce n’est pas l’accord avec les syndicats qui vaut décision, mais la parution d’un décret. Gageons cependant que la solution la plus laxiste sera retenue, comme toujours.

Une hirondelle ne fait pas le printemps et si le gouvernement a accepté de discuter, sous la pression des salariés, des retraites de la Banque, il ne veut pas entendre parler des autres régimes spéciaux et les candidats aux présidentielles sont tout aussi silencieux. En réalité, c’est d’abord toute la politique de la Banque qu’il aurait fallu remettre en cause. A peine 3 000 agents sont partis sur 16 000, alors que la Banque de France n’a presque plus rien à faire en raison de l’euro ; elle a dix fois plus de salariés que la Banque d’Angleterre qui, elle, a une monnaie à gérer. Et elle garde ses autres privilèges, à commencer par un comité d’entreprise qui représente 13% de sa masse salariale.

Mais surtout, ce qui s’est passé avec la Banque de France, qui croule sous les bénéfices et a pu payer cette « danseuse » des retraites garanties aux salariés, ne se passera pas avec les autres entreprises publiques. Là, il y a beaucoup plus d’agents et donc de retraites et pas de bénéfices. Il faudra tailler dans le vif et réduire fortement les privilèges. Mais il faudra aussi faire appel aux contribuables, parce qu’on n’a pas voulu s’attaquer plus tôt au problème. Voilà pourquoi le gouvernement entend refiler le bébé à son successeur. Il est question maintenant de 2008. Et plus on attend, plus la facture sera salée. Mais l’essentiel n’est-il pas de ne pas fâcher les syndicats ?

 

 

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