MALTHUS PAS MORT


Comment d’ici 2015 réduire de moitié la pauvreté et la faim dans le monde, freiner la progression de l’épidémie mondiale du VIH/Sida et promouvoir un développement écologiquement durable ? La réponse est très simple et très originale : il suffit de réduire la croissance de la population. C’est du moins ce qu’affirme le dernier rapport annuel du Fonds des nations unies pour la population, « Etat de la population mondiale 2002 ».

Selon ce rapport il y a un « effet population » sur la croissance économique, qui fait que plus la natalité diminue, mieux se porte la croissance : « Depuis 1970, les pays en développement dont la fécondité a baissé et dont la croissance démographique s’est ralentie ont vu augmenter la productivité, l’épargne et l’investissement productif ». Il ne viendrait pas à l’idée des Nations Unies que la causalité puisse être inverse et que c’est là où la croissance économique a été forte que les comportements démographiques ont changé. Non, c’est la chute de la fécondité qui serait la cause des miracles économiques. On croyait naguère qu’il n’est de richesses que d’homme...

Le rapport se réjouit aussi de ce que la baisse de la fécondité vienne des « investissements sociaux » « bien volontaristes » comme la planification familiale ou l’égalité des sexes, c’est à dire imposés par l’Etat contre le vœu des populations et au détriment du respect de la vie bien sûr. De plus, cette baisse « volontariste » de la fécondité est présentée comme une véritable « accumulation du capital humain » : plus la fécondité se réduit, plus le capital humain progresse, c’est bien connu.

Comment alors résoudre la pauvreté ? La recette est simple : sur la prochaine décennie, il suffirait d’une baisse de 4 pour 1000 du taux net de natalité pour réduire de 2,4% (on voit comme le rapport est précis, donc sérieux) le nombre des personnes vivant dans un état de pauvreté absolue.

En outre, une formidable fenêtre démographique s’ouvre ainsi : « Ce recul de la fécondité au niveau micro-économique se traduit, en l’espace d’une génération, en croissance économique potentielle au niveau macro, avec l’apparition d’une nombreuse population active qui entretient des personnes à charge - jeunes et vieilles- en nombre relativement moindre ». D’ailleurs, un tiers de la croissance annuelle des dragons de l’Asie du Sud Est viendrait de ce qu’ils ont su tirer parti de ce créneau. Le Mexique et le Brésil où la baisse de la fécondité « a eu un effet égal à une croissance économique annuelle de 0,7% du PIB » en auraient fait autant.

Tout cela est du malthusianisme le plus pur. Il faudrait peut-être rappeler aux Nations Unies que le développement s’est produit non pas dans les pays qui avaient réduit artificiellement leur fécondité, mais dans les pays qui se sont ouverts aux échanges internationaux et plus généralement à la liberté économique. Ensuite, partout où le développement s’est produit, la fécondité a diminué de manière volontaire, les comportements personnels ayant peu à peu changé. Mais les Nations Unies préfèrent véhiculer un discours idéologique qui permettra ensuite d’imposer, au nom du développement, des politiques artificielles d’atteinte à la liberté des familles. Ce n’est pas en supprimant les enfants des pauvres qu’on résout la misère, c’est en créant des richesses nouvelles.