« LA STRATEGIE NATIONALE DU DEVELOPPEMENT DURABLE »


Les ministres ont dû se mettre à 32, lors du séminaire gouvernemental sur le développement durable, pour mettre en œuvre la politique déjà tracée dans ses grandes lignes par Jacques CHIRAC lors du sommet de Johannesburg. Le président avait renouvelé ses consignes la veille en Conseil des ministres : que « l’écologie soit intégrée dans toutes les politiques publiques ». M. RAFFARIN pour sa part veut faire du développement durable « une cause nationale ».

Le développement durable c’est donc l’écologie pour tous. A vrai dire le concept est assez flou et prétend intégrer le souci des générations futures et celui de l’environnement . En réalité, il a toujours été une notion utilisée contre l’économie de marché, que ce soit à Rio ou ailleurs et on ne peut que s’étonner de l’espèce de frénésie qui atteint à ce propos le Président français - et désormais le gouvernement tout entier- qui n’a aucun équivalent à l’étranger.

La traduction française de cette notion semble donc être essentiellement écologique, mais pas question d’écologie de marché, comme nous le suggérions la semaine dernière à propos des droits à polluer négociables : ici l’écologie à la française est politique. Pour le reste on n’est pas beaucoup plus avancé aprés les quatre heures très médiatiques de séminaire gouvernemental et on observe que les journaux avaient plus à en dire avant qu’après. Il est vrai qu’on nous promet une « stratégie nationale du développement durable » pour le début du mois d’avril. Poisson d’avril ?

En attendant, pour nous faire patienter, on a droit aux déclarations des ministres concernés et en tout premier lieu du secrétaire d’Etat au développement durable, Tokia Saïfi. Ses premières déclarations au Figaro sont assez consternantes : « Un comité  interministériel va voir le jour pour mettre en œuvre cette stratégie nationale et en assurer le suivi. L’idée est que, dans chaque ministère, un M. ou une Mme Développement durable puisse suivre le dossier. Le gouvernement se donne jusqu’à fin mars pour arrêter les axes stratégiques de ce vaste chantier, ses objectifs chiffrés et les plans d’action pour les atteindre. Mais dès aujourd’hui chacun a sa feuille de route ». C’est effectivement impressionnant : nous voilà tous sur le pied de guerre.

Et voilà les grandes mesures : « le ministre de l’éducation va s’engager à sensibiliser les élèves à l’écologie et au développement durable dès la rentrée 2003 » : belle occasion en effet de taper un peu plus contre le capitalisme destructeur de la planète et des générations futures. Il y aura même un observatoire de l’éducation à l’environnement et au développement durable pour surveiller tout cela…

Autre mesure : « le ministère des transports souhaite favoriser, par exemple, l’usage du vélo ». Grande révolution en effet qui va certainement sauver les générations futures. Mieux encore « le ministère de l’agriculture travaille à la création d’une prime herbagère attribuée aux agriculteurs qui continueraient à faire de l’herbe même si cela n’est pas rentable », en clair si c’est inutile. Il y aura aussi, chaque première semaine de juin, une semaine du développement durable. Et un Conseil national du développement durable sera installé le 14 janvier « pour donner la parole aux citoyens ». Quant à la réforme de l’Etat, elle va intégrer la dimension développement durable, ce qui est très rassurant en effet.

Nous ne voulons pas abuser de la patience de nos lecteurs en multipliant les exemples qui sont tous du même niveau ; c’est affligeant. Et que l’on se dise bien que tout cela est présenté par une secrétaire d’Etat qui représente, paraît-il, la sensibilité libérale au sein du gouvernement. Une libérale durable sans doute.

Le 4 décembre 2002