LE COUT DU CREDIT LYONNAIS : PLUS DE 8 MILLIARDS D’EUROS


Le gouvernement a enfin fini de privatiser le Crédit Lyonnais, opération bien timide et quasi-ridicule face à l’ampleur de ce qui est nécessaire. « Il faut tout privatiser et tout de suite », comme l’expliquait Jacques GARELLO dans son éditorial de la semaine dernière.

Mais à cette occasion les médias ont été bien silencieux sur le coût, pour le contribuable, de cette privatisation si tardive, qui a permis au Crédit Lyonnais de faire tant de bêtises en attendant. Notre confrère Les Echos (26 novembre) se livre à un exercice d’évaluation fort instructif.

Il est vrai que la complexité du montage financier mis en place en 1995 est telle que l’on a du mal à y voir clair. D’abord notons que ce « feuilleton à rebondissements » ne trouvera sa conclusion qu’en 2014 avec le dénouement du montage complexe de « cantonnement » d’une partie des actifs du Lyonnais mis en place en 1995. Laissons de côté le montage et sa grande complexité, pour ne retenir de l’analyse des Echos que les résultats : la perte est de 11 milliards d’euros, soit 72 milliards de francs, mais la cour des comptes conteste ce chiffre et l’évalue à 14,8 milliards d’euros, soit 97 milliards de francs : on n’avait pas actualisé la valeur des actifs cantonnés ni intégré le coût du prêt. On peut alors retirer si l’on veut -encore que ce soit discutable- les gains issus de la privatisation, soit 5,8 milliards d’euros auxquels il fait ajouter les 2,2 milliards d’euros apportés le week-end dernier par BNP Paribas. Il reste donc une charge nette pour l’Etat -donc le contribuable- d’environ 7 milliards d’euros. Mais ce calcul oublie de nombreux éléments, dont les 7,5 milliards de francs versés par l’Etat au titre du premier plan de sauvetage de 1994, ou un enchérissement du coût de refinancement de l’établissement public de financement et de restructuration de 3,5 milliards de francs.

Conclusion des Echos «in fine, le redressement du Lyonnais aura donc coûté à l’Etat au moins 8 milliards d’euros, sous réserve des litiges en cours -dont celui, potentiellement très onéreux, de l’assureur américain Executive Life ». Le feuilleton n’est donc pas totalement terminé. Rappelons qu’en 1994 Edmond ALPHANDERY, alors ministre de l’économie, avait parlé d’un plan de sauvetage « indolore pour les contribuables ». Si le Lyonnais avait été une entreprise privée, d’une part ces déficits n’auraient pas existé car les actionnaires privés en général veillent au grain, et ce ne serait pas le contribuable qui aurait payé la facture…