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Mais cela ne
donne qu’une image faussée de la réalité, car le texte autorise les
Etats à dépasser cette limite de 48 heures si les travailleurs, consultés
individuellement, donnent leur accord. C’est ainsi que, dès l’origine,
la Grande-Bretagne a choisi de recourir à cette clause de renonciation.
Malte et Chypre ont demandé à en bénéficier, tandis que d’autres pays
en font usage dans certains secteurs seulement, comme dans celui de
la santé depuis que le temps de garde sur le lieu de travail est considéré
comme du temps de travail. Cela ne veut
pas dire que tous les salariés travaillent plus, notamment en Grande-Bretagne.
Cela veut dire qu’il y a une grande diversité de situations individuelles.
Beaucoup de femmes anglaises par exemple travaillent un temps plus bref
que celui des hommes : 33 heures en moyenne contre 39 heures pour
les hommes. Mais, en même temps, plus de 6 millions d’anglais travaillent
plus de 45 heures, dont 3,75 millions plus de 48 heures. Certains travaillent
même 60 heures. Ce n’est pas l’uniformisation à la française, c’est
la diversité et si certains travaillent beaucoup plus pour des raisons
de goût, d’argent ou de carrière, d’autres travaillent même moins qu’en
France. C’est la directive
sur la limitation à 48 heures et sur la clause de renonciation autorisant
à dépasser ces 48 heures qui est actuellement en discussion. Mais il
n’est pas question de réduire cette durée de travail légale maximale
de 48 heures. Ce n’est pas une évolution à la française qui a été choisie.
Il s’agit seulement de toiletter le texte de 1993. Ce qui est en débat,
ce sont les conditions dans lesquelles les travailleurs sont appelés
à se prononcer sur la clause de renonciation. Un autre débat
concerne la période de référence pour calculer ces 48 heures de travail :
doit-elle durer quatre mois, comme le souhaitent les syndicats, ou douze
mois, comme le proposent les entrepreneurs européens ? Et faut-il
intégrer dans le texte l’arrêt de la Cour de justice sur le temps de
garde considéré comme du temps de travail ou ne faut-il compter que le temps de travail effectif ?
Certes, les syndicats européens souhaiteraient demander la suppression
de la clause de renonciation, mais il n’y a aucune chance pour que la
Commission leur donne raison. Au total, on
le voit, la révision de la directive n’amènera guère de révolution et
la règle restera une durée maximale de travail de 48 heures, avec des
possibilités de dérogations pour dépasser ce chiffre, le nombre d’heures
maximales étant limité à 65. Simplement la commission souhaite donner
une plus grande liberté de choix au salarié, au lieu de faire signer
la clause de renonciation en même temps que le contrat de travail. On
peut en discuter, mais cela ne change rien sur le fond. Le conseil des
ministres européens se prononcera début octobre, avant que le texte
ne soit soumis au Parlement. Londres, mais aussi Berlin et Varsovie
sont prêts à éviter tout dérapage et tout durcissement du texte et veulent
en particulier laisser en l’état la clause de renonciation. Le point
essentiel, dont les Français n’ont même pas conscience, c’est que personne
en Europe ne réclame une durée uniforme du travail, sauf nous, et encore
moins une durée de 35 heures. Pendant ce temps, droite et gauche en
France s’accrochent au mythe des 35 heures. Pas étonnant qu’il y ait
des démangeaisons de délocalisation. La grande différence
entre la France et ses voisins dans ce domaine ne tient pas au discours
des syndicats : c’est ainsi que les syndicats anglais réclament
l’abolition de la clause de renonciation, dite « opting
out », qui permet de déroger à la directive européenne sur les
48 heures. La différence, c’est qu’il ne viendrait à l’esprit d’aucun
gouvernement anglais, même travailliste, de donner le moindre crédit
à ces propositions syndicales. Pour les Anglais comme pour les autres
Européens, c’est à chaque salarié, individuellement, de choisir.
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