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| Dans une conjoncture de crise, le pouvoir d’achat diminue puisqu’il n’est que la contre-partie de la valeur de la croissance économique. Augmenter les salaires semble un excellent moyen pour relancer la dépense et remplir les carnets de commande des entreprises qui renonceront ainsi à de nouveaux licenciements. Parmi les salaires, augmenter les plus faibles serait encore plus judicieux, et satisferait à un impératif de justice sociale, puisque ce sont les personnes en bas de l’échelle des revenus qui sont les plus touchées. Cette
recette séduisante est appelée ou appliquée dans de nombreux pays. Pourtant elle
n’a aucun des effets positifs attendus et elle accumule au contraire les effets
négatifs. L’effet
de relance est très circonscrit Augmenter
les salaires, ce n’est pas à coup sûr augmenter les dépenses ; et augmenter
les dépenses ce n’est pas à coup sûr maintenir ou créer des emplois. Le pouvoir
d’achat ne signifie pas l’intention d’achat. Le surplus de revenus peut être épargné :
c’est ce que l’on observe aujourd’hui en France puisque le taux d’épargne a atteint
en 2009 des sommets sans précédent. Les gens préfèrent mettre de l’argent de côté
quand tout va mal. D’autre part, il n’est pas dit que les dépenses se portent
sur des produits français ; auquel cas on relance les importations et ce
sont les concurrents étrangers qui en profitent. Enfin et surtout, les entreprises
ne jouent pas avec les effectifs comme avec un yo-yo. Avant d’envisager de réduire
leur personnel, elles essaient d’autres moyens pour survivre : nouveaux procédés,
nouvelles installations, etc. Elles le font par respect et souci pour leurs employés
d’abord, et elles le font aussi par calcul, car se priver d’une main d’œuvre recrutée,
formée, expérimentée, et connaissant le métier représente un gaspillage encore
plus coûteux que le salaire supprimé. Le même raisonnement vaut dans l’autre sens :
le moindre frémissement du marché ne suffit pas à décider l’entreprise à embaucher ;
il faut de plus trouver des candidats à l’emploi adaptés aux besoins de l’entreprise
dans une nouvelle conjoncture. Sans doute évoquera-t-on l’effet positif de la
« prime à la casse », mais elle avait des caractéristiques peu usuelles,
par son importance d’abord, par sa durée ensuite, par le soin porté par les pouvoirs
publics à avantager les véhicules français (de faible puissance). Le
Smic crée du chômage Si
la « politique du pouvoir d’achat » fait naître un certain scepticisme,
le relèvement du SMIC est assurément un non sens économique. De multiples observations
statistiques convergent pour établir qu’un relèvement du SMIC de 5% crée 1% de
chômeurs en plus. Pourquoi ? La première raison est que le SMIC rémunère
presque toujours un travail non qualifié. Or, en cas de difficulté, l’entreprise
gardera plutôt le personnel le plus ancien et le plus expérimenté, donc le mieux
payé. La deuxième raison est que le SMIC est le prix d’entrée sur le marché du
travail, et son niveau empêche des personnes nouvelles à accéder à l’emploi. Cela
est surtout le cas des jeunes, et explique que 25% des jeunes soient au chômage.
La plupart d’entre eux accepteraient sans doute un salaire très faible, pour mettre
un pied dans la profession et fuir la situation d’assisté qui leur est proposée.
Mais la route de l’emploi leur est barrée. La troisième raison est que le SMIC
a pour effet de replier l’éventail des rémunérations dans l’entreprise, puisque
comparativement le travail qualifié devient moins cher, de sorte que les entreprises
font une meilleure affaire en ajoutant quelques dizaines d’euros de plus pour
embaucher un personnel de meilleure qualité. En fin de compte, ce sont les gens
que l’on prétendait aider qui sont les plus en péril de chômage et ils attendront
longtemps la reconstitution de leur pouvoir d’achat et la stabilité de leur emploi. Une
solidarité mal conçue Les inconditionnels du SMIC mettent en avant la justice sociale. Mais la justice sociale n’est pas satisfaite quand les personnes les plus démunies sont enfermées dans le chômage et la pauvreté. Le SMIC est une aubaine seulement pour les salariés qui ont la sécurité absolue de l’emploi : cela existe-t-il dans le secteur marchand qui dépend du marché ? Une solution, il est vrai, serait de généraliser un « statut », un emploi à vie, comme celui de la fonction publique – mais cette rigidité nouvelle causerait très vite la disparition de millions d’entreprises. Sans doute la
justice sociale exige-t-elle qu’on ne laisse personne sans ressources. Encore
faut-il s’entendre sur le montant de ces ressources, et ne pas le situer à un
niveau tel qu’il y a un intérêt apparent à ne pas être embauché. Et encore faut-il
que la solidarité s’exerce à travers la fiscalité au lieu de désorienter le marché
du travail. La meilleure formule serait certainement de faire jouer la solidarité
volontaire et privée, en rendant aux gens l’argent que le fisc leur prend, leur
permettant de le partager avec ceux qui sont dans le besoin. Le 5 février 2010
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