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Les inégalités sont dans la nature : petits et grands, bruns et blonds, jeunes et vieux, etc. Seuls les eugénistes veulent effacer toute différence et créer l’homme parfait, biologiquement sélectionné. En revanche, dans le domaine
du droit et de l’économie, les inégalités peuvent choquer : les
hommes naissent égaux en droit, et devraient se voir garantir un niveau
de vie « décent ». Mais les égalitaristes vont plus loin :
pas de différence importante entre riches et pauvres ! Une obsession politique Les inégalités hantent l’esprit des dirigeants qui se posent en défenseurs de la « justice sociale ». Mais la justice sociale ne s’accorde pas nécessairement avec l’égalité. Quelqu’un qui a rendu deux fois plus de services peut recevoir une rémunération double. C’est la justice commutative : à chacun selon son mérite. Est juste ce qui est justement acquis, par création de valeurs, et injuste ce qui spolié, par confiscation de valeurs. C’est une justice « de procédure » par opposition avec la justice « de résultat », qui est distributive : à chacun selon ses besoins. Mais quels besoins ? Et comment créer des valeurs si les créateurs sont privés d’une partie de ce que leur mérite leur valait ? Dans les faits, la redistribution s’est généralisée et alourdie, parce que la qualité d’une politique sociale prétend se mesurer à l’aune des inégalités détruites ou restantes. Une ambiguïté statistique En dépit des essais d’économistes éminents comme Sen ou Atkinson, la mesure statistique des inégalités demeure très incertaine. Pendant longtemps, on s’est intéressé avant tout aux différences entre revenus, ressources monétaires régulièrement perçues. Mais quels revenus ? Les revenus d’activité comme les salaires, intérêts ou profits perçus par ceux qui ont contribué à la production? Ou les revenus « sociaux » ou « disponibles », qui s’ajoutent ou se retranchent des précédents : indemnités, allocations, subventions et aides diverses ? Ils constituent le plus clair des ressources des chômeurs et de toutes les personnes que la collectivité entend garantir contre les aléas de la vie. Ils proviennent des retenues substantielles sur les revenus « primaires », sous forme de cotisations, impôts et taxes. En France, 46% des revenus primaires sont redistribués. Les revenus pris en compte sont-ils ceux des individus, ou des « ménages » ? Dans ce cas, on prend en compte ce que gagnent toutes les personnes vivant sous le même toit. Enfin, on s’intéresse de plus en plus aux inégalités de patrimoine, constitué par les immeubles, équipements, placements financiers composant l’actif d’un individu ou d’un ménage ; il faut aussi tenir compte de l’endettement et autres obligations qui sont le passif. Suivant que l’on s’arrête
à telle ou telle mesure, on peut faire apparaître un écart plus ou moins
important entre les divers revenus et/ou les divers patrimoines. Cet
écart dépend aussi, cela va de soi, du découpage statistique des données
mesurées : écart entre premier et dernier décile, ou entre autres
déciles, ou entre quartiles, écart par rapport à la moyenne, par rapport
à la médiane, etc. Dans l’ensemble il semblerait que, loin de s’accroître,
les inégalités soient globalement en baisse sur le long terme, à l’exception
des pays les plus pauvres, ceux qui ont d’ailleurs l’indice de liberté
économique le plus faible au monde. Un tribut économique Les inégalités ne traduisent que de façon très insuffisante la réalité économique et sociale. D’une part, leur mesure est « statique ». Il y aura toujours des pauvres et des riches, en dépit de toutes les politiques. Chassez l’inégalité, elle revient au galop (on l’a observé même dans les camps de prisonniers de guerre). L’inégalité des revenus ou des patrimoines reflète en grande partie les différences individuelles, la diversité des talents, des comportements. La « justice sociale » ne trouve pas son compte dans l’égalitarisme, mais dans la promotion sociale. L’important est de savoir si les pauvres peuvent s’enrichir. Aux Etats-Unis, pays réputé inégalitaire, on a observé qu’après une génération, 5% des familles les plus pauvres restaient pauvres, tandis que 95% montaient dans l’échelle sociale et 20% se retrouvaient à l’échelon le plus élevé. Les inégalités en un moment donné n’ont aucune signification profonde. D’autre part, l’inégalité
est un ferment d’innovation : en cherchant à améliorer son sort,
l’individu va explorer des possibilités nouvelles. Ce sont les consommations
des riches qui secrètent le progrès technique, car elles peuvent légitimer
une prise de risque, une certaine dose d’insouciance, un pari sur le
futur. Un chameau se sépare de la caravane pour trouver le chemin dans
les dunes. Ceux qui sont prisonniers de la misère imaginent difficilement
une autre vie. Rien n’est pire pour l’économie que l’uniformité, qu’un
monde sans accident, voire même sans excès – ou ce qui apparaît comme
tel et peut choquer. La seule limite aux inégalités, ici comme ailleurs,
est le respect de la liberté et de la dignité de l’être humain. Le 29 janvier 2010
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