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Comment gaspiller l’épargne des Français PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 12 Janvier 2016 00:00

Parmi les obstacles à la création d’emplois en France figure la difficulté de financer l’innovation. Une part de cette difficulté tient aux prêteurs, et en particulier  à un système bancaire incité à se montrer d’une frilosité extrême par une réglementation internationale ridicule (les directives de Bâle). Mais une autre part est due au gaspillage de l’épargne, qui est orientée par l’Etat vers des investissements stériles, en particulier à travers la Banque Publique bâtie autour de la Caisse des Dépôts et Consignations.

 

 

L’épargne française est suffisante

Depuis des années les épargnants français ont tenu le rang de champions du monde, seuls les Allemands « économisent » autant : après avoir atteint le sommet de 17 % du PIB avant la crise, le taux d’épargne nette (donc après élimination des retraits) est toujours élevé, à 15,3 % d’après la Banque de France. Ce taux aurait même eu tendance à se relever depuis deux ans. Ce comportement s’explique par les inquiétudes pour l’avenir des retraites, mais aussi par la baisse du « revenu permanent », c'est-à-dire de l’estimation par les ménages de ce que seront leurs revenus dans les années prochaines : les deux se rejoignent chez les ménages de personnes de plus de 50 ans.

Car l’autre caractéristique de l’épargne française est d’être inégalement répartie. Entre les âges, c’est naturel (les jeunes ne sont pas portés aux économies, il y a un « cycle vital »). Mais aussi entre les revenus. L’épargne ne concerne qu’un ménage sur deux et, pour l’essentiel, ceux qui n’épargnent pas sont aussi ceux qui ne paient pas d’impôt sur le revenu. L’épargne est donc un luxe que ne peuvent s’offrir que « ceux qui ont les moyens » - c’est la raison pour laquelle l’explosion du système des retraites par répartition frappera douloureusement les plus démunis.

 

De quoi financer l’investissement ?

Le stock d’épargne accumulée en France représente plus de 4.700 milliards d’euros, il s’entretient et se gonfle par un apport d’épargne nouvelle de quelque 70 milliards par an. Les formes d’épargne sont a priori favorables au financement de l’économie : contrairement à ce qu’on croit, les Français placent un bon tiers de leurs fonds en titres financiers, et la bonne tenue de la bourse jusqu’à ces dernières semaines les a encouragés à revenir vers les actions. Un autre tiers est maintenant constitué par les contrats d’assurance-vie, retenus sans aucun doute comme précautions contre l’incertitude des retraites. Il faut d’ailleurs noter qu’à la différence de tous nos voisins, les fonds de pension n’ont pu se développer chez nous, et cette lacune a dérivé l’épargne vers les assurances-vie. Enfin, ce sont les livrets A et les plans d’épargne logement (PEL), que l’on classe statistiquement comme « épargne réglementée » puisque c’est l’Etat qui en fixe les conditions.

Globalement, la masse d’épargne semble suffisante pour soutenir une croissance durable, au point que les gouvernements, revenus au keynésianisme depuis la crise de 2008, ont tout fait pour pénaliser l’épargnant. Ce n’est pas nouveau : dans la tradition fiscale française l’épargne est frappée trois fois : par l’impôt sur le revenu (normalement l’impôt devrait frapper seulement la dépense), sur les revenus de l’épargne et sur sa transmission (impôts patrimoniaux). Mais la chasse idéologique au capital et la croyance stupide que la consommation est source de reprise économique ont accentué la pression sur l’épargnant. La preuve la plus visible est le retrait des avantages fiscaux consentis aux contrats d’assurance vie, de sorte que leur rentabilité 2,7 % en moyenne) a diminué de moitié en deux ans.

 

L’investissement public a priorité

Toutefois le gaspillage majeur de l’épargne est la masse financière entre les mains de la Banque Publique d’Investissement (Bpifrance). Créée en décembre 2012, elle est une nouvelle mouture des instances financières créés en 2008 autour du Fonds Stratégique d’Investissement (FSI), lui-même bâti autour de la Caisse des Dépôts et Consignations. Voilà donc un puissant aspirateur de l’épargne réglementée, en particulier des livrets A. Le sort de cette épargne est prédéterminé : vers la CDC, et par là vers BpiFrance. Parmi les priorités assignées à cette « banque », il y a le logement dit social (HLM et équivalents) qui absorbe ainsi une masse financière considérable. Voilà donc des crédits accordés sans aucun souci de rentabilité, et la crise du logement qui devait être éliminée n’a cessé de s’aggraver.  Donc, quand on fait le bilan complet du sort de l’épargne française : elle ne peut se capitaliser dans des fonds de pension et sauver des retraites ; elle a perdu une partie de sa rentabilité par la révision du statut fiscal des assurances-vie ; elle a subi une ponction fiscale sans cesse augmentée et elle finit dans le tonneau des Danaïdes du logement social. Une conséquence intéressante faute de financement, les entreprises françaises sont à l’encan, les investisseurs étrangers en profitent… et on attend les créations d’emplois.

 
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Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

Editorial : Victoire des Black Blocks
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Cinquante ans plus tard - Service national : pour quelle nation ? - Peut-on faire confiance aux iraniens ? 
Connaissance du libéralisme :
La concurrence sauvage
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Bertrand Lemennicier, La nation, fétiche politique introuvable


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