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Euro faible, dollar fort PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 17 Mars 2015 00:00

C’est un jeu de bascule classique, c’est le principe du funiculaire : quand un train descend, son poids lesté fait monter l’autre. L’euro a été volontairement déprécié, ce qui a permis au dollar de devenir fort. Aujourd’hui nous sommes à parité : à mi chemin, les deux trains se croisent.

Ce jeu est-il dangereux ? Et si l’un des câbles venait à casser ?

 

 

La parfaite bascule

L’économie européenne marche au ralenti, les dettes souveraines s’y accumulent sans que les déficits diminuent de façon significative ; que faire ? Les dirigeants de l’Europe font appel au magicien Mario Draghi et trahissent la lettre et l’esprit du traité instituant la Banque Centrale Européenne : on va dévaluer l’euro. Pour ce faire, il suffit de fabriquer de plus en plus d’euros et, ce faisant, de racheter en échange (et à perte !) des créances dont on sait bien qu’elles aussi seront bientôt dépréciées. Comme on dit, le bilan de la BCE « se gonfle » : on a inscrit des milliards à l’actif et au passif de la Banque. Objectif atteint : en deux mois l’euro perd 40 % de sa valeur. Comme pendant ce temps la FED (Banque fédérale) n’a pas modifié sa politique, le dollar devient monnaie forte, les opérateurs préfèrent avoir du dollar que du franc, troquent donc au plus vite la monnaie européenne contre du billet vert. On appelle cela « la guerre des monnaies », en fait il s’agit d’un jeu mécanique de bascule.

 

Craintes pour l’économie américaine

Mais les craintes qui avaient poussé les Européens à dévaluer l’euro se retrouvent maintenant de l’autre côté de l’Atlantique. Les « experts » craignent la déflation, c'est-à-dire en réalité un ralentissement de l’inflation. Or, des deux côtés de l’Atlantique les experts sont keynésiens et pensent que seule l’inflation est de nature à soutenir la croissance, parce que davantage de monnaie en circulation stimule consommation et investissement, donc une croissance à taux soutenu. De leur côté, les producteurs américains craignent pour la compétitivité de leurs exportations et voient la concurrence des exportateurs de l’euroland se renforcer. Alors, pourquoi ne pas prendre aussi le chemin de la dévaluation ? Obama a proposé une relance du déficit budgétaire de 400 milliards de dollars, financée évidemment par l’émission de bons sur le Trésor Américain rachetés par la FED.

 

Une asymétrie dangereuse

Malheureusement pour les Européens (ou du moins pour certains d’entre eux), la situation réelle des deux blocs économiques n’est pas identique. Aux Etats-Unis, le chômage est tombé à 4 % environ alors que certains pays de l’UE sont autour de 10 %. D’autre part, l’appareil productif américain est d’une grande souplesse, notamment grâce à la flexibilité du marché du travail, à la mobilité de la population et à la concurrence institutionnelle (notamment fiscale) entre Etats. Enfin, la facture énergétique américaine diminue grâce aux gaz de schiste alors que la facture européenne s’alourdit grâce à la politique de « transition énergétique » dont les Allemands, en particulier, font les frais.

En d’autres termes, l’inondation monétaire et l’inconscience financière sont les seuls points communs. Les données structurelles, quant à elles, sont radicalement différentes des deux côtés de l’Atlantique. Il s’agit là d’un vrai danger pour les Européens : les illusions de l’Euro faible les dispensent de tout effort significatif de réduction des déficits et de gains de productivité, alors que les erreurs de politique monétaire n’ont pas encore ruiné les Américains, tant s’en faut. Enfin, n’oublions pas qu’il y a au moins un troisième bloc qui est en position avantageuse d’arbitrage et d’attente : celui des Asiatiques, et les Chinois viennent de lancer une Banque d’Investissement Asiatique avec d’autres pays voisins (à l’exception du Japon) qui pourrait porter un rude coup et au dollar et à l’euro.

 

Ne pas jouer avec les monnaies

Dans la conjoncture présente, c’est vraisemblablement l’Euroland qui aurait le plus à redouter la guerre des monnaies, d’autant plus qu’une rupture du câble trouverait les Européens divisés – comme ils le sont déjà en réalité.

La conclusion est que le funiculaire est un mauvais mode de transport et que les jeux de bascule menés par les Banques Centrales ne sont pas innocents : on peut s’écraser au sol. Le danger existera aussi longtemps que la monnaie sera entre les mains des pouvoirs publics. Seules des monnaies privées et concurrentes sont de nature à tirer des économies vers le haut. Pour l’instant, il n’y a qu’une catégorie de personnes heureuses de l’abondance monétaire : les opérateurs en bourse qui peuvent développer leurs affaires avec des liquidités gratuites. Le CAC 40 a dépassé la barre des 5.000 points.

Et si la bulle se crevait ? Où sont les performances qui justifient de telles mises sur le futur ?

 
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Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

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Connaissance du libéralisme :
La concurrence sauvage
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Bertrand Lemennicier, La nation, fétiche politique introuvable


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