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Les tout derniers développements de la science économique se trouvent entières dans l’œuvre de Bastiat : il a été précurseur de l’école du « public choice » (Buchanan), de l’analyse des institutions (Hayek), de la théorie des droits de propriété (Alchian, Demsetz).

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LE MORAL, LE LEGAL ET LE PIB PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jean Yves Naudet   
Mardi, 10 Juin 2014 00:00

Au prétexte que l’Italie va introduire dans le calcul de son PIB le trafic de drogue et la prostitution, et que la Grande-Bretagne va faire de même, avec la bénédiction du Parlement européen, on a assisté aux délires habituels, depuis les inventeurs du Bonheur National Brut jusqu’à ceux qui en prennent prétexte pour dénoncer le capitalisme immoral. En fait, la réalité économique n’a rien à voir dans ce débat sur le calcul du PIB, qui n’est qu’un pur produit de la macroéconomie. Mais nos gouvernants veulent nous éclairer, chiffres en mains, et nous dire si nos activités sont conformes à la morale et nous apportent le bonheur.

 

Faut-il tout mesurer en économie ?

Il y a longtemps, depuis « l’arithmétique politique » au XVII° siècle, que les hommes de l’Etat cherchent à quantifier l’économie, soit pour apprécier les bases fiscales et garnir le Trésor royal, soit pour préparer leurs funestes interventions, persuadés que l’économie se pilote d’en haut, mais que le pouvoir politique a besoin de données chiffrées. La comptabilité nationale, dont on prête l’invention à Richard Stone, élève de Keynes, n’a fait que développer cette idée et a pour objet la mesure des « agrégats » grandeurs globales dont le plus beau fleuron est le PIB (Produit intérieur brut).

Mais voilà qu’un scandale vient d’éclater à propos du calcul de ce PIB. Le Parlement européen a fait valoir que tout n’y était pas pris en compte et qu’il fallait notamment y ajouter l’économie souterraine, clandestine et échappant à l’impôt. L’Italie s’est empressée d’appliquer cette idée, car l’économie « informelle » y est estimée à 10,9% du PIB. Le Royaume-Uni veut lui emboîter le pas, rajoutant ainsi à son PIB 1% et 12,3 milliards d’euros. Les Suédois ou les Espagnols vont faire de même. Donc, soudainement, les performances de certains pays en matière de croissance vont faire un sérieux bond en avant et les gouvernants pourront en tirer gloire. 

La vertueuse France, dont on connaît le comportement exemplaire, a expliqué, via l’INSEE qu’elle ne mangeait pas de ce pain-là, s’agissant d’activités illégales, comme la dépendance des utilisateurs de drogue ou l’esclavage sexuel.

 

Ce que le PIB mesure

A vrai dire, quelle mesure le PIB est-il sensé donner ? Le PIB mesure les transactions volontaires entre agents économiques, qui se passent sur un marché « officiel ». C’est la valeur que les gens donnent aux produits et aux services rendus. Ici naît une première difficulté : il y a de faux prix, ne reflétant pas les raretés et les choix, mais fixés arbitrairement par l’Etat. Il y a aussi des manipulations dues aux subventions, aux impôts, ou des fixations administratives de salaires ou taux d’intérêt.

Une autre difficulté vient de l’appréciation de la valeur desdits « services publics » : quelle est la valeur d’un service rendu par un agent de l’Etat, puisqu’il n’y a pas de marché de la police ni de la justice ni de la plupart des activités qui requièrent le recours aux administrations ? Donc, faute de prix, on évalue ce PIB « non marchand » à son coût de production. C’est évidemment tout à fait arbitraire, car il suffit, par exemple, d’augmenter le salaire des fonctionnaires pour que comptablement la valeur de ces services augmente, quelle que soit l’opinion des usagers.

 

Ce qu’il ne mesure pas

Mais il y a aussi tout ce que le PIB ne mesure pas. C’est le cas de la production domestique, dont le regretté Gary Becker avait expliqué l’importance. Car les ménages ne consomment pas des produits, mais des services qu’ils produisent largement eux-mêmes, en utilisant des biens d’équipement et des consommations intermédiaires, grâce à leur activité domestique, depuis le ménage et la cuisine, jusqu’au fait de conduire sa voiture ou d’élever ses enfants. Les services sont dans le PIB s’ils sont vendus sur un marché (restaurant, femme de ménage, taxis, etc.) et n’y sont plus dès que les ménages les produisent pour eux-mêmes. On mesure ce que les ménages achètent comme consommation intermédiaire (par exemple les produits alimentaires), mais pas la valeur du repas lui-même, qui intègre le temps passé, les qualités du cuisinier, etc. Mais comment les mesurer ? Au prix des substituts marchands ? Mais quelle est la valeur du temps passé par les parents à veiller sur un enfant malade ? Peut-on l’évaluer au tarif horaire d’une nounou ? Qu’en est-il de toutes les activités bénévoles des associations, des clubs-services, des organismes caritatifs ? Le fait que ce soit bénévole n’enlève pas la réalité de ces services.

 

L’économie souterraine

Il y a ensuite l’économie souterraine et c’est sur ce point que le débat s’est ouvert récemment. On comprend les difficultés d’évaluation, puisqu’elle est clandestine, dissimulée. Mais il y a aussi l’ignorance du prix, car le prix de la drogue n’est pas le même si elle est autorisée, comme dans certains pays, ou si elle est interdite, comme dans d’autres ; la clandestinité modifie le prix. D’ailleurs, les estimations varient beaucoup et par exemple l’Institut Molinari conteste les chiffres officiels et évalue l’économie souterraine en Europe à 19,3% du PIB. Dans certains cas les choses sont encore plus ambiguës : la prostitution n’est pour l’instant pas mesurée en France dans le PIB, tout en étant légale (c’est le racolage et le proxénétisme qui sont illégaux) et alors même que l’Etat impose les prostituées en « évaluant » leur activité (il devient ainsi le premier proxénète de France !)

Les produits échangés sur le marché noir sont donc d’une valeur aussi discutable que les produits non marchands.

 

Valeur marchande ou valeur morale ?

Actuellement, le PIB mesure l’activité des agents économiques, ménages, entreprises, administrations. Même si cette mesure n’a pas une grande signification puisque seuls les produits marchands ont (théoriquement) une valeur mesurable, elle ne prend pas en compte la moralité des agents économiques et de leurs activités. Ce n’est évidemment pas à la comptabilité nationale de porter quelque jugement moral que ce soit. On peut trouver tout à fait immorale la prostitution ou la drogue, mais c’est une réalité économique qu’il faut cerner. D’ailleurs tout le monde a-t-il la même conception de la morale ? Comment traiter les consommations frappées d’interdits religieux, comme l’alcool, immoral chez les musulmans, ou la viande de porc ? 

Le PIB n’est pas un concept moral ou immoral, seuls les choix personnels ont une dimension morale. C’est là qu’apparaît la perversion du système de mesure. Tous les « moralisateurs » du PIB, comme la commission Stiglitz mise en place en France par Nicolas Sarkozy pour réformer le calcul du PIB, veulent nous imposer leur conception du bien et du mal. Ils vont même jusqu’à proposer un indice de BNB, bonheur national brut, une vieille lune déjà proposée par le club de Rome dans les années 1950.

 

Mesurer est le fait des économies de commandement

Dans une économie de marché, c’est au client de mesurer la valeur qu’il accorde aux services, pas à l’Etat, car la valeur est toujours subjective ; vouloir la rendre objective, c’est nier les choix individuels. Parallèlement, c’est aussi au client d’apprécier la moralité de ses choix, et non à l’Etat de définir un ordre moral, en dehors de la protection des droits fondamentaux des personnes. En réalité, chercher à mesurer de manière macroéconomique la production n’a de sens que dans une vision interventionniste de l’économie, pour qu’un plan formel ou informel puisse « guider l’action de l’Etat » : c’est la logique d’une économie de commandement, par opposition à une économie de libertés.

De la sorte, les polémiques récentes sur le PIB sont simples querelles entre étatistes.

 
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Au sommaire du n°1299 du 29 novembre 2016


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