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SPÉCULATION SUR LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jean Yves Naudet   
Mardi, 16 Novembre 2010 01:00

Faire la pluie et le beau temps, cela reste un rêve. Au sens figuré, car une vie est faite d’événements imprévus, mais aussi au sens propre : l’homme ne commande pas encore aux éléments. Or, dans la vie économique, les incertitudes climatiques peuvent compromettre les plus beaux projets. C’est dans cet esprit de protection contre les risques de mauvais temps que se développent actuellement les marchés à terme et, en particulier, des contrats à terme sur l’abondance des précipitations.

Ce qui a priori pourrait passer pour une plaisanterie ou une futilité a en fait valeur pédagogique : nous pouvons mesurer tout ce que peut faire le marché, et l’utilité des procédures marchandes et de la spéculation, pourtant si décriées.  

 

 

Le marché à terme : gestion des risques

Les marchés à terme existent depuis fort longtemps, essentiellement, au départ, sur les matières premières. Il semblerait qu’ils se soient développés à partir de Chicago, sur le prix du blé. L’incertitude sur l’évolution des prix est en effet un élément majeur, qui peut conduire une entreprise, ayant mal anticipé ces variations, à la faillite.

Certes la vie d’une entreprise comporte toujours de nombreux risques et beaucoup d’incertitudes. Leur gestion est l’affaire de l’entrepreneur et des actionnaires, même si le rôle essentiel du chef d’entreprise est l’innovation, et même si le profit n’est pas ni une prime de risque (comme l’a soutenu à tort Schumpeter) ni la rémunération du capital investi (comme le croyait Ricardo), mais bien la contrepartie d’un service spécifique, celui de repérer les besoins insatisfaits ou mal satisfaits et d’agir pour les combler. 

C’est dans cette action que peuvent naître et l’erreur et l’incertitude. Il est donc normal que l’entreprise cherche à se protéger contre certains risques : c’est le principe même de l’assurance. Elle se protège contre le risque incendie, le risque d’accidents, de vol, etc. C’est un problème classique d’assurance : les risques étant indépendants, les cotisations versées par de nombreux assurés permettant à un assureur d’indemniser celui qui a un sinistre.

En revanche, le risque de variation du prix, notamment des matières premières, est plus complexe à assurer, car si le prix monte, il monte pour tous, alors que toutes les usines ne brulent pas en même temps. C’est pour protéger les entreprises contre le risque de variation des prix que l’on a inventé les marchés à terme ; ils n’ont donc pas été inventés par les spéculateurs, mais par les professionnels.  

 

 

Une commande passée à l’avance, mais un contrat négociable

Prenons le cas d’un industriel qui a besoin d’une matière première (du chocolat ou du pétrole) pour des productions qu’il fera dans six mois ou un an, et pour fabriquer des produits (des chocolats fins par exemple ou un produit manufacturé nécessitant du pétrole) pour lesquels les clients (les centrales d’achat par exemple) lui passent commande des mois à l’avance : comment déterminer le prix, si on ignore le coût de la matière première au moment où l’on fabriquera ? Les entreprises peuvent alors acheter un contrat représentant une certaine quantité de matières premières (chocolat ou pétrole), livrables à l’échéance voulue, auprès d’une bourse de marchandises. Pas question d’acheter le produit tout de suite (où le stocker, pourquoi immobiliser l’argent, que faire si le produit est périssable ?). Il suffit d’acheter un contrat : le prix est fixé sur-le-champ, la livraison théorique interviendra à la date voulue et la marchandise sera payée à ce moment, sur la base du prix fixé par le contrat.

Pourtant, le moment venu, on peut ne pas prendre livraison de la marchandise, pour diverses raisons (la marchandise ne correspond plus aux anticipations de l’entreprise). Alors on revendra le contrat et on se procurera la marchandise en l’achetant au comptant avec l’argent de la vente du contrat. Si le prix a monté, on paiera plus cher la marchandise, mais on vendra plus cher le contrat (puisque celui-ci reste lié au marché réel : on pourrait demander livraison) et la hausse du prix de vente du contrat compensera celle du produit au comptant. Si le prix baisse, on achètera moins cher le produit, mais on vendra moins cher le contrat : cela revient alors plus cher que si on n’avait pas acheté de contrat, mais c’est comme pour une assurance : si la maison ne brûle pas, on a perdu l’argent de la prime ; mais on s’assure au cas où elle brûlerait.  

 

 

Le rôle du spéculateur

Les transactions sur les contrats à terme sont utiles à l’acheteur comme au vendeur. Ainsi des paysans américains vendent-ils du blé, du maïs, voire des œufs frais, à dix-huit mois, alors qu’ils n’ont pas encore planté ou que la poule n’est même pas née ! Cela permet aux agriculteurs de se libérer du souci du prix de vente, avec un procédé plus efficace et plus fiable que la garantie des prix agricoles par l’Etat ou quelque autorité publique (comme c’est le cas de la Politique Agricole Européenne), qui fera payer au contribuable la prime d’assurance. De même les pays exportateurs de matières premières ont-ils tout avantage à cette stabilisation par les marchés à terme.

Mais sur un marché il faut une contrepartie : si l’un achète, l’autre vend, et réciproquement. C’est là que l’on retrouve un personnage essentiel, mais décrié, qui assure le fonctionnement du marché en prenant à son compte le risque de variation des prix : c’est le spéculateur. Si un producteur veut se prémunir contre le risque de hausse des prix de ses fournitures, il le peut si un spéculateur fait le pari inverse du sien et espère une baisse du prix. Le spéculateur peut gagner ainsi beaucoup d’argent, s’il a bien anticipé, où en perdre beaucoup, s’il s’est trompé. C’est ce qui m’avait conduit à affirmer dans un article de la Nouvelle lettre et du site libres.org le 13 mai 2008 que « soutenir que les spéculateurs rendent un vrai service, ce n’est pas politiquement correct, mais c’est scientifiquement prouvé ». Cette formule avait été reprise sur une page de Wikilibéral à mon nom et elle m’est systématiquement ressortie, pour me la reprocher, dans toutes les rencontres avec des journalistes.

Elle est pourtant exacte. Les marchés à terme ne peuvent fonctionner que si certains assument le risque de variation des prix. Ils font cela parce qu’ils spéculent, c’est à dire, comme le disait Keynes, qu’il « savent mieux que le marché ce que réserve l’avenir ». Que peut-on leur reprocher ? Ils font cela pour gagner de l’argent ; mais votre assureur spécule également sur le fait qu’il y ait plus ou moins d’événements fâcheux ; un épargnant spécule sur la hausse future de ses actions ; un consommateur spécule sur l’évolution des prix et il achète tout de suite s’il pense que ce sera plus cher demain. Dans la vie économique, nous sommes tous des spéculateurs, car la vie économique est faite d’incertitudes.  

 

 

Qui paie l’assurance contre la pluie : le contribuable ou le spéculateur ?

On a donc étendu les marchés à terme à de nouveaux produits : les titres financiers, les monnaies (car elles flottent), mais aussi d’autres éléments. C’est ainsi qu’il y a déjà des contrats indexés sur les chutes de neige, le gel ou les ouragans, qui ne peuvent relever de l’assurance classique, puisqu’ils touchent tout le monde dans une région. Or c’est souvent essentiel : la saison d’une station de ski peut être gâchée par l’absence de chutes de neige.

D’où l’idée, qui n’est que le prolongement de ces contrats particuliers, de créer sur le Chicago Mercantile Exchange un marché à terme avec des contrats sur l’abondance des précipitations. Pour l’instant, il s’agit des chutes de pluies observées dans neuf villes américaines (New-York, Los Angeles, Chicago, Dallas, Des Moines, Detroit, Jacksonville, Portland et Raleigh-Durham). Plus il pleut, plus le contrat est cher. Ici encore, s’il y a spéculation, c’est pour résoudre des problèmes concrets : la pluie peut menacer un évènement qui se déroule à l’extérieur, comme un concert géant, mais elle peut aussi avoir des répercussions sur les récoltes, les voyages, les chantiers de construction, la demande d’énergie, etc. … Avec le développement des éoliennes, pourquoi pas bientôt des contrats contre le vent ? Il s’agit donc pour des professionnels de se protéger aux moindres coûts contre une météo capricieuse, et la demande pour de tels contrats pourrait devenir forte.

Certains s’interrogent sur la moralité de ces opérations. Ils devraient se dire qu’elles évitent au contribuable d’avoir à payer la facture. Car la solution alternative est de se retourner vers l’Etat : est-il plus immoral de faire payer le contribuable ou le spéculateur ? Mais le cœur de la question morale est simple : personne n’est obligé de venir sur ces marchés : ceux qui les jugent immoraux peuvent s’en abstenir et c’est leur droit le plus strict. En revanche, dans le cas de l’impôt, la marge de manœuvre est nulle : le contribuable doit payer ! Si un spéculateur veut bien assumer ce risque, qui s’en plaindrait ?